Culture, Société

Le début de la fin pour Cyril Hanouna ?

L’émission de Cyril Hanouna, Touche pas à mon poste, a été privée de publicité par le CSA pour trois semaines. Le gendarme de la télévision n’avait jamais sévi avec une telle ampleur depuis une vingtaine d’années, à l’époque contre TF1. Mais est-ce mérité ?

Il y a quelques mois, nous avions déjà évoqué l’émission de Cyril Hanouna, Touche pas à mon poste, en décrivant le show comme un mélange entre divertissement, information et téléréalité. Par sa savante et cynique utilisation du bad buzz, TPMP est constamment un sujet d’actualité. La tactique de l’animateur est de surfer à chaque fois sur le buzz qu’il génère, en se décrivant comme la victime d’un acharnement médiatique le lendemain d’une émission brocardée par les médias. Ce qui lui assure une forte audience et la sympathie de son public.

Dans un discours calqué sur celui des hommes politiques, Cyril Hanouna, en bon démagogue, dit faire une émission pour le peuple, ce qui excuse dans son esprit tous les excès, et se pose en victime expiatoire « des élites médiatiques » qui ne regardent pas son émission et qui devraient donc s’abstenir de la critiquer. Mais si l’émission est vue par certains comme une sorte de thérapie, elle ne doit pas permettre à son animateur tout-puissant de faire tout et surtout n’importe quoi. Or, c’est cela que le gendarme de la télévision a puni, en tapant dans le portefeuille de C8. En ne pouvant plus surfer financièrement sur le buzz qu’il se plaît à susciter, par absence de publicité et donc de revenus pendant trois semaines, l’animateur va-t-il changer son fusil d’épaule ?

La chemin de croix de Cyril

Sans juger de la qualité de son humour, il semble que Cyril Hanouna ne fasse toujours pas la différence entre faire une vanne avec quelqu’un et faire une vanne à l’insu de quelqu’un. Quand il comprendra cela, il verra qu’il n’est pas sur le même créneau que les Nuls, notamment, puisqu’il se réclame souvent de « l’esprit Canal » en mettant en avant une certaine forme d’indulgence dont ces derniers auraient bénéficié dans les années 80. Or, que l’on apprécie ou pas le fameux esprit Canal, force est de constater que chacun des membres du groupe comique (Alain Chabat, Chantal Lauby, Dominique Farrugia, Bruno Carette) avait connaissance des vannes qui allaient se faire lors de leurs apparitions à la tv, car ils les avaient écrites et en étaient responsables.

Personne n’était la victime d’une blague cruelle ou déplacée dont le consentement serait considéré comme automatique par la simple participation à l’émission. Donner un salaire à Matthieu Delormeau légitime difficilement de lui faire croire pendant presque 24h, et pour une caméra cachée, qu’il a tué quelqu’un (où est l’humour ici ?) ; ni n’oblige Capucine Anav à apprécier de toucher, sans son consentement, les parties génitales de son patron. Et, cela va sans dire, encore moins d’outer des anonymes en direct à la télévision. L’émotion manifeste de l’animateur au moment d’annoncer, des trémolos dans la voix, qu’il ne va « rien lâcher pour vous (son public, ndlr) » tend à indiquer qu’il ne prend pas l’affaire à la légère. Mais au vu de sa ligne de défense, cela montre surtout qu’il vit cela comme de l’acharnement, qu’il ne comprend toujours pas ce qu’on lui reproche et qu’il ne fait donc pas la différence entre humour et humiliation ou harcèlement. Il doit se sentir comme une figure messianique injustement vouée aux gémonies, en somme.

L’image que Cyril Hanouna a de lui-même, injustement attaqué de toutes parts

Faites entrer l’accusé

Le jeudi 8 juin, pour se défendre, Cyril Hanouna a montré des séquences problématiques diffusées à la télé, en sous-entendant qu’il fait des bêtises mais que les autres aussi. Comme à chaque fois, il a également laissé dire que ceux qui se plaignent ne sont pas obligés de regarder l’émission. On lui rétorquerait que ce n’est pas parce que personne ne me voit voler un sac à main que je ne suis pas punissable de l’avoir fait. En fin d’émission, il s’est surtout couvert de honte, en utilisant comme marchepied les intermittents et les handicapés.

Il a d’abord évoqué le sort des intermittents de son émission, dont il a dit qu’ils seront plus impactés que lui par le coût de la sanction (il annonce 5 à 7 millions d’euros de perte, une autres source parle plutôt de cinq fois moins). Il a clôt le débat en disant, chevaleresque, qu’il ne les « lâcherait pas ». Dans son esprit, ce sont donc forcément les plus faibles qui vont payer pour ses fautes. Puis, après s’être longuement moqué de son nom, il s’est adressé à Olivier Schrameck, patron du CSA, en lui demandant d’annuler la sanction contre TPMP en ré-autorisant la diffusion de la publicité autour du programme, mais en laissant le soin à la chaîne de donner les millions d’euros en question à des associations d’handicapés, pour « qu’ils vivent mieux au quotidien ». Ou comment un coupable, qui peut faire un don à des associations en privé, tente de négocier sa peine en redorant publiquement son image sur le dos d’une communauté toute entière. En faisant passer, en plus, l’autorité qui vient de le punir comme une entité qui empêche les handicapés de « vivre mieux », car évidemment le CSA ne va pas accepter son deal, et les associations ne vont donc pas recevoir de dons… Gerbant.

Mr Hanouna, vous allez beaucoup trop loin.


Crédits photo de couverture : Getty Images – Stéphane Grangier
Crédits photo article : Icon Productions

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