Culture

Donald Trump, ou le début d’une nouvelle ère pour la pop culture américaine

Si l’Art divertit avant tout, il peut aussi nous permettre de réfléchir. La production culturelle américaine, et particulièrement le cinéma, a toujours fait preuve d’un certain zèle sur ce point. Elle se positionne régulièrement en tant qu’objet de propagande ou, a contrario, en tant que contre-point idéologique de la politique menée par les élites. Jetons un coup d’œil dans le rétroviseur pour voir ce qui nous attend dans les années à venir.

Contre-culture et contre-pouvoir

L’un des plus grands évènements musical de tous les temps est le festival de Woodstock, en 1969. Ce rassemblement emblématique de la culture hippie et du flower power a fait l’objet d’un documentaire-fleuve de 3h45, Woodstock, dont la diffusion a popularisé à l’international les performances musicales qui y ont été entrevues. La plus sidérante du festival peut être attribuée à Jimi Hendrix. Le génial guitariste, dans un riff solitaire endiablé, a rejoué The Star-Spangled Banner pour évoquer, avec les distorsions de sa guitare électrique, des bombes qui sifflent avant d’exploser au sol. Sa réinterprétation hallucinée de l’hymne américain est une diatribe à l’encontre de la guerre du Vietnam, qui battait alors son plein, et le festival est dans son entièreté une publicité géante pour le pacifisme.

« Greed is good »

Le cinéma populaire américain des années 80 est lui un reflet de la politique menée par le président Ronald Reagan. Ancien acteur de séries B hollywoodiennes, il a occupé le premier rôle du pays de 1981 à 1989, influant sur sa production culturelle. Notamment au travers d’un acteur comme Sylvester Stallone, qui a rejoué la Guerre froide sur grand écran par le biais de personnages symbolisant l’idéologie américaine face au communisme, notamment dans Rambo II : La Mission, Rambo III ou encore Rocky IV. Les années reaganiennes ont aussi produit deux golden boy emblématiques de la pop-culture qui symbolisent parfaitement le capitalisme effréné des années 80. Le premier, Gordon Gekko, est l’auteur de la maxime « greed is good » (qui peut se traduire par « la cupidité a du bon »), devenue mantra des traders new-yorkais qui ont voué un culte à leur plus populaire représentant fictionnel et dont l’aboutissement se trouve dans la crise financière de 2008 – en ce sens, voyez The Big Short d’Adam McKay. Le second est Patrick Bateman, le yuppie psychopathe du génial roman de Bret Easton Ellis, American Psycho. Ce tueur en série raciste, sadique, homophobe et misogyne est l’incarnation littérale de l’idéologie ultralibérale prônée par le gouvernement et qui induit l’adoption d’une pensée égocentrique, carnassière, matérialiste et superficielle. En somme, cette décennie est celle de la vanité pure.

Le progressisme avant le fascisme ?

Quant aux années Obama, elles ont fait fleurir au cinéma des projets sur la question Afro-Américaine, comme Le Majordome, Twenty Years a Slave, Selma, voire Lincoln ou Django Unchained. Et les chanteuses qui se revendiquent féministes et qui sont proches du pouvoir, comme Beyoncé, ont trusté les charts du monde entier, relayant ainsi les tendances progressistes du président démocrate. Et Donald dans tout ça ? Le milliardaire américain n’était pas encore élu qu’il faisait déjà l’objet de caricature, notamment dans les saisons 19 et 20 de la série South Park, via le personnage de Mr Garrison. Quant au chanteur Marylin Manson, durant la semaine de l’élection, il a sorti un clip dans lequel il décapite son tout nouveau président… Le Tout-Hollywood et les stars de la chanson se sont opposés à Donald Trump durant la campagne, parfois de manière spectaculaire (voir De Niro juste en dessous). Espérons que cette contestation ne soit pas qu’une façade, pour que l’ère bien sombre qui s’ouvre aux Etats-Unis soit au moins florissante pour la pop culture, comme elle a su l’être par le passé quand il a fallu qu’elle s’oppose ou rende compte d’un pouvoir inique. Pour que ce pays continue, malgré tout, à briller.

 


Crédits photo de couverture : © Comedy Central

Envoyer à un ami