Culture

Blade Runner 2049 est-il vraiment si bien que ça ?

En pleine mode revival (Alien : Covenant, Ça, Ghost in the Shell, Baywatch), la suite de Blade Runner apparaît sur nos écrans, trente-cinq ans plus tard. Alors que la presse chuchote ça et que cet opus est meilleur que le premier (on en rigolera encore dans vingt ans…), Mow affirme sans ambages que ce n’est pas le cas. Et se demande comment on peut penser le contraire.

Il faut être soit téméraire, soit très courageux (soit imbu de sa personne ?) pour passer après Blade Runner avec l’intention d’en être digne. Réalisé par Ridley Scott en 1982, quand il était encore en pleine possession de ses moyens, le film était moins une enquête néo-noire dans un Los Angeles bordélique et pluvieux qu’une quête métaphysique effarante d’audace sur l’humanité, et ce qui la définit. Chef-d’œuvre séminal de la science-fiction contemporaine, toutes les œuvres du genre qui sont venues après doivent quelque chose à cette libre adaptation du roman de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. C’est avec cette charge sur les épaules que le surestimé Denis Villeneuve (Sicario, Premier Contact), porté incompréhensiblement au pinacle comme Christopher Nolan ou J.J. Abrams, se présente pour filmer la suite. Avec, dans le rôle de K, blade runner chargé d’éliminer les réplicants, l’aimant à midinettes Ryan Gosling, dont le manque d’expressivité sert son rôle d’androïde.

Alors qu’une presse aveugle accueille le film à bras ouvert, probablement obnubilée par la hype qu’elle contribue elle-même à créer et dont elle est esclave, il suffit de suivre pendant 2h43 interminables ce film languissant et terne à tous les niveaux pour comprendre que cet emballement est surfait. Au regard de ses différentes bandes-annonces, le film a été vendu en grande partie sur les superbes images du directeur de la photo Roger Deakins, nous faisant croire que cette suite était un film d’ambiance et qu’il retrouvait la perfection visuelle du premier opus. En réalité, Blade Runner 2049 est une oeuvre totalement dans son époque : majoritairement grisâtre, avec une production design très commune, vue partout ailleurs. En somme, Blade Runner 2049 est presque  – « presque », car Roger Deakins – pauvre visuellement, comme l’écrasante majorité des blockbusters dits « sérieux » post-The Dark Knight (2008). Et est donc à des années-lumières du choc que le premier avait su provoquer.

Les androïdes rêvent-ils d’une suite à Blade Runner ?

Blade Runner 2049 concentre sa narration sur l’aspect le moins intéressant du film originel (le personnage principal est-il réellement ce qu’il croit être ?), mais le plus facile à écrire, et le plus captivant pour le spectateur dans l’esprit des décideurs, délaissant assez largement le questionnement sur la condition humaine qui élevait le premier à un niveau stellaire. Le pire, c’est que cette suite adopte le même rythme contemplatif que son aîné, sans cependant en saisir le sens, puisque dépourvu de la profondeur réflexive que cette lenteur justifiait. Le film de Denis Villeneuve veut nous faire croire qu’il pense, alors qu’il se contente de prendre la pose. Toute la mystique dont il se drape n’est que du vent qu’il nous assène seulement avec un air pénétré.

Du reste, cette suite délivre une seule bonne idée, évidemment sous-exploitée : la relation de K avec Joi, l’hologramme à l’apparence féminine qui anime son appartement vide. Leur émouvante relation est sans conteste la plus belle idée du film, en ce qu’elle prolonge le questionnement existentiel du premier sur l’humanité, tout en faisant directement écho au film Her (2013) et à nos relations sociales actuelles déréalisées par les réseaux sociaux. Cette intelligence artificielle, qui n’est au fond qu’une image impalpable produite en batterie, est l’être le plus touchant du film par son humanité à fleur de peau, alors qu’elle en est assurément le moins réel des personnages. Troublant et puissant paradoxe.

Puisque l’on est sympa, à Mow, on ne saurait trop vous conseiller de voir la vraie suite de Blade Runner, à savoir Ghost in the Shell… de Mamoru Oshii. Pas avec Scarlett Johansson, malheureux !


Crédits photo de couverture : Copyright Sony Pictures/Warner Bros. Pictures

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