Culture

Pourquoi j’ai appris à me méfier de la hype grâce à Westworld

La puissante chaîne HBO est dans l’impasse : la prochaine saison de Game of Thrones sera la dernière. Alors qu’elle avait parié sur le succès de Vinyl, programmée pour lui succéder au vu de son casting (Martin Scorsese, Mick Jagger, le scénariste Terence Winter) et de son sujet (le business du rock’n’roll dans le New York des années 70), la série a fait un flop retentissant et a été arrêtée après une saison. Mais c’est là que Westworld intervient : nanti d’un budget et d’ambitions pharaoniques, la série débarque comme une fleur pour tout emporter sur son passage. HBO est sauvée : elle a trouvé son nouveau poulain et mise absolument tout dessus.

Une série ambitieuse…

La série, adaptée du film de Michael Crichton Mondwest (1973), se déroule dans un futur indéterminé et narre l’histoire d’un parc d’attractions recréant l’univers de l’Ouest américain du XIXe siècle. En son sein, des androïdes à l’apparence humaine et aux rôles bien définis sont là pour satisfaire le plaisir des visiteurs. Ces derniers peuvent vivre des aventures scénarisées par la société qui gère le parc et faire aux hôtes des lieux ce que bon leur semble, sans risque de représailles.

Immédiatement, on voit que HBO a mis le paquet : les 100 millions de budget sont visibles à l’écran, l’univers est crédible visuellement, le casting est solide, avec une once de prestige (Anthony Hopkins), et le show se révèle ambitieux de par ses thématiques narratives. De plus, en tant que série tv méta, qui disserte sur sa propre confection et qui théorise sur le rapport qu’elle entretient avec le spectateur, Westworld ouvre des perspectives intéressantes car peu explorées par le médium.

…mais prétentieuse

Oui mais voilà. Au-delà du supposé vertige réflexif d’une série consciente d’elle-même, Westworld est avant tout un show totalement désimpliquant pour le spectateur. Son budget astronomique lui a payé beaucoup de choses mais pas l’humilité. Trop cérébrale, très fière de ses thématiques et de ses réflexions sur l’intelligence artificielle, l’éthique, la conscience, la position spectatorielle ou les séries tv, le show explicite constamment son discours théorique. Pour cela, il propose des tunnels de dialogues explicatifs qui ne peuvent passionner que des ingénieurs en robotiques et des agrégés de philosophie.

De ce fait, la série désamorce à l’envie sa puissance narrative et devient anti-spectaculaire, notamment lors de ses twists qui, par essence, doivent être galvanisant. Certes, on ne voulait pas un show abrutissant et oui, les séries tv sont un médium de scénaristes.  Mais les spectateurs ne sont pas venus assister à un cours magistral donné par les showrunners Jonathan Nolan et Lisa Joy, avec en embuscade le pape du « cool sans consistance » J.J. Abrams (il est producteur exécutif).

Contrairement à une idée très répandue à Hollywood, le spectateur n’est pas plus bête que ceux qui s’adressent à lui : alors que dans la série, le démiurge Robert Ford encourage ses androïdes à chercher « le labyrinthe » (l’énigme principale de la saison 1) par eux-mêmes, les showrunners de la série prennent le parti inverse avec les spectateurs : il faut qu’ils trouvent sans chercher. D’où une surexplication constante, jusqu’à la nausée, pour que ces derniers, probablement considérés comme stupides, comprennent ce que les scénaristes veulent bien gentiment leur expliquer.

Hype hype hype… Hourra !

Reste que malgré ses défauts et son côté pédant irritant, beaucoup de médias français (Le PointLe MondeLe Huffington Post, 20minutes…) et internationaux, téléguidés par l’efficace service communication de la chaîne, se demandent si Westworld serait le successeur de Game of Thrones… parfois même en n’ayant pas vu la saison en entier (Les Inrocks) !

Vendue comme telle, la série sera perçue comme telle. Comme nous l’a dit Inception, réalisé par le frère de Jonathan Nolan, Christopher, il suffit d’implanter une idée dans un esprit pour qu’elle fasse son chemin et convainc son hôte. Les médias diffusent cette idée avez zèle… mais ne vous laissez pas piéger par la hype.


Crédits photo de couverture : © HBO

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