Culture

Pourquoi il ne faut pas louper Le Bureau des Légendes

Après deux premières saisons très réussies, Le Bureau des Légendes est de retour sur Canal+ depuis le 22 mai. Toujours aussi prenante, cette série d’espionnage menée par le cinéaste Eric Rochant redonne foi en la fiction télévisuelle française.

Si en terme de séries TV, le monde entier a les yeux rivés sur la très riche production américaine, il serait de bon ton que le public s’intéresse à la troisième saison de cette fiction française, probablement ce qui se fait de mieux actuellement dans le pays. Le premier épisode met directement dans le bain : Guillaume Debailly/Paul Lefebvre/Malotru (Mathieu Kassovitz), l’agent aux multiples identités, est aux mains de l’Etat Islamique. Alors que son quotidien de prisonnier est éprouvant, ses collègues de la DGSE s’activent pour négocier sa libération, avec l’aide de Nadia El Mansour, la Syrienne dont Guillaume a été l’amant. En parallèle, l’agent Marina Loiseau part une nouvelle fois en mission d’infiltration dans un pays étranger.

Chaque épisode de la série commence par un avertissement, qui indique que toute ressemblance avec des événements réels ne saurait être que fortuite. Une précaution qui est balayée d’emblée par le premier épisode, et à raison : grâce à un traitement narratif à l’orée du documentaire, qui ancre la série dans une réalité éminemment brûlante – la guerre contre le terrorisme -, Le Bureau des Légendes est un pertinent compte-rendu du conflit actuel.

Le cœur a ses raisons que la raison d’Etat ignore

A contrario des fictions américaines, qui mise sur la présence d’une figure (masculine) providentielle, Le Bureau des Légendes fait le pari du collectif à travers la description patiente des arcanes d’une agence gouvernementale. Avec tout ce que cela comporte de négociations, de jeu de pouvoir et de discussions à la cantine de la DGSE. Si ce parti-pris réaliste peut rebuter les aficionados de Jason Bourne, Jack Bauer ou James Bond, il séduit par son jusqu’au-boutisme en ne cédant rien à une spectacularité qu’on pense, à tort, inséparable du genre.

Plus proche de Zero Dark Thirty (2012) que de 007 Spectre (2015), Le Bureau des Légendes n’a pas besoin d’enchaîner les scènes d’action pour être constamment intrigante. Notamment car la série brille par son souci de vraisemblance et, par là même, nous en apprend bien plus sur ce sujet brûlant que tous les journaux télévisées réunies, froids comme la pierre à force d’aligner uniquement des faits bruts. Car comme souvent chez Eric Rochant (Les Patriotes en 1994, Möbius en 2013), Le Bureau des Légendes insère de l’humain dans un récit hautement géopolitique, aux ramifications complexes. Par le biais d’une écriture lente et précise qui frustrera les plus pressés, la série affirme que, bien plus que les images satellites, les tractations bureaucratiques et les coups de feu, il n’y a pas de meilleur rempart face à l’adversité et la barbarie que notre humanité parfois vacillante. Qu’il faut néanmoins savoir maîtriser, car chaque personnage submergé par ses émotions, évident point faible constamment ciblé par l’adversité, sera mis en difficulté.

Une profonde humanité

En ce sens, Malotru est celui qui trouve le plus aisément l’équilibre entre l’agent (Paul Lefebvre) et l’homme (Guillaume Debailly). Superbe personnage de fiction, il mêle un immense professionnalisme – un membre de la DGSE dit de lui qu’il est meilleur qu’eux tous réunis – à des sentiments intenses assumés. Ces derniers lui feront prendre des risques, mais lui permettront surtout de survivre tout au long de ces dix épisodes éprouvants. Le dernier très beau plan de cette intéressante 3e saison, en attendant la 4e, l’atteste : dans le brouillard permanent qu’est devenu notre monde en guerre, la profonde humanité des personnages est leur plus grande alliée. Tâche à eux – et à nous – de ne pas l’oublier.


Copyright photo de couverture : © Jessica Forde / CANAL+

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