Culture, Lifestyle

[INTERVIEW] Yérim Sar : ta dose de haine avec le sourire – Part 2

Dans notre société très normée, il existe des êtres dont la mission est de balancer une horreur salutaire au milieu des combats pour l’écriture inclusive et l’héritage de Johnny dont on ne touchera jamais un centime. Ils maintiennent l’équilibre en veillant à ce que les idées connes de l’humanité ne soient jamais prises pour autre chose. Aujourd’hui, l’un d’entre eux a accepté de nous parler. Journaliste rap, cinéma et société pour Vice, Noisey, Mouv, voici l’histoire de Yérim Sar. Cette dernière partie est consacrée au cinéma et au cochon de Black Mirror. (C’est là Maman que ta lecture s’arrête).

©Mouv

On va parler cinéma maintenant. Quel est ton sentiment sur le cinéma aujourd’hui ?

Pour moi c’est un des registres culturels où tu as le plus de choix. Tant que ça me parle, ça me va. Je ne me dis pas que je suis né à la mauvaise époque même s’il y a des trucs qui me plaisent moins que d’autres. Après c’est quand même très rare que je rigole devant une comédie française mais en même temps rien n’empêche d’aller chercher ailleurs, c’est ça qui est bien. Je n’ai pas spécialement d’avis tranché parce que c’est trop vaste. Logiquement plus tu vieillis, plus tu vas être curieux, enfin si tout va bien et donc tu peux découvrir tout ce qui est moins mis en avant. Perso je ne regardais pas trop de cinéma asiatique quand j’étais petit et une fois que tu te le manges en pleine gueule… en  plus c’est super vaste. Le cinéma japonais n’a rien à voir avec le cinéma coréen. C’est cool, ça t’ouvre un peu. C’est d’autres techniques d’approche, d’autres styles. Pareil pour le cinéma sud-américain et après t’as toujours, logiquement, ton bonheur dans le cinéma US, en te replongeant dans des vieux films ou en te prenant des claques avec des nouveautés actuelles que t’attendais pas forcément. En fait à partir du moment où t’es pas dérangé par les sous-titres, t’as plus spécialement d’excuse pour pas trouver de bons films… Quand t’as le net et un minimum de temps c’est chaud de dire « le ciné français propose rien », ce serait comme se plaindre de bouffer fast food tous les jours alors que t’es juste un gros cul qui a la flemme de cuisiner.

Et tu penses quoi de cette tendance que l’on a depuis quelques années à ressortir ou réadapter des films qui ont pu sortir au court des vingt dernières années, comme Ça l’an passé ou des séries comme Stranger Things , qui surfent sur la nostalgie, auxquelles viennent s’ajouter les multiples blockbusters autour des super-héros, qui est un phénomène assez propre à cette décennie.

Il y a deux trucs différents. Le plus évident c’est les films de super-héros. A la base, moi j’aime bien les comics donc si tu veux, ça ne me dérange pas après effectivement quand tu en as autant, t’es obligé de faire un tri parce que tout n’est pas bon, loin de là. La réflexion que je me fais, c’est que moi par exemple, je n’aime pas tout ce qui est adaptation filmée de romans pour ados. Pareil, ça a duré une bonne petite décennie. T’as eu Twilight, Harry Potter et t’en as plein qui ont enchaîné avec toujours ce truc de blockbusters pour ados. Et je me suis dit que quelqu’un, de base, qui doit détester les comics doit porter le même regard sur l’invasion de ces films-là que moi je vais avoir sur la saga Twilight. Donc eux ouais ils doivent vraiment être dégoûtés. En un an, t’as moyen d’en avoir une dizaine si tu cumules toutes les sagas entre elles. De toute façon c’est un débat qu’ont même les producteurs. Ils redoutent beaucoup l’effet de lassitude sur le spectateur. C’est-à-dire qu’il y en a tellement eu qu’effectivement le risque évident c’est ça. Surtout quand tu en fais de façon « rendement », c’est clair que t’es tenté de bâcler certains trucs ou de sortir certains films avant d’autres parce que c’est stratégique. Dès que tu perds l’âme du truc, ouais ça devient très compliqué. Après t’as des ratages aussi, c’est-à-dire qu’en ce moment tu as pratiquement tous les films Warner/DC, tout ce qui est Batman, Superman etc, eux n’arrivent pas à trouver une formule qui marche. Donc tu te retrouves avec des films qui ne ressemblent pas à grand-chose. C’est une mode et comme tous les modes, ça va se normaliser. A chaque fois que tu demandes ça à un acteur ou un réalisateur, qui participe à ce genre de film, sa réponse est simple. Ils comparent ça au western : il y a eu un âge d’or où t’en avais tout le temps et à toutes les sauces. Aujourd’hui t’en as encore quelques un qui sortent, le genre n’est pas forcément mort et enterré, mais tout le monde admet qu’il y a une époque Western et que cette époque-là est révolue. Alors je ne veux pas faire la Madame Soleil sur les films de comics, je ne connais pas leur destin sur le long terme. Mais c’est comme tout, il faut trier. A la limite je te dirais que ça a apporté, quand même, une réelle différence avec avant, j’ai l’impression. C’est que tu vas au cinéma comme tu regarderais une série. Comme les films de Marvel Studios, chacun est un épisode d’une série et l’équivalent du season final, c’est balisé par la fin de ce qu’ils appellent « une phase ». Donc la fin de la phase 1, c’était Avengers 1 etc. Là pareil dans quelques semaines tu vas avoir le 3eme Avengers où ils réunissent tous leurs personnages, ils seront plus d’une cinquantaine, donc ça fait un truc assez gigantesque. C’est vrai que c’est une façon de faire qui se rapproche plus de la série que du cinéma. C’est pour ça que certaines personnes détestent. Pas forcément les films, mais ne serait-ce que le procédé. Le fait de te dire que tout va être connecté, que finalement c’est un univers fermé sur lui et que tout doit s’assembler. Quand t’interviewes certaines personnes et que tu réalises certains trucs, c’est vrai que le côté sans âme, il est un peu fort. Si on reste sur Marvel Studio, j’avais interviewé deux scénaristes qui avaient fait tous les Captain America et le prochain Avengers. Ils m’ont sorti une anecdote pas piquée des hannetons sur leur façon de travailler avec Kevin Feige, qui est le boss de tout Marvel Studio.

Donc eux sont en pleine séance d’écriture, il entre et dit « il faudrait que tel personnage meure ou à l’inverse, et il faut détruire le S.H.I.E.L.D », il s’en va et c’est tout. Et eux disent que leur travail c’est d’essayer de rendre ça cohérent dans une histoire qui tient la route. Le travail qui se rapproche le plus d’un showrunner c’est celui de ce mec, Kevin Feige. Lui en fait, il a une charte préétablie, et ça va même jusqu’au visuel. Ça a tendance à remettre le producteur au centre de tout, et fatalement à renier la place du réalisateur en tant qu’auteur. C’est un problème que tu as dans toutes les franchises qui deviennent rentables à ce point : le mec qui a réalisé Rogue One, pareil, interview cadrée, attaché de presse à côté de lui, et à la question « maintenant c’est quoi tes projets ? », le mec te jette un regard de chien battu et dit « je sais pas du tout mais j’espère que ce sera un film où j’aurais un minimum de contrôle ». Le mec parlait comme un enfant victime d’attouchements, c’était triste et beau.

Pour la deuxième partie de ta question avec les mecs qui sont dans le revival, ça je ne sais pas trop à quoi c’est dû. C’est quand même un phénomène très américain. Je pense qu’Hollywood et compagnie c’est juste un truc qui doit se réinventer tout le temps pour rester attractif et ce qu’ils ont trouvé dernièrement c’était le côté très nostalgique, très doudous 80’s parce que ça correspond à la génération de mecs qui consomment aujourd’hui donc oui c’est logique. T’as des réalisateurs qui sont fans et nostalgiques eux-mêmes de ce qu’ils voyaient dans leur enfance et qui cherchent à le reproduire, après ce n’est pas toujours le truc le plus subtil de la terre. T’as un côté « ça passe ou ça casse » : soit t’es révulsé par le côté « le mec te chie à la gueule des références, ok mais je m’en fous, c’est pas du tout ce que je recherche ». Soit au contraire t’y vas à fond. Et t’as une dernière catégorie de personnes qui ne capte pas du tout ces références parce que ce n’est pas leur époque à eux et c’est là que tu vois si un film peut tenir la route sans ça. C’était un peu le cas du dernier Spielberg. Le truc tient par la réal, parce que si tu prends uniquement l’histoire et que t’en as rien à foutre des clins d’œil, c’est à peine un épisode de Scooby Doo le bordel. Je pense que c’est parti pour durer parce que c’est un terrain très confortable tout ce qui est trip nostalgique. Je pense que ça va être un cycle où tu vas voir beaucoup de reboot/remake et de films originaux mais basés sur des œuvres antérieures soit d’accumulation de clins d’œil et de références. Il y a aussi des registres qui sont plus propices à ça. Il y avait beaucoup de reboot/remake du cinéma d’horreur parce que c’est tellement un genre qui est codifié et balisé que c’est vrai que si tu fais un film d’horreur aujourd’hui et que t’as pas d’idée ou qu’elle pue la merde, bah ça va basculer très vite dans un truc nanardesque et ça va se voir. Dernièrement j’ai vu Action ou vérité, bah putain, le seul truc qui peut sauver ce film c’est de se dire qu’au montage les mecs se sont dits « ça ressemble à rien mais ça peut faire marrer des alcooliques ». Donc c’est plus facile de se dire c’est pas grave on va ressusciter une saga légendaire. Là par exemple, il va y avoir un prochain film Halloween. Ça doit être aussi un challenge pour eux, même si c’est impossible de faire mieux que le premier, mais quelque chose qui va pouvoir être revisité. Là aussi t’as les farouches détracteurs des remakes. Parfois ils ont raison parfois ils ont tort.

©Compass International Pictures

En fait c’est vrai que, que ça soit pour les comics ou les films nostalgiques, ça ressemble un peu plus aujourd’hui à des modèles économiques qui servent à engranger de l’argent. Et comme tu le disais, ça permet de toucher une population qui a les moyens. Cette tendance est très propre à notre époque et cette année particulièrement.

Ça s’est multiplié mais c’est vrai que ça a toujours existé. Là t’as des gens qui gueulent sur le projet de remake de Scarface en oubliant que de base c’était déjà un remake qui a complètement réinventé le film puisque l’origine c’est un film de gangsters en noir et blanc très classique, très bon enfant, dans mon souvenir il était presque rigolo à certains moments. Et c’est passé à une transformation du personnage principal en le réinventant, qui n’a plus rien à voir et devient Tony Montana, immigré cubain. C’est pas forcément mauvais en soit, c’est juste qu’il faut que t’aies une vraie raison de le faire. Ça reste très américain, c’est plus un truc de pop culture. J’ai pas l’impression qu’en France t’as des tendances comme ça ou tout ce qui vient d’Asie. Je sais pas si c’est un truc d’époque.

Cette question-là je me la suis posée. Quand tu vois que maintenant t’as des mecs de 20 ans qui ont des Tamaggochi dans la main alors que le truc n’existe plus depuis 20 ans, il y a quelques chose. Je ne sais pas si c’est lié au contexte actuel avec un climat assez anxiogène et qu’on se rue sur des trucs qui nous rassurent mais en tout cas je trouvais que c’était très marqué dans le cinéma.

Déjà si t’as 20 ans en 2018 et que tu te trimballes avec un Tamaggochi, faut très vite envisager le suicide par immolation. En tout cas tout ça, c’est l’explication de la série South Park sur la saison précédente il me semble. T’as tout un délire autour de la nostalgie presque maladive. En gros les mecs te disent qu’on est angoissés, stressés, mécontents de la période actuelle donc c’est super confortable d’aller chercher du côté du passé des trucs que t’as totalement idéalisé. Parce qu’en général, c’est quand même ça le souci : c’est que tu choisis inconsciemment de ne retenir que les bons mais il y en a des complétement pétés. C’est un peu une facilité de l’esprit. Les Walkman c’était de la merde, devoir attendre plus d’un an pour voir le film que t’avais loupé au cinéma c’était de la merde aussi.

Tout à l’heure, tu parlais de différents types de cinéma. Tu vas adorer la question… Si tu devais retenir les films qui sont représentatifs pour toi de ces courants-là,  soit pour lesquels tu as une affection particulière.

Alors le problème c’est que je devrais diviser ma réponse en 17 registres distincts et que dans chacun je choisisse un donc c’est compliqué.

Tu as le droit d’orienter la question comme tu veux : soit tu parles des films qui te touchent soit tu pars sur du pragmatique et du factuel.

En cinéma japonais, j’aimais beaucoup Takeshi Kitano. Après c’est pas un registre, c’est plus une provenance mais je le trouve très très fort.

Je peux dire ce que j’aime en général ? Parce que j’aime beaucoup le mélange des genres. Une comédie dramatique va plus me toucher voire me faire marrer qu’une comédie-comédie. J’aime bien tout ce qui est polar un peu chelou. Ce que faisait les frères Coen ou Tarantino avec ce côté humour qui déboule au milieu de trucs ultra-violents ou du drame qui arrive au milieu de blagues. Wes Anderson fait pas mal ça aussi. Dernièrement il y a eu un film qui s’appelle Three Bilboards, du même réalisateur qui avait fait Bons baisers de Bruges, lui aussi il a un peu ce côté-là. Le mélange des genres c’est vraiment ce que j’affectionne. Dans ce registre il y en a un que j’aime bien. Il passe d’un truc chelou à un truc vraiment marrant, en français c’est Pour le pire et le meilleur avec Jack Nicholson. Il faut savoir que dans ce film, Jack Nicholson est une sorte de distributeur automatique de punchlines. Il a quasiment que des répliques qui te font décrocher des éclats rires. C’est super hardcore en plus. C’est un mec qui est atteint de plein de TOC, très misanthrope. Le genre de mec qui va toujours bouffer dans le même resto et la meuf, qu’il kiffe en secret, lui sort une vanne, gentil en plus «à ce rythme-là, votre santé » et lui répond une phrase qui m’a marqué. Il dit à la meuf « on en est tous là, je vais crever, vous allez crever et d’après ce que j’ai compris votre fils c’est pour bientôt ». C’est le truc le plus dur que tu puisses dire à la mère d’un enfant malade. Et il a que des répliques comme ça, c’est vraiment très très noir. En français, j’aime beaucoup Albert Dupontel, il a un univers très singulier et très délirant. Très personnel et ça change vraiment de ce que tu vois ailleurs. En fait, j’ai de moins en moins de genre de prédilection, si je vois un bon film quel qu’il soit, je vais quand même être content à part les trucs un peu tombés en désuétude, les comédies musicales, par exemple.

©TriStar

Justement tu parles de bon film, quel est le dernier bon film que tu as vu ?

Ça va se battre dans les dernières projo presse que j’ai fait. On va dire, le dernier vrai bon film c’est Three Billboards et le dernier juste bon film qui te fait passer un moment cool c’est Opération Beyrouth. C’est la dernière projo presse que j’ai fait mais parce que j’ai loupé celle de Wes Anderson sinon j’aurais dit L’Île aux chiens.

Sans transition je vais revenir sur une interview que tu as faite pour Nouvelle Ecole où tu parlais de ton intérêt pour les livres et l’écriture. Tu réagis beaucoup sur des sujets de société, on va y revenir après, rap et cinéma. Tu es un homme très occupé mais est-ce que tu aurais envie d’aborder ces sujets dans un livre ?

Je suis pas un homme très occupé, je suis un branleur, c’est juste que je poste pas des photos de moi en train de bouffer des merdes exotiques dans des pays avec des noms de plus de quatre syllabes donc ça donne sans doute l’impression que je taf tout le temps. C’est pas un projet même si c’est un truc qui pourrait grave me plaire, ce n’est pas dans mes plans. Si je faisais un truc, je ne pense pas que ça serait de la fiction. Le problème c’est qu’il faudrait déjà que je me motive et en plus, si je faisais sur le rap par exemple, il faudrait que je trouve un angle que j’estime suffisamment inédit et intéressant pour pas refaire un énième catalogue genre « les albums de ma vie ». Donc non ce n’est pas dans mes plans, il en a été question un moment, mais ça ne s’est pas fait.

Et si ça devrait se faire aujourd’hui, sur quoi tu aurais envie d’écrire ?

Un sujet de société ça serait marrant, mais il faudrait que je puisse avoir un ton. Quand on me commande un article société c’est souvent un gros foutage de gueule étalé sur quatre pages donc ça serait ça mais version bouquin. A priori ça serait assez insultant pour mal de gens, je ne sais pas si c’est viable comme projet.

On va dire que c’est possible, que tu peux écrire sur ce que tu veux, tu n’as pas de restrictions.

Si je devais faire ça il y aurait trois possibilités. Si c’était sur le cinéma, j’écrirai sur un truc ultra-spécifique, sur des pépites un peu perdues et pas connues. Des films que je considère comme importants ou très bons. Ou sur un registre ou cinéaste en particulier. Sur le rap, pareil, ça serait soit sur un artiste en particulier, donc il faudrait qu’il soit décédé sinon ça n’aurait aucun intérêt.

Pourquoi il faudrait qu’il soit décédé ?

Parce que t’aurais un côté hommage. Par exemple si t’as un mec qui écrit sur Prodigy, c’est très légitime parce que c’est un artiste qui a complètement marqué son époque et qui a traumatisé 2-3 générations. Il y a vraiment beaucoup de trucs à dire. Quand je dis décédé, c’est pour ça. C’est pas pour le côté morbide du truc.

Tu as quand même des gens vivants qui ont marqué…

Ouais mais ça veut dire qu’il faut que tu captes la personne. Ça serait logique pour moi que la personne intervienne dans le processus un moment ou un autre.

Si tu regardes bien les trucs que j’ai cités c’est ce que je fais le plus en articles. Ça serait sur un de ces trois sujets sûrement après il faut vraiment que je creuse la tête pour trouver un angle qui n’est pas trop cramé ou qui n’a pas été fait et refait. D’un autre côté y’a plein de mecs qui sortent des bouquins nuls à chier, donc peut-être que je sacralise trop le truc.

On va revenir sur les sujets de société et les croiser avec Twitter, qui est comme tu l’as dit, le réseau social idéal pour interagir de manière rapide, efficace et spontanée. En ce moment, il se passe plein de choses. Tu réagis sur pas mal de sujets. Quel est celui qui est peu abordé dans les médias et qui pour toi, mériterait qu’on y porte plus d’attention ?

J’avais fait un truc, j’avais été moi-même très étonné des retours, c’était en période électorale et je devais donner la parole à des abstentionnistes. Pour moi ça me semblait assez évident mais c’est en voyant les réactions, ça avait été relayé par des gens très sérieux, d’autres médias, des politiques peu connus, des mecs de l’associatif, que je me suis dit que l’abstention c’est juste un chiffre qu’on donne et après on considère que ça suffit. Des gens ont fait le choix de s’abstenir et donc pour les médias traditionnels, ça signifie qu’ils choisissent de ne pas parler, comme s’ils s’en foutaient. Alors que non pas du tout, tu peux t’abstenir pour plein de raisons différentes. Du coup vu la réception de l’article à deux reprises, puisqu’il y a eu les régionales puis la présidentielle, il y avait toujours ce côté un peu marrant. Dans les sujets, que je trouve que l’on ne fait pas assez, c’est juste prendre des hommes politiques et mettre leur nez dans leur merde. T’es quand même dans un pays où quand Sarko fait une demi garde à vue, on le laisse rentrer chez lui pour dormir, t’as des gens qui font des débats pour savoir si ce n’est pas de l’acharnement judiciaire. Ça, il me semble en plus, que c’est un truc très franco-français. Le côté, je me fais péter la main dans le sac, je démissionne pas et vas-y c’est pas grave. C’est un truc qui traverse tous les partis et toutes les tendances politiques. T’as l’impression que même les gens sont un peu résignés là-dessus. Ils sont tous soit très incompétents soit très mal intentionnés soit naturellement stupides. T’as le panel de tout ce qui est mauvais. Dans certains articles, tu peux presque avoir des remords quand tu démontes des trucs parce que ça reste artistique. Le mec, même si il a fait un film de merde ou un album de merde, même une carrière entière de merde, c’est pas quelqu’un qui est mauvais en soit et qui s’est dit « je vais pourrir la vie de mon public en faisant que de la merde ». C’est quelqu’un qui a essayé de bien faire un moment mais qui s’est raté. Alors qu’un homme politique il y a absolument rien qui puisse le rattraper. Il ne peut pas dire « je l’ai pas fait exprès » et même si c’était le cas, bah à ce moment-là il fallait changer de métier. Quand j’ai fait un article où je me foutais de A à Z de Manuel Valls, t’as un côté où déjà, moi je me marre parce que les sujets société ou politique c’est encore plus rare de trouver de la dérision dedans, du coup vu c’est un truc qu’on me laisse faire. Ça permet d’éviter le côté un peu chiant décryptage, donneur de leçons. C’est souvent bien reçu et c’est assez drôle à écrire. Faire publier un papier qui compare Valls au 1er Ministre qui encule un cochon dans Black Mirror, ça a tendance à me mettre de bonne humeur. Ça serait ça mon délire : une bonne dose de haine mais avec le sourire.

Tu as beaucoup parlé politique mais c’était plutôt l’année dernière. Aujourd’hui est-ce qu’il y a un sujet qui t’anime ? Soit un sujet qu’on aborde dans les médias mais mal, soit pas du tout abordé.

Y’a pas grand-chose qui m’anime, je préfère rigoler de ces trucs, sinon c’est déprimant. Après si je devais choisir un sujet… cette partie-là de l’interview va être très chiante : c’est la Françafrique. Où même en général la relation de la France avec ces anciennes colonies. Ça a changé sur la forme mais pas sur le fond. C’est clair que c’est un truc dont personne ne parle et c’est un vrai sujet. En même temps si personne n’en parle c’est parce que pour le coup, c’est comme je disais tout à l’heure, c’est un sujet qui transcende les parties droite-gauche. C’est juste que la France a ce rapport-là avec ces pays-là et que ça y va de son économie donc personne n’a intérêt à ce que ça change.

Si tu devais en parler, qu’est-ce que tu dirais ?

Eh bien j’esquiverais la question et je conseillerais les bouquins d’un mec beaucoup plus compétent que moi qui a écrit là-dessus, François-Xavier Verschave qui est décédé il me semble. Il était ultra-ultra-complet et documenté sur le sujet. Il a écrit plusieurs bouquins dessus. C’était un grand monsieur.

Est-ce qu’il a un sujet de société, selon toi, qui devrait être approfondi pour un bien-être ensemble ?

J’ai l’impression que la zoophilie c’est toujours tabou. Voilà.

On va finir avec un point mode. Tu vois où je veux en venir ?

Oui bien sûr.

Tu peux expliquer ce qu’il s’est passé ?

Tu fais référence aux Césars j’imagine. Voilà en gros ce qu’il s’est passé : à la toute base c’était une sorte de défi qu’un pote m’avait posé parce qu’il y a eu une petite confusion quand j’ai reçu l’’invitation. Il y avait marqué « tenue de soirée exigée », mon pote m’a dit que j’allais devoir mettre un truc très strict et moi après quelqu’un m’a dit que « tenue de soirée » était au-dessus de « tenue correcte ». Pour moi ça voulait dire tenue comme quand tu vas en boîte ce genre de connerie et en fait pas du tout. J’y suis réellement allé en costard. Une espèce de costume gris et dès que je suis entré, je suis allé aux toilettes parce que pour le coup, le pantalon ce n’était vraiment pas possible. J’avais pris dans mon sac un pantalon de la même couleur mais beaucoup plus large, que tu vois sur la photo. Les baskets je les avais dès le départ, c’était assez sobre. J’ai troqué ma chemise contre un T-Shirt, j’ai gardé la veste et j’ai rajouté le bonnet, pour le style. Selon les experts, j’ai fini par ressembler à « un vieux daron rebeu du centre-ville de Toulon », ce qui était le rêve de toute une vie. C’était donc parce que mon pote m’avait lancé un défi et que ça me faisait marrer.

Il y a quand même un truc qu’il faut préciser, c’est que j’étais dans la partie réservée aux journalistes c’était pas du tout avec que des gens en robes de soirée ou en costards incroyables. C’était des journalistes qui ne faisaient pas tous de la télé et tout le monde s’en fout d’ailleurs dans cette partie-là. C’était quand même une soirée où il y avait beaucoup de gens bourrés et on m’a expliqué qu’avant, ils font tous un dîner. Là pour le coup je parle vraiment des nominés. Ils font un dîner où ils se bourrent la gueule et ensuite il y a un buffet où ils continuent de se bourrer la gueule. C’est comme ça qu’ils les tiennent assis aussi longtemps dans cette salle. Tout ça pour dire que c’est quand même moins guindé que ce que j’imaginais.

La soirée était cool ?

Oui surtout la toute fin avec le mec qui a été récompensé « Meilleur Acteur », complétement pété, et moi aussi à ce stade. Si tu veux, le principe est que t’as une salle réservée où les lauréats font un tour. T’as tous les médias qui s’enchaînent. C’est le même principe que quand ils sont sur un tapis rouge. Et ce mec est arrivé avec un verre de cognac ou de sky à la main. Je lui ai dit « ah c’est pas du champagne c’est direct alcool fort », il m’a sorti une excuse de merde qui était « j’aime pas trop le goût du champagne ». Je lui ai fait remarquer que c’était une excuse de merde. Ensuite on s’est marrés tous les deux, ouais c’était rigolo. Après on a disserté sur le fait qu’il n’y avait pas de rhum. C’était vraiment très bonne ambiance et pour le coup c’était beaucoup moins chiant de la vivre de l’intérieur que de la regarder à la télé. Déjà parce qu’en vérité, tu bosses et c’est plus rythmé. Et t’as le buffet gratuit.

Un mot pour finir ?

Non pas spécialement. Ah si, je peux parler de mes projets ? Je pense que je vais refaire le papier peint de ma chambre.


Retrouvez le sur Twitter ici et la première partie de l’interview ici

Je suis la fille qui a besoin de regarder entre 6 et 7 fois par an le Seigneur des Anneaux, dans son intégralité et à la suite. J'adore voir le fromage fondu couler sur du pain et je déteste les gens qui mettent la pancarte "Bébé à bord" dans leur voiture.

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