L’année 2017 semble prometteuse pour ceux qui s’ennuyaient de voir (encore une fois) une traditionnelle bataille entre le PS et les Républicains. Toutefois, malgré quelques nouveaux visages et nouvelles idées, se glisse toujours le même débat sur la légalisation du cannabis. Qu’en pensent les candidats ? Pourquoi ce sujet revient-il constamment dans les débats ?


Alors que 84% des Français sont d’accord pour dire que la législation actuelle sur le cannabis n’est pas efficace, ils sont 52% à être favorables à l’ouverture d’un débat sur la question (sondage Ipsos). En octobre, trois membres du gouvernement, Jean-Marie Le Guen, Jean-Michel Baylet et Marisol Touraine étaient allés dans ce sens en demandant l’ouverture d’une discussion sur cette question. À l’approche des élections, les candidats prennent donc position au grand plaisir de certains (et donc, pour le grand malheur d’autres).

Pour faire simple, sur le sujet du cannabis, il faut distinguer trois partis pris. La prohibition, comme cela est censé l’être en ce moment, la dépénalisation avec une conversion des peines de prison en amende (à noter que l’usage thérapeutique est inclus dans ce point) et puis la légalisation qui permettrait de pouvoir profiter totalement du cannabis sans être inquiété par la justice.

Que pensent les candidats de la légalisation du cannabis ?

On commence tout d’abord par le nouveau visage du PS, Monsieur Benoit Hamon, qui a déclaré sur France Info : «  Je pense qu’il faut que l’on s’attaque à la vraie gangrène, à savoir l’économie du cannabis. » Concrètement, il se déclare favorable à la légalisation pour pouvoir s’attaquer correctement au problème. « Si on ne casse pas ces économies parallèles, nous ne reprendrons pas la main sur les territoires » a-t-il ajouté ensuite.

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Emmanuel Macron avait lui aussi émis l’idée qu’une légalisation pourrait être bénéfique. Il a notamment déclaré que le sujet devait être considéré, en particulier car le cannabis pose des problèmes de sécurité et entraîne des soucis de délinquance dans les quartiers difficiles. Il met également en lumière une problématique importante en déclarant : «  Quand on voit l’incapacité des magistrats de régler le problème d’un point de vue pénal, on voit que nous sommes dans un système très hypocrite. » Toutefois, son opinion semble changeante au fil de ses déclarations, à tel point qu’on ne sait pas vraiment où il se trouve dans ce débat.

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Quant à Jean-Luc Mélenchon, c’est une légalisation contrôlée de la consommation qui est mise en avant. Pour lui, une poursuite rigoureuse des producteurs clandestins est de mise. Selon lui, le fait que l’État ait la main mise sur ce commerce permettrait de financer des programmes sanitaires. Cela pourrait également engendrer des rentrées fiscales plus qu’importantes. Le candidat de la France Insoumise se dit également favorable à l’usage thérapeutique du cannabis et donc à sa production et à sa distribution de façon règlementée.

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À droite, les avis vont plus du côté de la prohibition. François Fillon a d’ailleurs avancé le fait que la politique de dépénalisation menée par d’autres pays n’avait pas eu les résultats attendus. Il a tout de même admis que la politique menée par la France n’était certainement pas la meilleure (mais donc par extension, pas la pire).

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Pour Marine Le Pen, il n’y a pas de doute, la dépénalisation serait quelque chose de « profondément dangereux. » Elle avance comme argument que les pays qui ont appliqué cette règle ont connu une explosion de consommation de drogue avec des problèmes de santé publique considérables.

 

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Un « vieux débat » comme écran de fumée

Ce qu’il faut comprendre dans ce débat, c’est que la légalisation n’est pas officiellement mise en avant pour favoriser les 1,2 million de fumeurs de joints en France, mais bel et bien pour tenter de résoudre un problème de délinquance liée au trafic. Toutefois, même si certains candidats pouvaient s’avérer favorables à la légalisation, les fervents supporters de cette idée ne doivent pas crier victoire trop vite. Pourquoi ? Tout simplement car « le vieux débat de la dépénalisation du cannabis » est souvent considéré comme un vaste écran de fumée pour noyer quelque chose d’autre. C’est notamment ce qui avait été reproché à Jean-Marie Le Guen alors qu’il remettait la question au centre des discussions tandis que le durcissement du mouvement de la Loi Travail se faisait sentir.

 

En résumé, si vous n’avez pas encore choisi votre poulain, ne vous basez pas sur ce sujet qui cache des jolies formes pour séduire ceux qui seraient encore indécis (ils seraient 36%, selon Le Monde). Même si les arguments avancés pour une légalisation sont tout à fait recevables, nos dirigeants ne semblent pas encore prêts à mettre en application ce qu’ils avancent et auront d’autres chats à fouetter au vue de l’incroyable bordel qui attend notre prochain président de la République.


Image à la une : Darren Johnson via Creative Commons

Journaliste diplômée et spécialisée en marketing web éditorial. J'aime titiller les sujets sensibles.

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