Culture

Faut-il en finir avec les super-héros ?

En phase terminale, le genre super-héroïque, déjà bien amoché cette année par Wonder Woman, Spider-Man : Homecoming ou Thor : Ragnarok, a reçu le coup de grâce avec Justice League, choucroute numérique sans âme ni consistanceOmniprésents sur les écrans, les films Marvel et DC anéantissent complètement le genre. Il est vraiment temps de ranger les capes et les slips moulants au placard.

Il est bien loin le temps de la trilogie Spider-Man de Sam Raimi, voire du Dark Knight (2008) de Christopher Nolan. Dorénavant, les films de super-héros se font à base de recettes et de formules, et sont dépourvus à la fois d’idées, de passion et de talent. Ces œuvres calibrées pour séduire et qui, mystérieusement, y parviennent, ne sont portées par rien d’autre que l’envie de vous soutirer coûte que coûte votre argent, et cela pour encore bien des années (chez Marvel, il y aura une phase 4 après la phase 3, qui se termine en 2019). Thor : Ragnarok, sorti il y a un mois (et défendu dans nos colonnes), est l’exemple récent le plus parlant de la démission artistique totale du genre.

Cet opus, en dépit de toute cohérence interne à la trilogie, singe le style de deux films qui ont cartonné au box-office après la sortie du deuxième volet de Thor, en 2013 (644 millions de dollars) : Les Gardiens de la Galaxie (2014, 774 millions de dollars) et Deadpool (2016, 783 millions de dollars). Pour évoquer le premier cité, le film du héros nordique baigne dans une ambiance revival eighties, à contre-courant de l’aspect visuel des deux précédents volets, plutôt rococo-plastoc. Pour copier le second, one-man show en collant, le divin blond plonge tête la première dans l’humour, celui-ci le plus bas du front que nous ayons eu l’infortune de voir sur grand-écran de mémoire récente (cela dit, nous avons arrêté de nous infliger les comédies françaises). Cette profusion d’humour (aucune scène n’est épargnée) a pour effet de dédramatiser absolument toutes les situations, rendues au minimum inconséquentes, au pire ridicules. En désacralisant la mythologie qu’il investit, le studio Marvel ne respecte absolument pas l’univers qu’il exploite sans vergogne et qui, comble du malheur, lui appartient. Que des fans des comics originels aiment ce film, ainsi que les autres itérations du studio, est pour nous un mystère insondable, et une vraie raison de s’inquiéter pour l’avenir du cinéma populaire.

Wonder Woman, e-conne du féminisme

Car ce cinéma-là est indéniablement populaire, c’est-à-dire réclamé et vu par une frange importante du public. Chaque opus casse la baraque au box-office et valide la logique commerciale derrière les produits manufacturés qui sont proposés. Et cet engrenage pervers n’est pas près de changer, car si la presse n’est plus prescriptrice, le traitement clément, si ce n’est laudateur, de cette dernière à l’égard des films de super-héros les entoure d’un environnement a minima bienveillant, auquel le public reste tout de même sensible. En ce sens, l’accueil dithyrambique réservé à Wonder Woman, notamment, est révélateur de la tranquillité avec laquelle des films d’un si bas niveau sont traités. Bombardé icône du féminisme par la presse hexagonale et internationale (et notamment par la presse féminine, qui semble comprendre le cinéma comme l’auteur de ces lignes la mode), le très mauvais film de Patty Jenkins, qui a une bécasse assujettie à un homme pour héroïne, est aussi féministe que Thor : Ragnarok est drôle, c’est-à-dire sur un malentendu.

Les films de super-héros, dorénavant aussi consistants et sains qu’un Big Mac torché à la va-vite, sont devenus hégémoniques dans le paysage cinématographique mondial. La presse en parle, la télévision en parle, Mow Magazine en parle, tout le monde en parle, car ce sont des événements plus médiatiques que cinématographiques qui rapportent à ceux qui les exploitent. Peu importe que lesdits événements accouchent à chaque fois de souris rachitiques. La solution qui s’impose à nous dorénavant est de s’extraire de cette tyrannie médiatique provoquée par des marques surpuissantes, de ne plus consommer chaque opus comme on achète tous les ans le dernier iPhone, et de ne plus en parler. A son petit niveau, l’auteur de ces lignes, qui n’a plus le courage d’enfiler son masque de super-critique pour aller perdre deux heures de sa vie devant des films qui n’ont rien à dire ni à montrer, abandonne le combat. Les super-héros sont morts et, comme Logan, seul film intéressant sur le sujet sorti cette année (et qui n’est pas initié par Marvel ou DC, tiens donc !), enterrés.

Je l’accepte et en fais le deuil.


Crédit photo de couverture : Copyright Warner Bros

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