Mode

Mode : le ballet incessant des directeurs artistiques

Au lendemain de la nomination de Virgil Abloh en tant que directeur artistique pour la ligne masculine de Louis Vuitton, prenons le temps de décortiquer l’intensification de ce phénomène. Qu’attendre des nouveaux designers récemment nommés dans leurs nouvelles maisons ?

A l’image du football et de la télévision, la mode ne déroge pas à la règle : à chaque saison son lot de rumeurs distillées sur les front row des fashion weeks, de départs effectifs… et de potentiels successeurs. Depuis une dizaine d’années, la mode subit un véritable mercato : lorsqu’un créateur quitte une maison, les dirigeants se doivent de parier sur le bon cheval. Car comme le sport et les médias, la mode est une industrie où la place vaut cher, et où l’erreur peut être dévastatrice. A l’instar de Lanvin, qui ne parvient pas à trouver quelqu’un égalant monsieur Elbaz. Après deux saisons, Olivier Lapidus a été remercié et rend les armes, lui qui avait succédé à Bouchra Jarrar, qui avait notamment fait un passage éclair aux rênes de la maison.

Hedi Slimane @Modzik

Si Clare Waight Keller (anciennement chez Chloé, désormais chez Givenchy) et Natacha Ramsay-Lévi (bras droit de Ghesquière chez Balenciaga puis Vuitton), les deux grosses nominations de l’an dernier, ont respectivement confirmé leurs galons pendant leur second défilé, 2018 n’est clairement pas en reste.
Souvenez-vous : décembre 2017, tremblement de terre dans le microcosme fashion, Phoebe Philo tire sa révérence chez Céline. Un traumatisme encore présent pour les fashionistas ne jurant uniquement par la silhouette minimaliste et cérébrale que Phoebe avait fait parvenir à son apogée. Et une question sur toutes les lèvres : qui pour la remplacer ? Proenza Schouler, Victoria Beckham, Jacquemus et d’autres noms étaient pressentis. En janvier dernier, en pleine fashion week homme, la bombe est lâchée : Hedi Slimane prend le flambeau. Surprise générale, retour de l’enfant prodige au sein de l’écurie LVMH, après avoir fait les beaux jours de Saint Laurent chez Kéring (sous son égide, le chiffre d’affaires a doublé). Carte blanche donnée au créateur, qui va également développer une ligne homme, haute couture, ainsi que du parfum. Refonte complète de la maison comme chez Saint Laurent ? Probable, les paris sont lancés.

Kim Jones © LVMH

Dior à la sauce Kim Jones

Toujours au sein de l’empire LVMH, Kim Jones connait une mutation interne : il quitte le navire Vuitton, pour rejoindre celui de Dior, laissé vacant par Kris Van Assche après 11 ans de règne. Règne durant lequel la vision rock d’Hedi Slimane a perduré. A Kim Jones de redéfinir l’identité de l’homme Dior en y inssuflant une dose de coolness et de streetwear tout en conservant les codes emblématiques de la maison. Un succès qui devrait être au rendez-vous, comme en témoigne sa collaboration avec Supreme, sold-out en quelques minutes, allant même jusqu’à provoquer des émeutes, ainsi que ses collaborations avec Nike.

Virgil Abloh ©Antidote

Vuitton s’empare du phénomène Abloh

Kim Jones officiant désormais chez Louis Vuitton, le nouvel atout de la maison n’est autre que Virgil Abloh. Un nom loin d’être méconnu pour la génération millenials, et un choix bien réfléchi pour le groupe. Fondateur de la marque Off-White, mélangeant influences streetwear et couture, la griffe s’est rapidement imposée comme un rendez-vous immanquable. Tout comme Jones et Tisci, il est le roi des collaborations, avec dans son escarcelle Nike, Jimmy Choo, et le géant suédois de l’ameublement Ikea. En choisissant ce touche-à-tout (monsieur a été DJ, architecte), Vuitton s’assure la continuité d’une veine street impulsée sous l’ère Kim Jones, et attire toujours une clientèle jeune perfusée aux réseaux sociaux et capable de dépenser sans compter.

Riccardo Tisci © LA Times

God save the Queen Tisci

Riccardo Tisci, lui, traverse la Manche pour rejoindre Burberry. Pionnière dans le digital sous l’impulsion de Christopher Bailey, qui revigora la marque en mélangeant tradition et inspirations rock ‘n’ roll, avec Kate Moss ou encore Cara Delevigne pour ambassadrices. Défi que Tisci connait, en ayant transformé Givenchy en marque de luxe ultra-désirable, portée par toutes les célébrités. Tout cela à coup d’influences gothiques, punk, religieuses. A lui de galvaniser les ventes, qui commençaient à s’essouffler.

Encore un peu de patience, rendez-vous pris en juin et septembre prochain. Et d’ici là, d’autres chaises seront vides. Alors, à qui le tour ?

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