Culture

Deadpool 2, ou l’iconoclasme pour les nuls

Nous avions affirmé en novembre dernier, lors de la sortie de l’apocalyptique Justice League, que l’on ne nous y reprendrait plus à papoter ici de super-héros. Six mois plus tard, sorti du coma dans lequel Batman, Superman et Wonder Woman nous avaient plongé, on s’est laissé tenter par le dernier film de Ryan Reynolds… Ouais, dit comme ça, ça sonnait déjà comme une mauvaise idée.

La sortie du premier volet de Deadpool avait consacré ce super-héros comme une anomalie dans la matrice. Son utilisation jusqu’à-plus-soif de l’humour, ainsi que la violence graphique du film, éloignaient de manière visible Deadpool de la clique des autres super-héros gentillets de l’écurie Marvel. De notre côté, pas désorienté par les effets de manche, nous n’avions pas du tout été convaincu par le premier opus, sensiblement pour les mêmes raisons qui font du deuxième volet une copie presque conforme des films usuels (et ratés) de Marvel. Si la recette n’est pas exactement la même, le plat est lui bel et bien similaire.

Alors que la saga peut de prime abord passer pour iconoclaste et frondeuse, notamment grâce à des campagnes promotionnelles référentielles et moqueuses, Deadpool 1 et 2 sont en réalité tout ce qu’il y a de plus confortables. Pour être plus précis sur l’opus de 2018, nous dirions que le long-métrage, à l’instar du premier volet, s’impose un cadre morale dont il ne s’extirpe jamais, de peur de perdre l’adhésion totale du spectateur, conquis par les références qu’on lui assène en lui faisant des clins d’œil complices. S’il apparaît en surface sans principe, vaguement anti-héros, le personnage de Ryan Reynolds en a, en réalité, des principes, et ils sont fondamentalement les mêmes que ceux de ses spectateurs : pas touche aux kids, la vengeance c’est nul, et, last but not least, « la famille c’est l’essentiel ».

Dead Poule

Ce cadre morale bien délimité, et la ligne vers cette maxime finale impeccablement tracée, Deadpool 2 peut se lancer à corps perdu dans l’humour post-adolescent. Car, comme le premier volet, ce film est une sorte de one-man show gore, impression renforcée par le fait que le personnage, dans un geste très méta, à l’avenant du reste du film, brise régulièrement le quatrième mur pour s’adresser à l’audience. Pur produit de notre époque – le héros a été crée en 1991 mais qu’il cartonne au cinéma aujourd’hui est loin d’être une surprise -, Deadpool ne peut qu’être plébiscité en ces temps où il est très cool de ricaner juste pour le plaisir de le faire. S’inscrivant totalement dans la ligne goguenarde lancée en 1999 par Scream, du scénariste Kevin Williamson, Deadpool 2 use d’un postmodernisme ostensible qui annihile l’intensité des enjeux dramatiques, pour prioriser sur l’ultra-référenciel. Le film enchaîne donc les vannes sur Ryan Reynolds, sur le dernier film de Wolverine, sur DC Comics ou tout ce qui est, de près ou de loin, dans l’ère du temps, lui conférant à bien des égards une envergure… télévisuelle (on pense souvent à un sketch d’un humoriste sur tonne de sujets actuels). Tout cette vanité pas très drôle, donc, au mépris d’une quelconque intensité émotionnelle, que le film cherche quand même à créer via une scène introductive traumatique ou des grands dialogues sentencieux totalement assommants et dont le sérieux ne doit pas être remis en cause par les vannes qui en résultent. Les instigateurs de Deadpool 2, Ryan Reynolds en tête (acteur, producteur et scénariste), croient dur comme en fer en les valeurs ultra-conformistes, décrites plus haut, qu’ils nous assènent sourire en coin. Sauf qu’il nous semble que ça jure un peu avec ce que l’on nous a vendu au préalable, non ?

Pendant ce temps, le cinéaste danois Lars Von Trier horrifie le gratin du festival de Cannes avec des meurtres d’enfants ou des sévices cruels envers des femmes, avec son film The House that Jack Built. Ne vous inquiétez pas, Deadpool 2 est de son côté très confortable, même s’il voudrait vous faire croire le contraire.


Crédits photo de couverture : Twentieth Century Fox France

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