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Lyon : quand TCL loupe sa campagne de communication

Alors que le réseau TCL a dévoilé sa nouvelle campagne de communication contre la fraude, celle-ci a déjà été largement détournée, une pétition est née, et les usagers s’indignent sur les réseaux sociaux de son caractère excessivement répressif. En voulant la réprimer, cette campagne a, au contraire, exacerbé la solidarité citoyenne dont peuvent faire preuve les Lyonnais.

De la pédagogie à la répression

Souvenez-vous de la campagne contre la fraude que le réseau avait mise en place l’année dernière. Elle mettait en scène les « fausses bonnes excuses » des fraudeurs. TCL jouait alors la carte de l’humour et se targuait précisément de vouloir sensibiliser les voyageurs à travers une logique non-répressive.

En un an, les choses ont bien changé. Moins colorée, la campagne de 2017 affiche des visuels s’inspirant du film Usual Suspects, dans une logique pour le coup bien plus répressive et criminalisante. En présentant les situations de fraude comme de véritables crimes, elle met en avant également les nouveaux tarifs encourus depuis le 1er avril : l’amende pour un ticket non validé ou non conforme à presque doublé, 60 € contre 34,50 € il y a un an. Mais ce qui a le plus retenu l’attention des internautes, c’est la peine encourue si par malheur vous osiez donner votre ticket en cours d’utilisation à un autre voyageur, permis par l’avantage du ticket unité valable une heure : une amende de 150 €. Rien que ça.

Quand le Sytral se justifie

En lançant cette campagne contre la fraude, TCL avait peut-être senti la colère des utilisateurs du réseau : en plus des amendes encourues, on en profite pour rappeler le rôle important que jouent les contrôleurs pour la sécurité des usagers dans les transports. Faussant les chiffres de fréquentation du réseau, la fraude concernerait 13% des usagers et présenterait ainsi un manque à gagner de 10 millions d’euros. Néanmoins, il est vrai que le réseau de transports à Lyon ne cesse d’évoluer : il permettait en 2015 de desservir 73 communes de l’agglomération, facilitant l’accès à son centre-ville, et réduisant ainsi les inégalités de mobilité. Si vous prenez régulièrement le tram, vous pouvez même être informé des travaux en cours ou en projet pour améliorer chacune des lignes. Mais cela justifie-t-il de faire d’un geste solidaire un acte de fraude ?

Il y a dix ans, un collectif d’étudiants popularisait cette pratique grâce à des autocollants disposés sur les bornes de sortie du métro.

De la campagne à la pétition : quand la solidarité citoyenne devient un délit

Ce n’est pas l’avis du musicien lyonnais Reno Bistan. Face à une agence de communication qui a décidé d’associer les fraudes à l’univers carcéral, il a fait le buzz en détournant une des images de la campagne. Il reste convaincu que malgré tout, « peut-être peut-on se servir de cette horrible campagne pour promouvoir, justement, cette pratique lyonnaise solidaire ».

Avec cette campagne promue par le réseau TCL, la mode semble être à l’instauration de règles visant à brimer les mouvements de solidarité citoyenne. Manifestant une volonté de passer d’une ère de la consommation, de la propriété privée et de l’individualisme à celle du partage et de la solidarité, ils ne présentent rien de criminel. Pourtant tandis que les transports en commun sont entièrement gratuits dans une vingtaine de villes en France, comme celle de Niort, la pollution ne semble pas être un problème suffisant pour la ville de Lyon qui préfère criminaliser cette pratique. Un usager du réseau interrogé à ce propos soutient que « Maintenant que je le sais, je donnerai encore plus mon ticket en sortant. » Pas sûr que la nouvelle campagne TCL soit aussi efficace qu’elle ne devrait l’être.


Si vous souhaitez signer la pétition contre cette nouvelle mesure, c’est ici. À l’heure où sont écrites ces lignes, plus de 6 800 signataires ont participé à la pétition.

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