Culture

Mixité ethnique et classe sociale : la différence scénarisée

En 2016, la démocratie est un mot devenu presque banal. Pourtant, dans certain pays comme la Corée du Nord, ce mot n’existe pas. La mixité ethnique, et même des classes sociales, sont des phénomènes de plus en plus courant, que l’on retrouve d’ailleurs dans des oeuvres cinématographiques. Le racisme, le non respect d’autrui, les inégalités… des « détails » non pour le moins banals, qui sont soulignés à travers ces oeuvres…

Écrire pour exister (VO : Freedom Writers, Richard LaGravenese, 2007)

AlloCiné
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Comédie dramatique américaine de Richard LaGravenese, ce film est tiré d’une histoire vraie. Il nous envoie dans un lycée, non pour le moins difficile, de Long Beach.

À 23 ans, Erin Gruwell enseigne la langue de Shakespeare à ces élèves « allergiques » au stylo.

Une classe que l’on imagine « irrécupérable » avec laquelle Erin réussit à instaurer un véritable rapport de confiance. Pendant 2h04 minutes, le spectateur se retrouve dans l’État de Californie mitigé par la violence policière et le racisme.

Suite à des émeutes urbaines de 1992, Rodney King, citoyen noir, est tué par des policiers blancs qui sont filmés à leur insu.

Une classe multiethnique, animée par des rivalités et divisée en gang dans laquelle Erin prouve ses valeurs humaines et professionnelles.

Il n’y a plus ce rapport de professeur à élèves. Uniquement deux êtres qui s’écoutent et qui se comprennent.

Un film bouleversant, où toute l’émotion réside dans la peau de chacun de ces jeunes. On rejoint Einstein lorsqu’il annonce que l’ « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ».

La violence n’est effectivement pas la solution au problème. Que l’on soit blanc, noir, asiatique, avec une culture différente, ils le comprennent rapidement : il faut apprendre à connaître l’autre et passer outre du jugement.

Un constat est vite établit. Beaucoup de  points communs entre eux.

C’est par le biais d’un travail collectif, mais surtout de l’écriture, que ces jeunes retrouveront sens à leur vie. « Écrire pour exister », tel est leur nouveau principe…

Même la pluie (VO : También la lluvia), (Icíar Bollaín, 2011)

Direction la Bolivie à la conquête des Antilles par Christophe Colomb. Voici l’idée de Costa, producteur, qui par manque de budget, se voit obliger de rechercher des figurants à moindre coûts en Bolivie, pour son tournage dans le même lieu.

Manuel, militant contre l’augmentation du prix de l’eau est engagé. Compte tenu de leur condition de vie, cette cause plus que capitale entraîne,  malgré eux, Costa et Sebastián le réalisateur.

AlloCiné
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Ce long métrage dénonce le profit vis-à-vis des pauvres. Les boliviens. Une double situation est présente quant à cette exploitation physique et humaine.

Sur le plan physique, l’État fait du bénéfice compte tenu de la situation de ces personnes démunies.

Travailler tout autant, voir plus, pour un salaire figé. L’eau, pourtant premier besoin fondamental de l’Homme, se voit  inaccessible. Pour cause ? L’inflation des prix. La goutte de trop.

Costa est habitué à un quotidien préférable à celui de Manuel qui milite et assume ses responsabilités face à ses choix. Un comportement incompréhensible pour Costa. La cause de l’eau doit-elle passer avant la réussite et l’avancée de sa réalisation ?

Invictus (Clint Eastwood, 2010)

En 1994, l’élection de Nelson Mandela consacre la fin de l’Apartheid, mais l’Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur l e sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995…

 

Hadley Paul Garland
Hadley Paul Garland

Clint Eastwood convie le spectateur à revivre un chapitre clé de l’Histoire de l’Afrique du Sud : la « réconciliation nationale » prônée en 1994 par Nelson Mandela.

Le film est dynamique, à l’image de son personnage principal interprété par Morgan Freeman. Le cinéaste propose une aventure humaine caractérisée par un sport rarement montré au cinéma : le rugby. En 1995, avec la coupe du monde de rugby en Afrique du Sud, le contexte est encore tendu. Les divisions qui caractérisent le pays n’a pas disparu et l’Apartheid a laissé son empreinte. À cela s’ajoute une économie désastreuse et une pauvreté qui ne cesse d’augmenter. Il suffira pourtant d’une seule victoire pour souder une nation autour d’une équipe et d’un homme. Clint Eastwood s’approprie cette histoire vraie avec une légèreté et abandonne le stéréotype du didactisme.

Une bouteille à la mer (Thierry Binisti, 2012)

Tal est une jeune Française installée à Jérusalem avec sa famille. A dix-sept ans, elle a l’âge des premières fois : premier amour, première cigarette, premier piercing. Et premier attentat, aussi. Après l’explosion d’un kamikaze dans un café de son quartier, elle écrit une lettre à un Palestinien imaginaire où elle exprime ses interrogations et son refus d’admettre que seule la haine peut régner entre les deux peuples. Elle glisse la lettre dans une bouteille qu’elle confie à son frère pour qu’il la jette à la mer, près de Gaza, où il fait son service militaire. Quelques semaines plus tard, Tal reçoit une réponse d’un mystérieux « Gazaman »…

Un long métrage qui nous propose une vision différente du conflit israélo-palestinien.

AlloCiné
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Outre la guerre et
ses lourdes conséquences – pertes humaines et matérielles – que ressentent les habitants ? On se met dans la peau de Naïm, un Palestinien et de Tal, Française, qui vit le quotidien des Israéliens. Par quel moyen ? Contre l’interdit, ils font des échanges… écrits. A seulement 17 ans, Tal peut difficilement comprendre le monde qui l’entoure. Un mot anime constamment ses pensées. « Pourquoi ? »

Naïm ne l’aide pas réellement à sortir de son incompréhension. Prisonnier malgré lui sur une terre pleine de frustration. Mais la communication est là, malgré ce qui les oppose. Culture, langue, communication interdite, opposition des proches. Tal, ou « Miss peace » ne renonce pas à sa curiosité et à un monde utopique. Le spectateur se forge une autre appréhension de la guerre.  Les ressenties humains. La bouteille est envoyée à Naïm ; le public l’a reçoit.

La couleur des sentiments (Tate Taylor, 2011)

Dale Robinette
Dale Robinette

Dans la petite ville de Jackson, Mississippi, durant les années 60, trois femmes que tout devait opposer vont nouer une incroyable amitié. Elles sont liées par un projet secret qui les met toutes en danger, l’écriture d’un livre qui remet en cause les conventions sociales les plus sensibles de leur époque. De cette alliance improbable va naître une solidarité extraordinaire. À travers leur engagement, chacune va trouver le courage de bouleverser l’ordre établi, et d’affronter tous les habitants de la ville qui refusent le vent du changement…

« La couleur des sentiments » s’égare parfois dans les stéréotypes mais le cinéaste sait les détourner au bon moment. Des personnages haut en couleur qui deviennent attachants et auxquels le spectateur peut s’identifier. Les femmes sont confrontées à un quotidien devenu banal. L’omniprésence du racisme est mise en scène avec justesse. Le réalisateur offre une oeuvre qui dénonce avec précision le contexte racial dans l’État américain du Mississippi durant les années 60. Un monde paradoxal illustré avec simplicité. Les hommes ont tendance à s’effacer et contrairement au combat de Martin Luther King et de Rosa Parks, le spectateur assiste à un monde où les gens de couleurs peinent à se faire entendre.

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