Mode

Lettre à Sonia

En vérité, je ne sais si je peux me permettre de te tutoyer. Une si grande dame, un symbole à toi toute seule, tu impressionnes forcément la jeunette de 20 ans que je suis. Cependant, c’est la liberté, l’affranchissement des conventions que tu as défendus toute ta vie avec une ferveur jamais essoufflée, et je me vois donc mal jouer du « vous » quand j’ai ce sentiment que tu étais, au moins en esprit, du même âge que moi. Après tout, faisons comme si l’on avait été voisines, toi à Saint-Germain-des-Prés, moi quelques stations plus bas à Odéon. Germanopratine, le terme a été inventé pour toi : tu représentais une certaine idée de la Parisienne, celle de la Rive Gauche et du quartier latin. Ce genre de femme qui vous subjugue, le cigare à la main et le regard perçant, irradiant de féminité et de malice. Enjouée, littéraire, artiste et muse mais surtout libre et épanouie. A la fois créatrice de mode, de mots, d’émotions, tu conjuguais en une personne des millions de facettes, et ton habileté à habiller les femmes, toutes les femmes, vient peut-être de là, d’une constellation d’êtres au féminin qui insufflaient l’étincelle à tes collections. Une lumière que tu distillais depuis tes débuts comme vendeuse au Grand Magasin du Blanc, où tu n’en faisais qu’à ta tête en décorant les vitrines de ton excentricité élégante. La même dont tu partageais l’énergie dans tes défilés, toujours très attendus, où les mannequins foulaient le catwalk avec le sourire aux lèvres et la démarche rieuse, affranchies de leur soutien-gorge et toutes parées de rayures ou de maille, avec les coutures à l’envers et les boucles rousses et folles, comme les tiennes, sous leurs bérets.

Sonia Rykiel par Andy Warhol
Sonia Rykiel par Andy Warhol

Il est de ces personnages qui marqueront une époque. Plus forte que cela, tu as incarné ton époque et tu l’as façonnée, tu en es devenue un symbole immortalisé par Andy Warhol, reconnaissable entre toutes par ta silhouette noire et tes cheveux incandescents à frange rideau. Aujourd’hui, c’est aux autres femmes de ta dynastie que tu lègues l’importance de représenter l’esprit Rykiel, à ta fille Nathalie, à ses filles, à Julie de Libran qui a repris ta maison avec brio depuis deux ans. Et puis un peu à nous toutes, de Saint-Germain et d’ailleurs. Et, nous te l’assurons, c’est avec fierté que cet héritage est perçu. Merci, Sonia.

 

Une admiratrice de longue date,

Maud Darbois

P.S. : si tu as l’occasion d’un thé avec Gabrielle et Yves, transmets leurs mes amitiés.

Rédactrice mode et beauté -- @mauddbs sur instagram

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