Culture

Faut-il aller voir Dunkerque, le dernier opus de Christopher Nolan ?

On n’aurait jamais cru qu’un film nommé Dunkerque puisse susciter autant l’excitation et faire tomber en transe la presse française et internationale. Il fallait bien la présence derrière la caméra du super-auteur Christopher Nolan pour arriver à créer pareil exploit. Son film de guerre sur l’opération Dynamo a donc débarqué sur nos écrans mercredi et on l’a vu. On vous dit tout.

Après sa réflexion sur l’héroïsme (la trilogie Batman), son exploration grandiloquente des rêves (Inception) et son film de science-fiction tarabiscoté (Interstellar), Christopher Nolan revient à plus de simplicité avec son nouveau film de guerre. Pensé comme une œuvre sensitive, voire « immersive » d’après le cinéaste, Dunkerque est assurément un des films les moins bavards et un des moins ouvertement complexes du Britannique. Mais il reste quand même, malgré une certaine évolution, totalement dans les clous de ce que Christopher Nolan a l’habitude de donner à son public. Ce qui ne permettra pas de faire varier les positions : ceux qui le vénèrent, et il y en a beaucoup, seront probablement conquis par un film perçu comme novateur dans sa filmographie ultra-célébrée ; et ceux qui sont plus critiques à son égard, comme l’auteur de ces lignes, continueront à camper sur leur position tant la formule ne change que très peu, au final.

L’opération Dynamo, que narre le film, est l’entreprise d’évacuation des troupes britanniques encerclées par l’armée allemande sur les plages de Dunkerque. Le long-métrage présente l’opération, qui s’est déroulée en 1940, sous trois latitudes distinctes, mais qui se croisent ou se rejoignent : une partie se déroule sur la plage, une autre sur la mer, et la dernière dans les airs. Ce morcellement des points de vue permet de présenter un récit non-linéaire, ce qui est visiblement la marotte d’un cinéaste qui aime complexifier toujours un peu artificiellement des récits plutôt simples.

Du Nolan pur jus

Cette construction simili-complexe, donc, permet à Christopher Nolan d’introduire au forceps ses propres effets de style et de faire de Dunkerque un film qui ne dépaysera pas ses fans. Le cinéaste pique à Inception sa structure narrative morcelée en plusieurs temporalités et, pour faire fonctionner le tout, lui adjoint un montage-alterné à rallonge, à l’œuvre dans The Dark Knight, Inception ou encore Interstellar. Étalée sur presque deux heures, cette mise en image typiquement nolanienne, pensée pour mettre le spectateur constamment sous tension, rend le film monotone à bien des égards. Car en ne variant pas d’un iota sa manière de présenter ses histoires, Christopher Nolan garde, de film en film, les mêmes défauts. Sous cette forme, son récit évoque plus celui d’un épisode énervé d’une série télévisée, qui enchaîne les climax, qu’un film voulu immersif. Et que l’on ne s’y trompe pas : cela ne veut pas dire que les personnages passent une majeure partie de leur temps à attendre les secours ou à fuir que le film est lent ou contemplatif. En sollicitant constamment l’attention (et la tension) du spectateur, notamment par le biais de la plage musicale envahissante de Hans Zimmer, le réalisateur perd forcément à un moment ou à un autre son audience, qui est habituée à cette intensité dans des formats bien plus courts (dans les séries tv, donc). Mais étendue sur la durée d’un long-métrage, le spectateur finit par lâcher l’affaire et sort du film à cause de son rythme invariant, et fatiguant.

Du reste, ce « blockbuster d’auteur » est assez loin d’un Michael Bay et d’une glorification de la nation conditionnée par la victoire. Dunkerque est a contrario un film de guerre qui montre avant tout l’attente, la peur et la fuite. Qui s’intéresse aux losers, en somme. Le film a au moins pour lui de présenter une vision assez singulière de l’héroïsme dans le panorama hollywoodien actuel. C’est toujours ça de pris.


Crédits photo de couverture : Copyright 2017 Warner Bros. Entertainment Inc.

  • Jules Redon

    « du Nolan pur jus », mouais… Effectivement Hans Zimmer est là, les mêmes techniques magnifiquement efficaces pour utiliser ses caméras, mais ici Nolan suggère, plus qu’il ne l’a jamais fait et ça c’est génial !

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