Culture, Lifestyle

Le Démon d’or peut-il rivaliser avec les autres festivals de la région ?

Le week-end dernier, nous étions présents sur le festival préféré des lyonnais. Un format plus long avec une programmation désormais sur trois jours et une large ouverture à la scène hip-hop cette année laissaient transparaître, malgré une scène dub toujours très présente, une envie pour le Démon d’or de se rapprocher du format des plus gros festivals présents sur le même week-end dans la région. Ce « grand virage » a-t-il fait ses preuves ?

Une organisation prometteuse

Si depuis 2013 un troisième jour avait déjà été ajouté, il s’agissait plutôt d’un « Out of Space », avec le dimanche gratuit, et non un jour à part entière sur le site du festival, pour lequel la scène principale et la « Capsule » demeuraient ouvertes cette année. Quand Radio Nova demandait si l’ajout de ce troisième jour se concrétisait grâce à « beaucoup plus d’argent », Bertrand Fontana, le nouveau programmateur du festival, répondait « Non, beaucoup plus d’envie de prendre des risques ». Cette prise de risque a-t-elle permis au festival emblématique des Monts d’Or de sauter un nouveau pas et s’affirmer dans la cour des grands, ou a-t-elle plutôt mis en lumière ses limites ?

Côté organisation, les navettes du réseau TCL desservant le site à partir de Lyon, de nouveaux parkings mis en place, un camping plus grand, la distribution de packs éco-responsables, les buvettes et les foodtrucks présents sur place ainsi que les éternelles grandes tentes bariolées et les scènes en pleine air à la lisière de la forêt assuraient que tout le monde soit au rendez-vous. En journée, les festivaliers pouvaient profiter des activités et jeux proposés par Pelpass Festival, histoire de se réveiller doucement autour d’un Loup Garou ou à la découverte d’un stand de sensibilisation « Eco-orgasme », et l’après-midi, de retrouver ceux rencontrés le matin autour des tables de ping-pong ou de passe-trappe, bien que peu prisées à cause de la chaleur.

© Alix Frossard

Un tournant pour la programmation…

Si comme à son habitude le festival proposait un bon échantillon de musiques électroniques, dub et reggae, une place d’honneur était faite à la scène hip-hop. Avec du beau monde à l’affiche, la part belle était faite aux rappeurs, une sacrée nouveauté pour le festival. Si ce grand changement suit l’actualité des sorties musicales, il naît aussi d’une envie de nouveauté de la part de la direction artistique. Celle-ci semble en effet se rapprocher de la tendance suivie par les autres gros festivals de la région qui proposaient déjà depuis quelques années des artistes de la scène pop ou rap. Le phénomène Moha la Squale, le désormais très connu et reconnu Lomepal ainsi que le duo belge Caballero & JeanJass, ou encore L’or du Commun ou Josman sont donc tous venus chauffer les scènes des vendredi et samedi soir ou faire monter encore plus la température caniculaire du dimanche après-midi, pour ne citer que des rappeurs francophones, puisque les américains CunninLyinguists étaient également présents, succédant à la pop rafraîchissante de L’Impératrice.

L’Impératrice – © Alix Frossard

De nombreux festivaliers parlent d’un « grand virage » qui serait – entre autres – la cause d’une baisse d’affluence plutôt visible cette année. Après une très courte nuit, le réveil du dimanche se fait sous un soleil de plomb et au son de nombreux pliages de tente. Après être allée faire un tour sous les tentes de Pelpass festival, je reviens à 11h sur un camping aux trois-quarts vidé. Etant arrivés le vendredi pour la plupart, même pour certains ayant le pass trois jours, attendre la journée entière sous cette chaleur pour eux ne valait pas le coup. Pour plusieurs bénévoles, ce virage rap est peut-être la cause d’une vente de billets à la baisse, le temps que cette nouvelle scène s’installe, que les habitués du festival… s’y habituent.

© Alix Frossard

Pourtant, la veille au soir c’est bien Lomepal qui a rassemblé un monde incroyable devant la scène principale en chauffant d’entrée son public, avec son titre egotrip Palpal. « J’ai oublié mon parapluie pourvu qu’il pleuve des dollars » scande la foule : il est minuit et demi, tout le monde est encore en sueur, il fait chaud, pas de risque d’être mouillés pour le moment. Ainsi l’artiste qui rappelle qu’il n’est pas musicien mais qu’un sombre skateur prévient, durant un set de folie : « C’est la première fois que je joue dans un festival de nuit. Je veux m’en rappeler. »

Lomepal – © Alix Frossard

Et par cette chaleur difficilement soutenable le dimanche, qui observe une affluence plus familiale, alors que les quelques festivaliers encore présents sur le site occupent tous les moindres recoins d’ombre, que Sonido del Monte, Bleu Toucan et Bon Voyage Organisation font leur set devant une petite trentaine de personnes pour qui les 39°C ne sont pas un problème, c’est quand Caballero & JeanJass montent sur scène que la foule, apparemment rafraîchie et prête à partir en pogo, s’agglutine devant eux, avant l’électro mesurée de Bon Entendeur, belle note de fin sur laquelle nous achevons notre week-end.

Bon Voyage Organisation – © Alix Frossard

Caballero & JeanJass – © Alix Frossard

… qui fonctionne ?

Pourtant Bertrand Fontana reconnaît en effet que pour pouvoir proposer tous ces beaux noms à l’affiche du festival, il est dur de rivaliser avec les autres grands festivals de la région, qui ont une offre et un budget tout autres. Ainsi comme chaque année le festival n’était pas avare en artistes locaux avec, entre autres, Commandant Coustou, Kimosabe, Electric Safari ou Sonido del Monte. Aussi, la scène urbaine est venue gratter de l’espace sur la programmation mais n’a pourtant pas empêché une jolie offre house et électro à laquelle le festival nous avait habitués, avec cette année Omar Souleyman, Acid Arab, Ghetto Kumbé, ainsi que les lives réjouissants de Darius ou La fraîcheur ; ni une programmation Dub qui accueillait les vendredi et samedi le collectif O.B.F sur la Dub Arena, ou encore les grands Panda Dub et High Tone sur la scène principale.

Panda Dub © Alix Frossard

Finalement, si le samedi soir c’est la scène Dub sous son chapiteau aux lumières tamisées et aux basses déjantées qui, après le set très attendu de Panda Dub sur la scène principale, attirait à 3h plus de monde que les scènes 1 et 2 réunies, cette nouvelle scène rap pour le festival semble plaire… à ceux qui sont venus et restés. Si cette 14e édition a donc su ravir ceux qui étaient présents, on peut se poser des questions sur les retombées du festival et son avenir au sein des autres grands festivals de la région pour les années qui viennent, suite à ce changement d’esthétique qui ne semble avoir permis qu’un seul soir (le samedi) de quasi complet.

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