Culture

Le Monde de Steve McCurry, une expo à ne pas rater

Depuis le 6 février, et jusqu’au 26 mai 2019, vous pouvez voir à la Sucrière les photographies de cet artiste américain de 68 ans, connu et reconnu pour une image, sa plus célèbre, celle d’une jeune Afghane aux yeux verts, mais dont le travail, plus ample, en cache bien d’autres tout aussi marquantes.

Situées dans deux grandes salles aux murs blancs, à la Sucrière, dans le quartier Confluence, les plus de 200 photos de Steven McCurry sélectionnées pour l’exposition apparaissent sur des draps noirs qui accentuent les contrastes avec les images colorées. Photographe depuis les années 70, l’Américain, membre de l’agence Magnum, est un des témoins majeurs des nombreux conflits du XXe siècle, au point même d’avoir été le premier à documenter la guerre d’Afghanistan en 1979, ce qui lui a valu une certaine renommée. La Guerre du Golfe (1990-1991), la guerre Iran-Irak (1980-1988), la chute du mur de Berlin (1991) mais également le 11 septembre 2001 apparaissent sous son objectif, tout comme l’Inde, la Chine, le Japon, les Etats-Unis ou Rome. Un ample voyage autour du globe, en somme, où le portrait domine la représentation d’un monde en perdition.

Globe-trotter

Comme l’a fait remarquer à haute voix un visiteur de l’exposition, qui voulait à l’évidence faire son petit intéressant – mais il n’avait pas tort, on lui accorde au moins ça -, Steve McCurry arrive à capter avec une étrange force les regards « profonds », selon notre spectateur pédant, des protagonistes qu’il photographie. Si ses innombrables clichés se trouvent constamment à la limite du misérabilisme, nous faisant nous interroger sur l’incontestable – et insupportable – prépondérance de la détresse du monde ici dépeint, elles ont aussi une étonnante force politique, et ne s’interdisent pas d’être dérangeantes. Notre position de ressortissant de contrées en paix, dont les gouvernements n’ont jamais été étrangers aux conflits ici documentés, est clairement malmenée par le spectacle des deux grands motifs de ses photographies :  la ruine et la violence – qu’elles soient concrètes, symboliques ou morales. Dérangé, également, par les regards des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants ou des animaux en détresse. Impuissant face au mal qui ronge le monde et les êtres, le visiteur peut aisément être troublé voire ému par un regard plus accrocheur, insistant, signifiant que les autres – pour notre part, la photo d’une adolescente et d’une enfant à la recherche d’une aide quelconque, prise depuis l’intérieur d’une voiture a fait son effet, tout autant que celle d’un jeune enfant posant le canon d’une arme sur sa tempe, les larmes aux yeux. Vision(s) cauchemardesque(s).

Big McCurry

Sorti de l’angle doloriste et des considérations politiques, Steve McCurry peut se targuer, comme tout bon photographe, de capter avec une stupéfiante beauté des paysages, des scènes simples de la vie quotidienne, voire des idées : l’ombre d’une tête humaine se reflétant sur un miroir brisé, prise au Japon, paraît décrire la fragilité du citoyen post-1945 de ce pays asiatique – mais il n’est pas interdit que nous sur-interprétions. C’est aussi la force de ses images : si elles flattent la rétine, elles ne laissent pas une part chétif à l’intellect, mis à contribution par l’émotion parfois considérable qui hante les clichés et dont on cherche à comprendre le sens ou à mesurer la portée.

Le passage à Lyon de Steve McCurry, légendaire photographe américain dont l’image a été (un peu) écorné par les révélations sur les retouches numériques auxquelles il a eu recours sur quelques un de ses clichés, est évidemment immanquable, tant pour le novice que pour le passionné.


Crédits photo de couverture, deuxième et dernière photos de l’article : Steve McCurry

Crédits première photo de l’article : Maxime Brun

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