Culture

Avec un nouvel album, Bagarre nous renvoie mourir au club

C’est la semaine dernière qu’est enfin sorti leur premier album CLUB 12345, qui succède à leurs deux premiers EP  Bonsoir, nous sommes Bagarre en 2014 puis Musique de club en 2015. 

Emmaï Dee, La Bête, Majnoun, Maître Clap et Mus. Ils sont cinq, chacun chante, joue, danse et compose. On les découvrait dans des clips minimalistes en noir et blanc, avec leurs survet’ Adidas et leurs chaînes en or, et leurs fameuses pyramides humaines (Claque-le). Les visuels et les styles vestimentaires ont un peu changé, mais leur style musical reste toujours aussi indéfinissable.

Après la sortie de leur second EP Musique de club en 2015, ils ont parcouru pendant un an les clubs et les salles de concert de France et de Belgique, où le souffle d’explosion qu’ils ont apporté fait encore bouger les murs. Ils ont aussi marqué tout un public aux Eurockéennes de Belfort en 2016 avec un live de dix minutes sur « La bête voit rouge » : à l’image de tous leurs concerts, chacun dégage sa puissance. La bête descend dans le public, adresse un « Je t’aime, et je t’aime, et je t’aime » à chacun, droit dans les yeux, tout en brandissant un drapeau LGBT+. Bagarre c’est ça, c’est de l’amour, et c’est né après une rencontre « en faisant la teuf », d’une envie de dire quelque chose, tous ensemble, et de faire quelque chose de différent, avec les musiques qu’ils avaient envie d’entendre.

« Le club c’est vous. La musique est votre. »

C’est un peu leur slogan, qu’ils scandent à leurs concerts. Parce que le club de Bagarre, ce n’est pas que de la musique, c’est toute une philosophie. Ils font une musique dans leur temps et leur musique reflète leur histoire. Ils ont commencé dans des petits clubs, dans des squats ou encore des soirées queer, et construisent une sorte de teuf autogérée à travers un bouillonnement d’influences. Bagarre est dans le mouvement, foisonne de créativité, et crée dans sa musique ce « Club », qui allie la fosse et la scène, un lieu de rassemblement, de dialogue, où chacun est libre, fou, existe.

Ancrés dans leur génération, ils vont chercher leur métissage musical sur internet et associent musique chantée et musique de danse. Dans un album un peu plus pop que d’habitude, on retrouve les sensations de la techno ou de la house, le son de la basse qui résonne à travers les corps, et une voix qui traîne, avec un message souvent important. Associant house, trap, baile funk, bounce, cloud rap, pop française des années 1980 ou encore de la dance des années 1990 avec parfois un peu d’autotune, ils regroupent leur pluralité sous un genre qu’ils inventent, la « musique de club », pour partager leur amour de la nuit et de la musique. Dans une interview de Vice en octobre 2016, Majnoun affirmait« Un pogo dans un concert de Bagarre c’est plus pour pécho quelqu’un que pour se battre. » CLUB 12345, c’est un peu ce club idéal dont rêve le groupe, ouvert et divers.

« Bagarre couleur pastel »

Scandé sur le premier morceau de l’album qui nous sonne immédiatement, et nous somme : « Ecoutez-moi ». Une intro qui en est vraiment une, comme un avènement, on annonce la couleur d’un album fait de morceaux à la fois très personnels et si universels. Dans le clip de « Béton armé », morceau grave aux sonorités légères, ils changent leurs costumes de scène. Déguisement ou nouveau dévoilement, Bagarre c’est quelque chose de libre et mouvant. CLUB 12345 c’est toujours cet esprit de la teuf, c’est des mélodies fracassantes, des titres délirants, puissants et piquants, qui racontent une histoire, ou plutôt des histoires, parce que comme d’habitude, c’est éclatant et extrêmement varié.

« Béton armé », c’est un peu le morceau qui dérange, puisque le groupe fait référence en arrière-plan aux attentats qui ont touché la France en 2015 et 2016, sur un clip où les cinq membres se colorent de costumes fluo à l’image d’une pub des années 1990. Alternant lignes mélodiques et rythmes électro exaltés, combinant des tendances pop à l’esprit club, ils ne s’éparpillent pas pour autant, et c’est aussi le fruit de leurs collaborations avec Guillaume Brière (The Shoes) et les producteurs Grand Marnier (Yelle) et Anyone. Le résultat : c’est à la fois tendre et brutal. Et c’est un peu les montagnes russes.

Après « Mal banal » qui évoque un mal moderne et nous rappelle « Le Gouffre » dans Musique de Club, on retrouve la voix d’Emmaï Dee sur « Diamant » comme une ode au plaisir féminin sur un morceau pop psychédélique aux percussions stupéfiantes, avant d’arriver sur la douce caresse mélancolique d’« Honolulu », puis de retrouver l’esprit club avec l’entraînante «Danser seul (ne suffit pas) ». On retrouve même Mus, le batteur, sur l’aérienne « Miroir » avant que l’enivrante et berçante « Vertige » conclue presque l’album. Mais c’est sans compter sur le retour de leur hit « Mourir au club » sorti en 2014 sur leur premier EP, les identifiant si bien qu’ils le replacent, sous une version légèrement différente, à la toute fin. Comme un climax de cet album surprenant bien que légèrement inégal, c’est finalement une conclusion logique. Mourir au club, là où ils sont nés.


Ils seront en concert à Lyon le 23 mars au Ninkasi Gerland et à La Cigale Paris le 10 avril.

Toutes leurs prochaines dates ici.

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