Culture

Pourquoi les comédies populaires françaises sont-elles si nulles ?

Les dix plus grands succès au box-office français sont des comédies, parfois teintées de drame (Intouchables , avec Omar Sy). Cherchant le prochain casse au box-office, la production cinématographique française surreprésente donc ce genre pour des résultats parfois navrants de nullité… mais qui fonctionnent (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, Les Profs, Supercondriaque… Liste non-exhaustive). Quelle peut bien être la formule gagnante de ces films ?

Des têtes d’affiches…

Dans l’idéal, il faut une star. Qu’on le veuille ou non, Franck Dubosc, Dany Boon, Kad Merad ou encore Kev Adams sont les figures de prou du rire hexagonal qui montent des productions sur leurs seuls noms et qui attirent massivement les gens en salles. Pour les financiers, si une personnalité comme Kev Adams rejoint le projet, c’est l’assurance d’au-moins rentrer dans ses frais. Une star bankable, en somme. Peu importe la qualité de l’œuvre en question. Peu importe que ces talents comiques viennent de la scène et qu’ils ne saisissent pas les spécificités du médium cinéma. En ce sens, la filmographie de Gad Elmaleh est exemplaire de l’écart qualitatif qu’il peut exister entre ces deux formes d’expressions. Mais soit. Une fois que vous avez flairé le gros poisson, la machine à cash s’enclenche sans même que vous ayez besoin de vous appliquer. Vous travailleriez beaucoup, vous, si vous étiez sûrs de toucher le jackpot quoi que vous fassiez ?

… mais aucune tête pensante

Ensuite, pour qu’une comédie cartonne, il est indispensable qu’elle adopte un humour consensuel et que la fin soit facile à accepter. Il ne faut pas choquer le spectateur, mais au contraire le caresser dans le sens du poil, lui qui vient avant tout pour se changer les idées (et qui peut lui en vouloir par les temps qui courent ?). Il convient d’adopter un humour inoffensif et pauvre, qui plaît autant aux adolescents qu’à la ménagère, cibles préférentielles des chaînes de télévision, maillon essentiel de la production cinématographique française. Ainsi qu’une fin rassurante, qui ne s’interdira pas de vous donner des leçons. Parfois douteuses.

Le carton de 2014, Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, avec les anciennes vedettes comiques Christian Clavier et Chantal Lauby, traite de la question du racisme, douloureux sujet de société s’il en est. Cela met à mal notre argumentaire sur l’humour consensuel, non ? Pas vraiment. Pour que nous puissions vivre ensemble en société, le film nous enjoint en fait à accepter, en les mettant de côté, les préjugés et les idées racistes que nous avons les uns envers les autres. Il ne nous est pas conseillé de les combattre, de les éradiquer, pour mieux se comprendre et s’accepter. Cela demande moins d’efforts et c’est très certainement plus confortable comme ça, n’est-ce pas ?

Une histoire de gros sous

Ce qu’il reste à espérer dans cette course motivée par le profit et parfois véhiculée par le vide intellectuel, c’est que des œuvres exigeantes, comme le sont les deux OSS 117 de Michel Hazanavicius, trouvent leur public. Et de ce fait, deviennent un modèle à suivre. Mais l’optimisme n’est pas de mise. Par leur désir absolu de réussir et d’engranger des entrées, et donc de l’argent, les comédies populaires françaises n’ont aucun intérêt à prendre des risques artistiques et s’interdisent encore plus d’être clivantes. Elles veulent rester un véhicule promotionnel consensuel à la gloire des vedettes, qui ne risquent pas d’y laisser des plumes. Des financiers aux acteurs, tout le monde y est gagnant.

Mais quid du spectateur ?


Crédits photo de couverture : Copyright Christine Tamalet / 2016 Mandarin Production – JD Prod

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