Culture

Existe-t-il un bon film sur le football ?

Alors que la Coupe du Monde de football vient d’ouvrir ses portes, et cela pour un mois, Mow Magazine s’engouffre dans la brèche et veut papoter ballon. A la rédac’, on s’est demandé si le sport le plus populaire du monde était apparu à son avantage sur le grand-écran. Vous vous posiez évidemment la question, on a la réponse.

A l’évidence, le football a toutes les caractéristiques pour faire un bon film. Il peut produire, suivant les rencontres, un suspense hitchcockien, une tension digne d’un film d’horreur, une violence hardcore (vous connaissez Vinnie Jones ?) ou une émotion intense à même de vous faire lâcher une larme ou deux, comme devant Titanic – ne faites pas les durs, les gars, vous aussi vous avez chialé à la fin, autant qu’en 98 avec les Bleus. Il peut même créer des vocations de comédiens tant le jeu d’acteur se travaille sur un terrain, grâce à des roulades interminables, des prières envers le Seigneur pour ne pas perdre sa jambe après un contact ou des cris d’orfraie, tout ça pour duper l’arbitre. Si ce sport n’a donc manifestement pas besoin du cinéma pour produire du spectacle, le Septième Art n’a pas pu s’empêcher de se pencher sur lui, dans le but d’en rendre compte, avec plus ou moins de justesse.

So Foot

L’Angleterre, qui a inventé ce sport, s’y est très souvent intéressée. S’il a pu traiter de quelques aspects extérieurs au football, comme le hooliganisme (Hooligans, 2005) ou l’idolâtrie à tendance psy (Looking for Eric, 2009), le cinéma anglais a surtout mis en chantier la trilogie Goal, dont le premier opus, sous-titré Naissance d’un prodige en France, est sorti en 2005. Ces trois films traitent majoritairement du football dans son versant un peu bling-bling, soit un des aspects les moins intéressants de ce sport, et qui peut en être considéré comme une dérive. Le personnage principal, un Mexicain, connaît une ascension irrésistible qui l’amène de Newcastle au Real Madrid puis à la Coupe du Monde de 2006. Lointain cousin d’Entourage (la série tv), mais version football, ces trois Goal ne marquent pourtant aucun point, tant les poncifs dominent dans le parcours sans intérêt du Mexicain. De surcroît, il est manifeste que l’acteur principal, Kuno Becker, ne sait pas jouer au football, ce qui met un coup franc à l’immersion.

Le même problème incombe à Parminder Nagra, l’actrice principale de Joue-la comme Beckham (2002), qui a avoué avoir menti sur son niveau en football pour être choisie dans ce film qui utilise le jeu comme prétexte, pour nous servir un discours sur l’intégration. Et cela se voit clairement à l’écran, qu’elle ne sait pas jouer. Imagine-t-on un seul instant que Dwayne Johnson ou Jason Statham concèdent ne pas savoir se battre et qu’on voit nettement que les parpaings qu’ils administrent dans leurs films ne soient que du chiqué ?

Aux chiottes l’arbitre

Le cinéaste américain John Huston l’a bien compris, ce nécessaire désir de crédibilité, d’où la présence du Brésilien Pelé et d’autres joueurs internationaux dans son pas inintéressant A nous la victoire (1981), film de foot contre les nazis durant la Seconde Guerre mondiale (tout un concept). A contrario, pêle-mêle, vous pouvez passer outre United Passion (2014), avec Gérard Depardieu, qui raconte la genèse de la création de la Coupe du Monde et d’une organisation devenue mafieuse (la FIFA) ; Zidane, un portrait du XXIe siècle (2006), œuvre conceptuelle, arty et légèrement moraliste qui vire à l’abstraction ; 3 Zéros (2002), le « Closer » du film de football ; ainsi que les bouffonneries Les Collègues (1999) ou Les Seigneurs (2012), et à un degré moindre, Didier (1997), qui s’élève cependant clairement au-dessus des deux précités par le talent d’Alain Chabat.

We are the champions

Par contre, si vous avez toujours aimé les frappes hyperboliques qui trouent les filets et les gants des gardiens, que vous voyiez à l’époque dans l’anime Olive et Tom, le délirant Shaolin Soccer (2001) saura satisfaire votre désir de fantaisie, malgré un humour typiquement japonais qui ne fait pas toujours mouche (mais qui est souvent imparable, comme une bonne frappe). Enfin, pour conclure ce tour d’horizon, comment ne pas évoquer Coup de tête (1979), probablement le meilleur film sur le football qui ait vu le jour ? Son discours sur la lutte des classes et sur l’instrumentalisation politique du football est d’autant plus savoureux aujourd’hui que l’équipe de France cristallise toutes les tensions politiques de son pays, et que ce sport, dans sa globalité, est largement dominé par l’idéologie ultra-libérale. A noter que cette critique drôle et féroce du football (amateur) a eu pour conseiller technique le radin le plus célèbre de France, Guy Roux. Il est donc immanquable pour tous les amoureux de ballon qui se respecte.

Et pour souhaiter bonne chance aux Bleus en Russie, autant (re)voir le documentaire Les Yeux dans les Bleus (1998). Ça enverra de bonnes ondes jusque chez Poutine.


Crédit photo de couverture : Darius Khondji.

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