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Lyon : des étudiants occupent un amphi pour y loger des migrants

Depuis mercredi dernier, des étudiants de l’université Lyon 2 occupent un amphithéâtre sur le campus Porte des Alpes à Bron pour y héberger une quarantaine de migrants, avec l’accord de la présidence. Une étudiante présente sur place dans la nuit de mardi à mercredi, qui a vu s’organiser un blocus filtrant, nous en a fait le récit.

De l’expulsion au mouvement de solidarité

Ils sont une quarantaine, pour la majorité mineurs et d’origine subsaharienne, et ils ont été expulsés vendredi 10 novembre de leur camp vers la Part-Dieu. Ils dormaient derrière l’hôtel Athéna, à proximité de la gare, depuis plusieurs semaines. France 3 avait même fait un reportage sur leur situation il y a un mois. Ils ont été expulsés par la police, à la demande de la collectivité et sans solution de replis, ce qui est pourtant contraire à la loi.

Des étudiants et étudiantes ont voulu réagir pour aider ces personnes qui dorment dans la rue, et qui sont confrontées à une administration sévère et un système difficilement compréhensible. Ils organisent ainsi depuis mercredi dernier l’occupation d’un amphithéâtre de leur université pour les mettre à l’abris, et ils se relaient tous afin de leur venir en aide.

Entraide et spontanéité chez les étudiants

Une étudiante de Lyon 2, qu’on nommera ici Elise, est venue apporter l’aide qu’elle pouvait la nuit dernière, et nous a raconté comment l’occupation des lieux s’organisait.

« Je suis arrivée hier soir à la fac à 22h. On était tous concentrés dans un bâtiment autour de l’amphi C. On avait l’amphi C qui servait d’entrepôt à nourriture et c’est là où sont les migrants, il y avait une salle de réunion pour faire les Assemblées Générales, et une salle non-mixte de dortoir pour les filles. »

Les étudiant.e.s ont décidé de s’organiser en auto-gestion. Contrairement à un mode de gestion traditionnel « vertical » avec une personne supérieure qui délègue les actions et les responsabilités, Elise décrit l’auto-gestion comme quelque chose de « complètement horizontal, une personne vaut autant qu’une autre, et donc ça va se baser sur les principes d’initiative et de volontariat. C’est l’entraide, tout le monde met la main à la pâte, tous ceux et toutes celles qui veulent en tout cas. Tu n’es pas forcé de faire quoi que ce soit, tu peux te servir à manger, tu parles à qui tu veux. Il y avait des interprètes avec les migrant.e.s ou des personnes qui ne comprenaient pas forcément bien la langue française. »

Une des banderoles affichées dans le campus de Bron. © TS/Rue89Lyon

Une réappropriation de la fac

Dans un contexte où le gouvernement cherche à réduire l’accès à l’université par une sélection de plus en plus restreinte, par la fusion d’universités, ou des coupes budgétaires, les étudiants voient aussi le moyen, en investissant les lieux, de revendiquer le libre accès à l’université pour tous.

Les personnes sur place se sont donc réappropriées l’université qui devient un véritable lieu de vie et d’organisation, pour informer et lutter contre les expulsions qui se multiplient. C’est ainsi que les étudiants s’organisent pour à la fois venir en aide aux migrants, et informer les étudiants.

 « On a commencé par une Assemblée Générale avec les personnes qui le souhaitent, on ne force personne à faire quoique ce soit, si tu veux venir t’es le bienvenu. Une des AG d’hier soir, à laquelle j’ai assisté, était principalement dans le but d’organiser le blocage dans la nuit pour le lendemain.

« Vu que c’était de l’auto-gestion, c’était un peu difficile de trouver des réponses auxquelles on s’attendait, notamment au niveau du matériel, et on manquait un peu d’organisation, mais on a trouvé tout ce qu’il nous fallait. On s’est divisé.e.s en deux équipes, une qui allait dehors chercher des poubelles et tout ce qui pouvait faire office de barricade pour le blocus du lendemain. Une deuxième équipe est restée à l’intérieur et a réfléchi aux activités qu’on allait proposer dans la journée, à savoir des AG, une intervention d’une personne de l’ENS de Lyon, la projection d’un film, et un banquet le midi. »

Les occupants ont donc organisé un blocus filtrant ce mercredi 22 novembre. La plupart des entrées étaient bloquées, sauf une, pour que les étudiants puissent quand même aller travailler. Le but ici étaient qu’en laissant une seule entrée, les étudiants soient obligés de passer devant l’amphi C où se trouvent les migrants. Les étudiant.e.s étaient là en même temps pour les documenter à la fois sur les réformes concernant l’université, et sur ce qu’il se passerait dans la journée concernant l’occupation de l’amphi C et la situation des migrants.

© Rémi Martin, LyonCapitale

Après s’être brossées les dents à 3h dans une salle des profs, Elise et d’autres étudiantes sont allées se coucher, pour un réveil à 5h45 ce matin, où la solidarité n’était pas au goût de tout le monde.

« Il y avait la police qui est venue. D’après la sécurité, apparemment la police est venue enlever les poubelles de l’entrée principale de la fac, et elle a aussi ordonné au personnel du Crous de ne pas nous adresser la parole. Puis ils sont repartis parce qu’apparemment leur chef leur a dit qu’ils n’avaient rien à faire là. 

 « Je suis partie à 7h30 parce que j’avais pas dormi et j’étais vraiment fatiguée. Il commençait à y avoir des étudiants, on avait installé les banderoles, et c’est un gros système d’entraide à l’intérieur de l’amphi C où il y a du café, de la nourriture en libre-service. On a sorti des tables sur le forum de la fac pour vendre du café, du thé, des gâteaux, histoire de financer tout ça et pouvoir acheter des choses aux migrants. »

Une position ambivalente pour l’université

Ce lundi 20 novembre, tous les étudiants ainsi que le personnel de l’université, avaient reçu un mail de Nathalie Dompnier, présidente de l’université, les informant de l’occupation de l’amphi C. Les hébergements d’urgence étant actuellement saturés, elle ne souhaite pas faire intervenir les forces de l’ordre, et en appelle même à la réflexion, l’engagement et la solidarité de chacun.

Il y a exactement un mois, la police était intervenue à l’école Lucie Aubrac dans le 2e arrondissement où des parents se relayaient pour y héberger 12 élèves sans domicile fixe. Ce mercredi 22 novembre au soir, les étudiants occupant l’amphithéâtre de Lyon 2 avaient une rencontre avec le préfet afin de discuter de la suite des événements.

L’étudiante interrogée a souligné le caractère unique du mouvement : « Blocus filtrant en auto-gestion, migrant.e.s à l’intérieur de la fac, et accord entre étudiants et présidence de la fac, c’est exceptionnel. »


Photo de couverture : Rue89Lyon

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