Culture

Alien : Inconvenant

Mow Magazine est allé voir au cinéma le dernier né de la saga Alien, Alien : Covenant. Suite de Prometheus, sorti en 2013, Alien : Covenant se place malheureusement dans la droite lignée des œuvres démystificatrices qui ont la côte à Hollywood actuellement. Explications.

Alien : Covenant se déroule dix années après l’histoire de Prometheus (2013) et prend place à bord du vaisseau nommé Covenant. Après avoir capté dans l’espace un signal radio, l’équipage part en vadrouille sur une planète, dans l’intention de s’y installer. Bien évidemment, une fois sur place, ils vont devoir faire face aux xénomorphes…

Le réalisateur britannique Ridley Scott a lancé la saga Alien en 1979. S’en est suivi trois films qui ont tenté, chacun à leur manière, d’exploiter le potentiel cinématographique de la créature née de l’imagination du designer H. R. Giger. De son côté, Ridley Scott, qui n’a pas réalisé les trois suites du premier film, a vogué vers d’autres cieux, alternant œuvres majeures (Blade Runner, Thelma et Louise) et mineures dans une filmographie très inégale. En 2013, il est revenu à ses premiers amours, les Aliens, avec Prometheus. En pleine mode des préquels, qui sont des films dont l’intrigue dévoile les origines d’une oeuvre préexistante, Ridley Scott a vu le potentiel qu’il y avait à investir la saga Alien pour en révéler la genèse, et pour aborder des thèmes comme l’acte de création, la vie ou la religion.

Dans la salle, personne ne vous entendra crier de désespoir

Intrinsèquement liés, le cinéma et la religion nous questionnent par le biais d’une histoire à laquelle on nous intime de croire, ou à laquelle on feint de croire. Rageur, Ridley Scott méprise toute idée de foi, en la religion et en le cinéma, et s’échine, avec ses derniers films, à répondre à tout mystère par une explication rationnelle. Peu importe que ses explications soient plausibles ou non, son idée est surtout de ne rien laisser sans réponse.

Alien : Covenant incarne donc à l’envie une tendance détestable mais prépondérante des blockbusters actuels : la destruction des mythes par leur rationalisation. Sans se questionner une seconde sur le nihilisme d’une telle opération, les responsables de ce massacre autopsient à la tronçonneuse les figures iconiques du Septième Art, avec la seule intention de répondre à des questions que vous ne vous posiez d’ailleurs même pas. Ce qui donne Alien : Covenant, et avant lui Prometheus, qui veulent nous apprendre comment les xénomorphes sont nés. Comme si, devant le premier Alien, c’était ce qui nous taraudait le plus, et que l’adhésion au film ne venait tout simplement pas de la peur viscérale que la créature inspirait.

Si absolument tous les mystères, même les plus farfelus, doivent être comblés, pourquoi pas donc essayer de trouver un remède aux zombies dans World War Z (2013) ; pourquoi pas expliquer littéralement le « S » sur la poitrine de Superman dans Man of Steel (2013) ; pourquoi pas relire les Dix Commandements sous un angle réaliste dans Exodus : Gods and Kings (de Ridley Scott, 2014) ; pourquoi pas faire du méchant le plus emblématique du cinéma un adolescent capricieux et tête à claque dans la prélogie Star Wars (1999-2005)… L’une des dernières images de Covenant signe la note d’intention de l’entreprise : la saga Alien, c’est avant tout une histoire de science… Si Ridley Scott et tous ses copains d’Hollywood ne croient plus en rien, par pitié, qu’ils arrêtent de faire des films pour désacraliser toutes les figures iconiques auxquels on se rattache.

Qu’ils nous laissent rêver, c’est la seule chose qu’il nous reste.


Crédit photo de couverture : Twentieth Century Fox

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