Culture

Interview : Le cofondateur de Rockyrama se met (presque) à nu – Part I

Cela faisait des semaines que je voulais interviewer Johan. Mais l’homme est aussi insaisissable et intense que Rockyrama est le plus bel hommage aux amoureux de cinéma et de pop culture. Finalement, le grand jour est arrivé. Johan raconte l’histoire de Rockyrama, les naissances de ses petits frères, Otomo et Network, la production de documentaires, la fin prématurée du Rockyrama Café, des événement à venir et du beau cinéma. Rencontre en deux parties, et voilà la première.

Mow : Salut Johan, peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Je suis Johan Chiaramonte, fondateur de Rockyrama, cofondateur de la marque. Rockyrama est à la base un livre sur la pop culture américaine des années 1980, le magazine est sorti deux ans après, avec en parallèle la création du site internet.

Mow : Comment en es-tu arrivé là ? Raconte-nous l’avant Rockyrama.

Rockyrama existe, pas parce que j’ai senti quoi que ce soit, mais juste parce que je suis passionné de pop culture et de cinéma en particulier. Je ne trouvais pas ce que je recherchais dans la presse, donc pourquoi ne pas le faire soi-même ? Je n’ai aucune formation dans le domaine éditorial ou en graphisme. Je suis un autodidacte. Je n’ai fait aucune étude là-dedans du tout. J’ai un BEP services option secrétariat accueil. C’est le seul diplôme que je possède. J’ai quitté l’école très tôt parce que ce que je voulais faire n’était pas possible, soit parce que c’était trop cher, soit parce que c’était tout simplement inaccessible. J’ai tout appris par moi-même, au contact des autres, je n’ai pas lâché l’affaire et pour l’instant ça roule comme ça.

Mow : Pourquoi avoir choisi de faire un magazine papier et une distribution nationale ? Comment ça s’est fait ?

J’ai choisi le papier parce que je suis un collectionneur de livres et consommateur compulsif de magazines depuis ma tendre enfance, j’en achète tout le temps. Dès que je vois un buraliste, je vais voir s’il y a des nouveaux trucs. Pour la distribution, elle s’est faite en nationale dès le départ. On s’est tout de suite retrouvé dans les FNAC, à l’époque les Virgin, les librairies spécialisées, et aujourd’hui le magazine est distribué un peu partout en France.

Mow : Aujourd’hui Rockyrama n’est plus tout seul : il y a Otomo, sorti en 2016, et Network, sorti cette année. Pourquoi avoir créé ces deux autres magazines spécialisés, quels sont leurs buts ?

Il y a quatre Rockyrama par an avec un hors-série, cette année il y aura même deux livres supplémentaires, dont un sur Tony Scott. Rockyrama est un magazine dédié au cinéma américain : il ne sort pas de cette thématique, donc impossible de parler du Japon alors qu’on est aussi passionnés par ce pays, d’où la création d’Otomo. Le dernier est sorti le 5 juillet. Pour l’instant, c’est une sortie par an, mais peut-être que l’année prochaine on passera à deux, parce que je sais que ça a été très demandé, le premier numéro a été un beau succès, et surtout parce qu’on a plein de choses à raconter.

©Rockyrama

Mow : C’était un magazine attendu et demandé ?

Je n’ai jamais créé un magazine à cause d’une quelconque attente. Je n’en ai rien à foutre. Ce n’est pas que je me fous des gens, mais si je me mets à me demander ce que le public attend… Il y a des couvertures que je ne fais pas, par exemple.

Mow : C’est-à-dire ?

Et bien, les couvertures avec James Gray ou Clint Eastwood, les gens s’en foutent par exemple, je sais que ça les intéresse moins que Star Wars. C’est logique. Mais si je me mets à réfléchir à ça, je fais des couvertures avec Avengers, mais là c’est moi qui n’en aurais rien à foutre.

Mow : Donc forte attente sur le numéro 2 d’Otomo ?

Ça, ce sont les gens qui le diront. Pour Network, c’est pareil. Il n’y avait pas la place pour parler de cinéma et de télévision alors qu’on adore la télévision aussi, en tout cas celle qu’on aime. J’ai eu l’idée de fonder un autre magazine et j’ai proposé à Nico Prat d’être co-rédacteur en chef avec moi. Tout s’est super bien passé, joli succès, donc il y aura un autre numéro l’année prochaine, peut-être même que l’on en fera deux. Mais cette fois-ci, c’est Nico qui prendra seul les manettes de la rédaction. L’année prochaine sortira un autre annuel, et un très gros hors-série cet automne, mais je ne peux pas en dire plus…

©Rockyrama

Mow : Sur une autre thématique ? Sur le théâtre ?

Du théâtre ? Je m’en fous de combien on fait de vente, même si je le sais, mais mon but ce n’est pas de plomber les comptes de la société non plus…

Mow : Tu as quoi contre le théâtre ?

Rien, mais je n’en vendrais pas, et surtout je n’y connais rien.

Mow : Sur les jouets, les figurines ?

Non, pareil, on n’en vendrait pas plus.

Mow : Les affiches ?

Je ne te le dirais pas.

Mow : Ok… En fait, l’idée est simple. Dès que tu as un sujet qui te passionne mais que tu ne peux pas développer dans les magazines déjà existants, tu en crées un nouveau ?

Oui, à chaque fois. Cette année on a sorti un petit guide Pop Los Angeles, nos lieux préférés de la ville, des critiques de films qui s’y déroulent, un petit objet cool à emmener, ou à feuilleter n’importe où. On espère pouvoir faire une autre ville l’année prochaine.

Mow : Ça fait une collection après…

Oui ! Après, je sais que le porte-monnaie de l’acheteur n’est pas extensible à l’infini, donc je ne vais pas sortir dix magazines.

Mow : Quel est le prix moyen de ces magazines ?

12,50€ pour Rockyrama, Otomo et Network. Ils sont au même prix.

Mow : Il y a un an s’ouvrait le Rockyrama Café, aujourd’hui c’est fini, vous l’avez annoncé sur Facebook. Maintenant, la page est devenue Rockyrama Life, on en parlera plus tard, mais peux-tu nous expliquer pourquoi avoir ouvert ce café, estampillé Rockyrama, et un an après avoir mis fin à ce projet ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que le Rockyrama Café a été ouvert avec des associés qui eux géraient le lieu. Un de ces associés, Avedik, est même un actionnaire de Rockyrama et fait partie de la société. On avait une envie commune, celle d’ouvrir un lieu. Lui avait les moyens financiers de le faire et nous le concept et toute la direction artistique. On a discuté et on s’est mis d’accord pendant deux ans sur ce que serait ce lieu. On a cherché l’emplacement, pendant très longtemps, et on a fini par le trouver. On a monté le truc, j’ai fait la direction artistique du lieu. Il ressemblait à ce qu’il était parce qu’il ressemblait à Rockyrama. Le gestionnaire du lieu s’est occupé de tout le quotidien.

On était d’accord sur ce que le lieu devait être, ce qui devait être proposé. Ça devait vraiment être un lieu qui synthétisait matériellement ce qu’était l’esprit Rockyrama. Je pense que dans l’image, c’était ça, on y était à 98 %. Les moyens ont été mis pour que ça le soit, malheureusement on a eu des divergences au cours de l’année sur ce qui était proposé.

Mais le lieu existe toujours, il n’a pas brûlé, il s’appelle dorénavant Le Tecknoir (un bel hommage à Terminator) et ça vivra sans Rockyrama, et Rockyrama vivra sans ce lieu. Nous souhaitons que ce bar continue de vivre sa vie, on ira toujours y boire un café avec plaisir.

Mow : Pourquoi avoir décidé d’avoir un lieu, un emplacement physique estampillé Rockyrama ? L’idée était que les lecteurs du magazine puissent se retrouver ?

L’idée, c’était d’avoir un lieu de vie dans lequel on pourrait étendre nos activités. Si nous voulions faire des soirées, on faisait des soirées. Il y avait un écran où nous pouvions diffuser des films. On a diffusé tout Twin Peaks, on a fait la première de la nouvelle saison de Game of Thrones. L’idée était d’avoir une extension physique avec les gens et de pouvoir les rencontrer parce que c’est toujours frustrant de n’avoir que des interactions digitales. Ça aurait dû être super cool et ça n’a été que bien de temps en temps.

Mow : Aujourd’hui, est-ce que cette idée d’avoir un lieu est toujours d’actualité ou ça vous a refroidi ?

Ça n’a rien refroidi, les choses bougent vite. Au-delà de ça, on a notre partenariat avec Arty Farty et Le Sucre, où tous les dimanches de l’été on diffuse un film…

Mow : Donc l’idée du café n’est pas morte, c’était une première version…

Ce n’est pas un échec, c’était un essai. Ce sont des choses qui arrivent tous les jours dans l’entreprenariat, les choses évoluent. Après, pour trouver un autre lieu, ça prendra le temps que ça prendra, nous ne sommes pas pressés.

Mow : Bon, du coup tu as un peu amorcé le truc : Rockyrama organise la programmation de l’été au Sucre pour la deuxième saison, avec un film par semaine le dimanche. Tu nous expliques ?

C’est Arty Farty, qui organise les Nuits Sonores et gère le Sucre, qui est venu nous voir pour créer un événement avec des projections. L’année dernière c’était le mercredi, cette année, ce sera le dimanche. Ce ne sont que des films qui se déroulent à Los Angeles. Tous les dimanches, ces films seront proposés sur grand écran. Les gens pourront venir à la projection, boire un verre, s’allonger devant le film. Chaque film sera présenté par des passionnés, qui connaissent bien le long-métrage, qui l’aime et qui vont essayer de le transmettre au public en lui donnant des informations, tout en étant rigolo et cool. A côté de ça, il y a tout ce que le Sucre peut proposer pour prolonger la soirée. Ça va être cool.

©Rockyrama

Mow : Puisque tu parles d’événements, on va revenir sur Rockyrama Life. En regardant sur la page Facebook, j’ai compris que le but est d’axer sur vos événements. Quels sont les événements à venir ?

D’abord, l’été au Sucre. Ensuite, on fera une mini-expo d’affiches de films, de créations, chez Stamtich, un restaurant, en septembre, qui durera plusieurs semaines mais avec une soirée, DJ, musiques de films. C’est un peu tôt pour en parler, mais on a été approché par une chaîne d’hôtels qui va s’implanter à Lyon, pour créer un événement par mois chez eux. C’est en discussion…

Mow : Je me posais une question : quand est-ce qu’il y aura un festival Rockyrama ?

Ah bah ça, ça fait partie des choses dont on discute avec certaines personnes… Peut-être sous la forme d’un week-end. On réfléchi à la possibilité de créer un week-end Rockyrama. On veut faire les choses bien et en grand, donc c’est long et compliqué. C’est en discussion, mais un moment ou un autre ça existera.

Mow : Paris ou Lyon ?

Lyon ! Tout le temps. A Paris, ils ont tout.

Mow : La preuve que non, puisqu’ils n’auront pas de week-end Rockyrama…

Non ! Mais rien ne dit qu’il ne se déplacera pas.

Mow : Ok… Pour revenir sur Rockyrama Life, cette page Facebook sera donc dédiée à l’annonce de vos événements ?

Oui. C’est la vie réelle.

Mow : Donc plus de communication sur vos événements et plus d’événements tout court ?

Plus d’événements… On y travaillera. Après, de là à avoir un gros événement par mois, non ce n’est pas possible. Et pas souhaitable non plus.

Mow : Mais plus d’échanges avec vos lecteurs et de rencontres ?

Oui et il n’est pas impossible que l’on se retrouve dans des lieux où on aime passer des disques toute la nuit, parce qu’on aime bien. On est amis avec les mecs de Artjacking, qui font les meilleures soirées rap de la ville au Petit Salon et au Sucre. C’est la famille ça. Donc ce n’est pas impossible que l’on organise un événement commun un jour.

Mow : Comment envisages-tu Rockyrama dans le futur ?

Alors, il y un truc que tu ne sais peut-être pas, mais on a toute une partie production.

Mow : Exact…

Ça représente quand même 95% de notre travail et de notre temps donc.

Mow : Oui parce que Rockyrama produit tous les films, documentaires que vous faites. Peux-tu en dire un peu plus sur ce sujet ? 

Alors il faut savoir qu’avant de faire Rockyrama, moi je suis réalisateur de documentaire, de clip. J’ai réalisé une vingtaine de documentaires en binôme avec Jac, sous  l’entité « Jac & Johan ». J’ai fait tous mes documentaires avec lui et toujours sur la pop culture, et une quinzaine sur le cinéma. L’année dernière, en discutant avec Canal +, on s’est retrouvé à faire un documentaire sur la tétralogie Mad Max, qui représente six mois de travail, avec des déplacements au Japon ou aux Etats-Unis. C’était notre première grosse production. Ensuite on a fait du contenu pour Arte, Arte Cinema sur le web. On a fait un documentaire pour Ciné + Frissons sur les monstres au cinéma, et là on vient de terminer celui sur Amicalement Vôtre pour Paris Première. Au début, il n’y avait que Jac et moi en réalisateurs, maintenant nous sommes plusieurs, dont Jérémy Fauchoux qui nous a rejoint. Il y a encore cinq documentaires de prévus jusqu’à fin 2018. Dont un qui sera aussi important que Mad Max… mais sans animation, avec de la prise de vue réelle dans de superbes décors.

Avant ça, d’autres documentaires sont prévus, notamment pour TCM avec qui on travaille déjà sur Nos Théories, en collaboration avec Nico Prat, Joe Hume et Axel Cadieux. Enfin, on a un projet de série avec Arte Créative. Tout ceci représente 95% du temps de travail au sein de Rockyrama, qui est plus un producteur de contenus visuels qu’un magazine. Le magazine n’est pas moins important, mais avec le magazine seul, la société ne vit pas.

©Rockyrama

Mow : Du coup, je reviens sur ma question sur le futur de Rockyrama…

Dans cinq ans, Rockyrama est racheté par un énorme groupe, je prends plusieurs millions au passage et je ne fais plus rien.

Mow : Tu mens.

Hein ?

Mow : Tu mens.

Oui. Dans cinq ans, j’espère qu’on continuera à faire plus de choses encore. Tant que je ne suis pas lassé du magazine, par exemple, je continuerai à le faire. Est-ce qu’il y aura trente, cinquante, cent numéros, je n’en ai aucune idée. C’est pareil pour les documentaires.

Mow : Qu’est-ce qui te donne envie de continuer le magazine ?

C’est ma passion, j’adore ça. Je suis toujours étonné de croiser des gens qui me disent qu’ils connaissent Rockyrama et qu’ils aiment le magazine. Je me dis que c’est cool et que si ça plaît à plusieurs milliers de personnes, je me dis : « Bon ben continuons ». Si j’avais plus de temps, j’en ferais huit par an. C’est toujours perfectible, mais je suis très content du graphisme que l’on fait avec Jean Granon. C’est un des trois membres fondateurs de Rockyrama et c’est quelqu’un qui fait le magazine avec moi depuis le début. La première mise en page, pour démarcher un éditeur, je l’ai faite avec lui.

Mow : Est-ce que vous allez développer une autre activité dans le futur ?

Non. Mais après, on peut faire des vêtements, là on vient de faire des t-shirts. C’est un truc qu’on nous demandait souvent. On a fait un t-shirt pour Star Wars. Après, produire de temps en temps des disques, on l’a déjà fait aussi. Dont un qui était proposé pour l’édition du numéro spécial John Carpenter. Il y avait un Maxi 45 avec des artistes qui venaient du label Ed Banger, entre autres, et rendaient hommage à Big John. On a aussi édité, et on était les seuls au monde à le faire, et c’est peut-être ma plus grande fierté, le générique de Too Many Cooks de la chaîne Adult Swim. C’était un 45 tours, un truc vidéo qui fait plusieurs millions de vues et on a édité la chanson, tout ça en collaboration étroite avec Casper Kelly, le créateur de la vidéo.

En fait, tant que ça reste dans la ligne éditoriale de Rockyrama, que ça ne nous fout pas la honte, on le fait. Par exemple, on ne fera pas une collaboration avec Jul, ça n’aurait aucun sens et pourtant ça nous ferait connaître et on vendrait encore plus de magazines. En plus, Jul, il n’a pas besoin de nous.


Rendez-vous prochainement pour lire la Partie 2 de l’interview de Johan Chiaramonte par Mow Magazine


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Je suis la fille qui a besoin de regarder entre 6 et 7 fois par an le Seigneur des Anneaux, dans son intégralité et à la suite. J'adore voir le fromage fondu couler sur du pain et je déteste les gens qui mettent la pancarte "Bébé à bord" dans leur voiture.

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