Culture

Avengers Endgame : Marvel est-il toujours le roi ?

A moins de vivre sur une autre planète, difficile de ne pas savoir que la super-production de Marvel, Avengers : Endgame, vient de sortir sur les écrans du monde entier. L’auteur de ces lignes est allé zieuter en territoire hostile, donc dans une salle conquise, le dernier épisode de cette saga tentaculaire, en sachant à l’avance ce qu’il allait y voir. Il n’a pas été déçu, car le film tient (malheureusement) toutes ses promesses. Mais là n’est pas l’important…

(Attention, cet article dévoile la fin d’Avengers : Infinity War, mais ne spoile pas l’intrigue d’Endgame)

L’opus précédent, Avengers : Infinity War, sorti en 2018, se terminait sur un cliffhanger plutôt surprenant : la moitié du crew des super-héros disparaissait dans un nuage de poussière après que Thanos ait mis la main dans un gant et ait claqué des doigts. On concède que cette fin plutôt inattendue nous avait sorti de la torpeur dans laquelle le reste du métrage nous avait plongé, en nous faisant nous poser une question : le grand manitou Kevin Feige avait-il osé tuer des personnages importants pour Marvel, comme Spider-Man, Doctor Strange ou Black Panther ?

Endgame reprend exactement là où le précédent s’était arrêté : les survivants, Iron Man, Black Widow, Captain America ou Thor, reprennent chacun leurs esprits, et tentent de retrouver le grand méchant Thanos… Comme nous ne sommes pas cruels, nous n’allons pas plus déflorer l’intrigue – qui, franchement, n’a pas non plus un immense intérêt -, pour que les fans hardcore de ces marvelleries puissent prendre le maximum de plaisir devant cet opus. Et, assurément, ils en prendront, devant cette interminable et larmoyante conclusion. Mow Magazine va par contre se pencher sur la seule interrogation qui puisse avoir de l’intérêt, dans le cas d’Avengers : Endgame mais également du DCU de Marvel dans sa globalité : pourquoi tant de personnes apprécient à ce point cette série de films, et acceptent avec joie qu’elle se conclut par un épisode qui dure littéralement trois plombes ?

La difficulté d’avoir un avis contraire à celui d’une masse importante de gens est qu’il n’est pas aisé de pouvoir développer un propos intelligible sur le sujet, donc qui puisse être entendu et compris même des fans les moins objectifs, et les plus prompts à défendre coûte que coûte leur objet de culte. On pourrait développer sur des lignes entières que ce « film », à défaut de pouvoir l’appeler autrement, a beaucoup de défauts, dont une intrigue inutilement à rallonge et un humour bas de plafond humiliant pour les personnages, que de la première à la dernière minute il nous a laissé dans un état de douce indifférence, et surtout, qu’il contient très peu de cinéma en son sein. Avengers : Endgame est en effet une suite ininterrompue d’images d’un calibre télévisuel, et un catalogue voire un patchwork de moments déjà vu dans les opus précédents – littéralement… – qui reproduit simplement une recette qui fonctionne, en faisant quelques variations, ça et là. Oui, on pourrait noircir des lignes sur les défauts de ce produit. Mais qui serait enclin à changer d’avis, parmi les gens déjà conquis ? Qui commencerait à se questionner sur le bien-fondé de son adhésion ? Qui se mettrait à douter de la valeur de son culte ?

La popularité d’un produit de cet acabit, médiocre mais pas nul – les comédies françaises peuvent faire pire -, relève moins d’une question de goût que d’une mode : les films Marvel sont devenus un phénomène social dans lequel le cinéma n’a que très peu de place. Car ce n’est certainement pas pour leurs qualités cinématographiques qu’ils sont appréciés. L’objectif des films de ce puissant studio, et Avengers : Endgame n’échappe pas à la règle, est d’être vu. Pour que, in fine, il devienne ce qu’il est destiné à être : un pur produit de consommation, idoine à l’ère du buzz. Le métrage des frères Russo fait du bruit à sa sortie, apparaît dans les stories Instragram de gens qui vont le voir ou viennent de le voir, devient un top trend sur Twitter, est le sujet de nombreux articles – dont celui-ci – qui pullulent sur Facebook. Puis, naturellement, car il n’a au fond pas grand-chose pour lui artistiquement – aucune scène n’a pas été vu en mieux ailleurs, aucune réplique ne peut être retenue -, il sera partiellement oublié dans un mois et demi, et totalement dans trois mois. Au même titre que les dernières pompes Adidas, le dernier téléphone d’Apple, le dernier FIFA, la dernière émission de Cyril Hanouna… ainsi que le dernier film Marvel, Avengers : Endgame est voué à être remplacé, en l’occurrence par la prochaine marchandise confectionnée dans les usines du studio. De notre côté, nous n’aimons pas ce film, et l’écrasante majorité des précédents. Mais en parler, c’est déjà faire le jeu de Kevin Feige, le grand producteur derrière cette série de (télé)films : il vaut mieux ne pas aimer et le dire que de ne pas le voir et ne pas en parler.

Mow Magazine, en tombant dans le piège, s’incline : Marvel confirme qu’il est bien le roi du game.


Crédits photo de couverture et photos article : Copyright Marvel Studios 2019

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