Culture

Cris Sonores : nuit de noces pour le jazz et l’électro

15 ans après sa création, le festival des Nuits Sonores s’allie à Jazz à Vienne le temps d’une soirée. Avec aux commandes de la programmation l’artiste de 27 ans Nicolas Jaar, les deux festivals s’offrent Cris Sonores. Un nouveau rendez-vous placé sous le signe de la mixité.

D’un côté, il y a Les Nuits Sonores, festival lyonnais organisé par Arty Farty depuis 2003 qui officie dans le domaine des cultures et musiques électroniques. De l’autre se trouve Jazz à Vienne, véritable institution rhônalpine créée en 1981 et qui depuis est devenue une vraie référence en matière de jazz. De cette union naît Cris Sonores, nouvelle soirée dans le paysage viennois dont la première édition se tiendra le 14 juin. Dans l’écrin du Théâtre Antique de Vienne, c’est l’un des artistes les plus influents de la scène électronique actuelle qui tiendra les rênes de la soirée : Nicolas Jaar. L’artiste new-yorkais se produira en live et invitera de célèbres artistes, comme le trio Show Me The Body, le chanteur Helado Negro, mais aussi la performeuse chinoise Pan Daijing et l’Allemand Bill Kouligas, fondateur du label Pan.

 

 

Jazz et électro: une alliance nouvelle ?

Avec la volonté de bouleverser les codes et de réunir les publics des deux festivals pour créer la rencontre entre les deux univers musicaux, Cris Sonores cristallise enfin cette tendance musicale qui tend à mixer les différents styles. Dans la lignée des NS Days qui laissent à un artiste carte blanche pour la programmation d’une journée du festival lyonnais, c’est le temps d’une soirée que se fera ici le mariage du jazz et de l’électro. Mais cela n’est pas une surprise, les deux genres musicaux se faisant déjà la cour depuis de nombreuses années. Avec une philosophie commune (le refus des codes, présent dans le jazz comme dans la techno), il ne suffisait que de temps pour que les deux genres se réunissent.

Dans les années 90, le jazz contemporain rencontre l’électronique avec le génial St Germain. Et depuis, les deux styles avancent côte à côte, sans pour autant perdre de leurs spécificités. Le jazz n’est plus ce qu’il était, certes. L’acid-jazz, le hard-bop ou bien encore l’electro-spectral-dance-jazz sont devenus les nouvelles formes de cette musique qui ne cesse de se renouveler, puisant sans arrêt dans les nouvelles technologies pour se réinventer. Et avec des artistes comme Erik Truffaz, Bugge Wesseltoft ou encore New Conception of Jazz, il n’a pas fini d’évoluer. Ce sont vers ces nouvelles sonorités électroniques que se dirige aujourd’hui le jazz contemporain, toujours avide de changement et de renouveau.

Et tandis que les instruments acoustiques flirtent avec la technologie, de leur côté, les artistes électroniques ne cessent d’emprunter à ce genre musical né dans les sous-sols de New York. Il y a bien évidemment le phénomène de l’électro-swing, bien connu du grand public grâce à Parov Stelar et Caravan Palace. Et de nombreux artistes empruntent au jazz de manière plus discrète. Robert Hood aka. Floorplan utilise de nombreux thèmes gospel dans ses mix. Les sonorités des saxophones hantent les œuvres de Maceo Plex et de David August. Et The Black Madonna, curatrice de la première journée des NS Days, n’est pas en reste avec ses beats au groove très proche de celui du funk. Les noms de Miles Davis, Herbie Hancock et d’autres légendes ressuscitent de cette manière grâce à ces artistes qui bâtissent la nouveauté sur le passé.

Nicolas Jaar: l’enfant prodige

Et, du haut de ces 27 ans, Nicolas Jaar n’est plus à présenter. Avec ses trois albums Sirens (2016), Pomegranates (2015) et Space is Only Noise (2011), l’artiste a gagné la reconnaissance du public et des médias. Habitué des Nuits Sonores (il a déjà participé aux éditions de 2011 et de 2014), le festival lui rend hommage avec cette invitation. Il mixera deux fois durant la soirée, une fois en ambient DJ set et une fois en live.

Le choix de cet artiste n’est pas anodin pour la première édition de cette soirée. À la croisée des genres, Nicolas Jaar crée une musique qui emprunte à tous les styles, puisant autant dans la house que dans la soul et le jazz. Revendiquant Leonard Cohen, Aphex Twin ou bien encore Dave Brubeck comme influences premières, la musique de Jaar ne se place dans aucune catégorie. Capable de réutiliser une conversation entre Serge Daney et Jean-Luc Godard pour le morceau d’ouverture de Space is Only Noise ou de se servir de chants d’oiseaux pour ponctuer l’ensemble de Sirens, tout devient musique entre ses mains.

Et c’est pour la qualités de ses prestations live que les deux festivals ont décidé de lui faire confiance pour les Cris Sonores. Encensé par la critique, il livre des concerts sensibles, qui oscillent entre la dance et une musique plus organique telle que le jazz. Entouré de ses trois musiciens (Dave Harrington à la guitare et aux machines, Will Epstein au saxophone et au piano, et Ian Sim à la batterie), ce prodige démontre sans cesse qu’il n’est pas nécessaire de faire danser le public pour rassembler les fans.

Le mariage des deux styles n’est pas une nouveauté, grand bien en fasse à nos oreilles. Mais la reconnaissance de cette forme hybride, elle, ne fait que grandir. En invitant un artiste de cette renommée, les deux festivals marquent cette union qui ne fait que ravir nos tympans. Et puis, faut-il ajouter que Jazz à Vienne se fait le plaisir d’inviter Jeff Mills (accompagné du saxophoniste Emile Parisien), l’un des pionniers de la techno de Detroit, le temps d’une soirée pour l’édition de cette année ? Alors rendez-vous cet été pour célébrer ces deux genres musicaux qui ne cessent de nous étonner.


Informations pratiques

Cris Sonores, Mercredi 14 juin 2017
Théâtre Antique de Vienne
18h00-01h30
Tarif unique : 35 euros (frais de loc. inclus)
Tarif guichet : 38 euros

 

Envoyer à un ami