Société

Le phénomène de la « mancrimination » à contre-courant du féminisme

Vous pensiez que seules les femmes étaient en train de se battre pour l’égalité des sexes ? Et bien, vous aviez tort. Attention, on ne vous parle pas de ces hommes qui rejoignent la lutte féministe, mais bel et bien de ceux qui disent souffrir de « mancrimination », c’est-à-dire de discrimination car ils sont des hommes. Encore peu popularisé dans l’Hexagone, ce phénomène a tout de même fait couler un peu d’encre, notamment chez les médias étrangers Bust et inUth.

La mancrimination, qu’est-ce que c’est ?

Comme nous l’avons dit précédemment, derrière le terme se cache un courant qui veut défendre l’égalité des genres d’un point de vue masculin. Parmi les « slogans » de ce mouvement, on retrouve «  It’s a man’s world ‘BULLSHIT’. I don’t get FREE DRINKS, I don’t get FREE ENTRY, I don’t get SYMPATHY » ( C’est un monde d’hommes ‘Conneries’. Je n’ai pas le droit à des verres gratuits. Je n’ai pas le droit à des entrées gratuites. Je n’ai pas le droit à de la sympathie). Personnellement, en lisant ces quelques lignes, je suis obligée de penser qu’on nage en plein délire, mais j’essaye tout de même de rester objective.

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Pour revenir à nos moutons, la mancrimination veut montrer au monde que les véritables victimes de l’inégalité entre les genres ne sont pas les femmes, mais bel et bien les hommes. Même si certains traitent de la question avec humour (ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit), d’autres prennent cette cause très au sérieux, comme le média indien inUth qui publie un article ayant pour titre «  Are men the real victims in the Gender Game ? » (Les hommes sont-ils les véritables victimes de ce jeu des genres ?). Cet article s’illustre d’une série de photos qui se veut être la campagne de ce mouvement.

Une campagne objective ou insultante ?

J’aimerais qu’on puisse vivre dans une société où avoir des « verres offerts » et des « entrées gratuites » ne fassent pas partie des avantages d’être une femme. Franchement, si on se base seulement sur cette affiche, il est certain que la mancrimination est une véritable insulte à toutes les femmes et à tous les hommes qui se battent pour une véritable égalité des genres.

Pour se faire une idée plus précise du contenu des idées que véhiculent ce mouvement, il faut se pencher de plus près sur les différents slogans de la campagne portés par le hashtag #DontMancriminate (tout le monde sait qu’une bonne campagne débute avec un hashtag percutant). Parmi eux, on en retrouve un qui scande : « Let’s talk SEX. If I want sex, I’am DESPERATE. If you want sex, it’s SEXUALLY LIBERATED. If we want sex, then it has to be at your terms ? » (Parlons sexe. Si je veux du sexe, je suis désespéré. Si vous voulez du sexe, vous êtes sexuellement libérées. Si nous voulons du sexe, alors cela doit être fait à vos conditions ?).

Laissons-nous tous une demi-seconde pour prendre connaissance de ce petit texte qui aurait tendance à faire hurler certains d’entre nous. Est-ce que ce n’est pas un peu naïf, voire idiot, de prétendre que quand une fille veut du sexe, elle est simplement « sexuellement libérée » ? N’est-ce pas plutôt le mot « pute » qui revient souvent dans les discussions et dans les esprits ? Concernant la petite question qui est soulevée à la fin, « si nous voulons du sexe, cela doit se faire à vos conditions ? ». Il faudrait peut-être juste remettre dans la tête de chacun les bases du consentement (qui marche aussi bien pour les hommes que pour les femmes).

Passons sur cette affiche pour voir s’il y a quelque chose de bon à tirer dans les autres slogans. On passe donc à l’étude de « You want GENDER EQUALITY ? Take it. I don’t have to HOLD THE DOOR. I don’t have to HOLD THE BAGS. I don’t have to GIVE MY SEAT » (Vous voulez l’égalité des genres ? Prenez-la. Je ne suis pas obligé de vous tenir la porte. Je ne suis pas obligé de porter vos sacs. Je ne suis pas obligé de vous donner mon siège). Il est vrai que c’est une obligation de tenir la porte aux femmes et que si un homme ne le fait pas, il s’expose à de graves répercussions. Quand à laisser son siège, mieux vaut ne pas s’exprimer sur la question. À tous les mecs qui se sentent « victimes » de devoir faire toutes ces choses, sachez qu’on a assez de force dans les bras pour pouvoir tenir une porte ou bien porter nos sacs, et que tout simplement, on ne vous demande rien.

Si vous pensiez avoir tout vu jusqu’à présent, asseyez-vous confortablement. L’affiche suivante indique « When we don’t discriminate against a pussy, why do you ? Small DICK. Big DICK. Fat DICK » (par pitié, ne me forcez pas à traduire ça). Je crois que j’ai eu ma dose d’arguments bancals qui essaient de prouver que les hommes sont en fait les réelles victimes lorsque l’on parle d’égalité des genres.

Le média BUST pointe un véritable problème dans cette campagne. Alors que ces affiches viennent dénoncer le fardeau qu’ont les hommes de tenir des portes et de devoir accepter les conditions des femmes pour avoir une relation sexuelle, les femmes quant à elles sont exposées à des problèmes plus préoccupants, avec en première ligne le harcèlement sexuel, pour ne pas le citer.

 

Au-delà de ces mots, y a-t-il une véritable discrimination envers les hommes ?

En soit, cette campagne, aussi ridicule puisse-t-elle paraître, peut cacher une véritable problématique. Un internaute a d’ailleurs soulevé le problème en indiquant que l’égalité des genres devait aller dans les deux sens, et il a tout à fait raison. Néanmoins, les arguments pour défendre la cause de la mancrimination sont tout simplement déplacés et loin de la véritable réalité.

Même si la cause féministe a été popularisée et médiatisée ces derniers temps, il ne faut pas non plus mettre de côté les hommes dans cette histoire. Car dans le terme « égalité des genres », on retrouve bel et bien le mot égalité. Contrairement à ce que certaines actions pourraient laisser penser, ce n’est pas la supériorité idéalisée de la femme qui est recherchée dans la majorité des combats, mais bel et bien le fait d’être sur le même pied d’égalité.

Une discrimination au travail

Pour répondre à la question de la discrimination des hommes, le Huffington Post a publié un article détaillé sur le sujet il y a quelques années. Il y est notamment indiqué que, parmi les inégalités dont ils souffrent, on retrouve la pénibilité au travail. En 2012, l’INSEE annonçait que les hommes étaient plus exposés aux conditions de travail pénibles que les femmes. Il existe quatre types de conditions de travail dites pénibles : travailler toujours ou souvent de nuit ; avoir un travail répétitif ; avoir un emploi physiquement exigeant ; ou encore être exposé à des produits nocifs. Il semblerait également que les hommes soient plus exposés aux accidents du travail que les femmes. Par contre, l’étude qui a traité ces différents points indiquent que les femmes sont plus enclines à souffrir de maladies professionnelles que leurs collègues masculins.

Le Huffington Post soulève également un point intéressant sur les pressions au travail. Ce milieu est bien connu pour faire subir aux femmes des discriminations, notamment au niveau des salaires. Néanmoins, il semble également qu’il n’épargne pas les hommes qui eux seraient soumis à des pressions plus importantes, notamment à cause de la charge de travail qu’ils ont à accomplir.

Une discrimination devant la justice

Parmi les inégalités masculines, on en retrouve également du côté de la justice. Selon une étude menée par des universitaires de Lille, il a été constaté que dans certains cas de figure, la justice avait tendance à avantager les femmes, surtout en ce qui concerne les affaires de garde d’enfants. Thomas Léonard, un journaliste de La Croix, indiquait également que les femmes avaient tendance à bénéficier de peines plus clémentes. Pour certains, la réponse à cette inégalité est simple : les femmes sont moins présentes dans les tribunaux et donc les gens sont déstabilisés en les voyant.

 

Bien entendu, il existe d’autres élément qui prouvent que les hommes peuvent aussi faire face à une forme de discrimination, mais en aucun cas on ne retrouve des arguments tels que laisser son siège, avoir des verres gratuits ou bien encore se faire discriminer à cause de son appareil reproducteur.

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Etudiante en 2ème année de journalisme et marketing web éditorial. J'aime titiller les sujets sensibles.

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