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Gare des Brotteaux à Lyon : au coeur du graffiti

Bombe de peinture en main et cagoule vissée sur le crâne, Louis* s’attaque à un train inter-cité, au beau milieu du dépôt de l’ancienne gare des Brotteaux. Tout droit venu d’Italie, ce graffeur et tatoueur est un habitué des dépôts, des gares, des souterrains. « Je préfère peindre des trains ou des métros que les murs de la ville. J’ai la sensation d’être privilégié quand je vois ces endroits secrets, ou très rarement fréquentés. » Mais sans Antoine* ce périple au beau milieu de Lyon n’aurait pas été possible. Fraîchement débarqué de Nice il y a trois mois, Antoine connaît tous les accès au dépôt des Brotteaux. « Il n’y a jamais trop de sécurité ici. Je n’ai jamais vu de maître-chiens. Mais on reste toujours très vigilants. »

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« Le poste de sécurité est juste en face, mais il n’y a personne depuis 23 heures. »

Prêts depuis minuit, les deux graffeurs ne s’approchent pas des trains à l’arrêt avant 2 heures du matin. En passant par un immeuble près de la place Jules Ferry, Antoine espère pouvoir se rendre sur le dépôt grâce à un pont avant d’apercevoir une dizaine d’ouvriers sur les rails. « C’est mort, on va tenter un autre endroit » lance-t-il, déterminé à laisser sa signature au spray. Après avoir repéré un mur à escalader, Louis et Antoine cachent leurs bombes avant de s’approcher des trains du dépôt des Brotteaux. « Le poste de sécurité est juste en face, mais plus personne n’y est depuis 23 heures. » chuchote le niçois, bien informé. Ils choisissent une rame entre deux trains, histoire d’être au sombre. Vêtus entièrement de noir, il est impossible de voir les graffeurs à plus de 50 mètres. Quand une lampe torche s’agite depuis le chantier des ouvriers, le premier réflexe à avoir est de se cacher sous un train et d’attendre. « Parfois ils nous arrivent de rester 2 heures comme ça » relativise l’homme, originaire de Milan. Au bout de trente minutes de calme plat et du passage d’un train de marchandises, Louis et Antoine agitent leur sprays et répandent leurs couleurs sur les wagons SNCF. 

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Footix et Booba à Part-Dieu ?

D’environ 2 à 3 mètres d’envergure, leurs tags sont fait en moins de 15 minutes. Ils ont beau être complètement dans le noir, les deux peintres savent parfaitement synchroniser leurs mouvements. « Généralement on va peindre à deux ou trois, ça permet à l’un de garder un oeil sur la sécurité pendant que l’autre finit son tag, et vice versa. » explique Antoine. En guise de dédicace à la France, l’italien Louis a peint un portrait de Footix, la mascotte de 98, tandis qu’Antoine rend un hommage à son rappeur préféré, Booba. S’avouant « fiers » de leur performance, ils prennent le chemin du retour, toujours méfiants. « Il n’y a peut-être personne sur le dépôt mais on ne doit jamais traîner, la sécurité peut toujours nous signaler et les flics nous attendent à la sortie dans ces cas-là. » Les prochains voyageurs auront peut-être la surprise de voir l’Intercité signé par les graffeurs entrer en Gare Part-Dieu avant qu’il ne soit nettoyé. Louis espère que sa signature restera plus de deux jours avant de préciser qu’ « à Berlin, un train repart directement au dépôt si on remarque qu’il est tagué. A Milan, un métro peut rester 15 jours avec ton blase dessus : c’est le paradis pour nous! » Si les métros lyonnais sont « trop surveillés » pour être le terrain de jeu des graffeurs, les dépôts de train seront les cibles de l’art urbain pendant encore quelques temps. 

*Pour des raisons de confidentialité, les prénoms ont été modifiés

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