Mode

La femme Chloé à travers l’oeil subversif de Guy Bourdin.

Inauguré le 2 juillet dernier, l’écrin de la marque présente l’histoire et les créations de la maison, ainsi que des expositions temporaires tout au long de l’année. Premier artiste à l’honneur, l’immense Guy Bourdin, qui a le plus mis en lumière la femme Chloé et ses vêtements.

Nombreuses sont les grandes maisons à être adoubées par l’art, que ce soit en devenant mécène, ou en ouvrant leurs portes habituellement si bien fermées en créant leur propre fondation. Toutes investissent dans leurs archives et sont désireuses de montrer leur héritage, composant intrinsèque du luxe. La volonté d’une expérience plus authentique et sensorielle, loin de la vague digitale qu’est Instagram et Facebook. En témoignent les lieux culturels déjà existants ou qui vont ouvrir (Galerie Agnès b, Fondation Louis Vuitton, Fondazione Prada, Musée Yves Saint Laurent), comme gage de reconnaissance dans le patrimoine culturel, et dans la mode. La maison Chloé ne déroge pas à la règle et vient d’ouvrir sa maison dans le huitième arrondissement. Sur cinq étages, cet hôtel haussmannien typique de la belle époque renferme l’ADN historique et artistique de la marque, en passant des gimmicks de la femme Chloé aux archives de la maison.

Un esprit libre et bohème

Tout commence au premier étage, avec la salle baptisée «Chloé Girls – The Anthology A-Z» véritable abécédaire de la marque. Des clichés de sa fondatrice, en passant par des croquis ou encore des robes et bien d’autres choses, on y retrouve l’esprit libre et bohème de la maison qui perdure aujourd’hui avec ses héritières, les bien nommées Chloé girls.

© The Guy Bourdin Estate, 2017 / Courtesy A+C

Pour «Feminities», la maison a fait appel à Judith Clarke. Cette dernière connait bien la maison puisque c’est elle qui avait orchestré Attitudes, organisée à l’occasion du soixantième anniversaire de la marque. Pour célébrer la féminité, « noyau dur » de la femme Chloé, cette première exposition temporaire est consacrée à Guy Bourdin, et à ce lien si particulier qui le lie à la maison. Le grand photographe a été en effet celui qui a réalisé le plus grand nombre d’éditoriaux de mode pour Vogue Paris avec les créations de la marque des années 1950 à mi-1980. Par une mise en scène habile, où le visiteur oscille entre une sélection d’une quarantaine de photos et de vêtements – pour la majorité datant de l’égide Lagerfeld – deux féminités presque dichotomique s’affrontent.

Corps allongés et féminité exacerbée 

D’une part, le côté sulfureux, voire volcanique du photographe et son goût de la provocation avec les poses lascives et équivoques, les corps allongés, la féminité exacerbée. De l’autre, une irrévérence et une frivolité, incarnées par les vêtements, les corps en mouvement et la spontanéité des mannequins. Le mur, élément urbain et brut de Bourdin se heurte au raffinement et à la douceur des vêtements. Son œil transgressif savait parfaitement capter et immortaliser l’état d’esprit désinvolte et insouciant de la Chloé girl. Rien n’est laissé au hasard dans ses photographies : les poses cinématographiques, les couleurs, la symétrie. Guy Bourdin était un véritable architecte de la photographie, de la mise en scène jusqu’à l’impression et au format de la page, tout a un sens. Chaque photo révèle une facette de la femme Chloé, et de la femme selon le photographe.

«Chloé a toujours cru en une féminité naturelle, à la fois chic et désinvolte, une attitude qui place Chloé à l’intersection du savoir-faire de la couture parisienne et du savoir-être de la jeunesse – qui fait de Chloé une marque unique», explique Geoffroy de la Bourdonnaye, président de Chloé. Depuis sa création il y a 65 ans par Mme Aghion jusqu’à nos jours, la femme Chloé est restée fidèle à elle-même. Ambassadrice d’une indépendance, force et liberté sans faille. Une attitude qui se prolonge dans la garde-robe : aérienne, audacieuse et romantique. Ode à une féminité qui se conjugue au pluriel, cette exposition nous prouve que la femme Chloé n’a pas pris une ride. Et confirme sa place de choix dans le paysage hexagonal de la mode.

L’exposition «Feminities – Guy Bourdin» se tient du 4 juillet au 6 septembre, et reviendra ensuite à l’occasion de la FIAC du 18 octobre au 18 novembre. Pour aller à l’exposition, il faut réserver préalablement sa place ici.

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