Culture

Netflix doit-il annuler Daredevil ?

Octobre est un mois chargé pour les super-héros sur Netflix : après avoir mis fin aux séries Luke Cage et Iron Fist à seulement quelques jours d’intervalle, la plateforme américaine a sorti la troisième saison de Daredevil. Comme ses compères, le super-héros de Hell’s Kitchen paraît menacé. Survivra-t-il à sa troisième saison ? (Attention, légers SPOILERS).

Cette saison 3 reprend exactement à la fin de l’unique – et catastrophique – saison de The Defenders, qui s’était terminée sur l’effondrement d’un immeuble en plein New York, avec Daredevil et Elektra à l’intérieur. Les scénaristes, qui veulent faire oublier ce spin-off raté, mettent un voile pudique sur les éventuelles conséquences de ce 11 septembre (très) bis : notre héros masqué y survit d’une manière assez inexplicable – mais pas Elektra, apparemment. Le très laid plan inaugural de cette saison, qui voit Daredevil faire une chute libre en prenant une pose christique dans un enfer de flammes en CGI, fait office d’explication. Le dévot Matt Murdock continue à vivre, parce que « pourquoi pas », et se réveille dans un port new-yorkais. C’est tout ? C’est tout. Show must go on.

Matt Murdock quitte donc ses comparses Defenders pour retrouver son quartier, et son ennemi juré, Wilson Fisk. En pleine crise de foi – après avoir survécu par miracle, paradoxal n’est-ce pas ? -, l’aveugle doute et ne souhaite plus renfiler son costume rouge. Tandis que, de son côté, Wilson Fisk devient un indic’ du FBI et retrouve un semblant de liberté en quittant la prison où il est menacé de mort, pour vivre dans un immeuble immense et luxueux en plein New York. Assagi, l’ennemi juré de Daredevil ?

Daredevil contre le Fisk

Sous totale influence nolanienne, la trilogie The Dark Knight étant l’horizon absolu de la série, Daredevil puise sa force, toutes saisons confondues, dans la violence brutale qu’elle met en scène – contrairement aux films de Christopher Nolan, plus intellectualistes. Dans cette saison, cette violence, parfois brève et sèche (épisode 9, par exemple), parfois plus opératique (la longue scène de prison), est le seul échappatoire de personnages principaux profondément tiraillés entre leur humanité et leur animalité. Matt Murdock, Ben Poindexter et, à un degré moindre, Wilson Fisk, libèrent leur frustration, leur haine ou leur colère de préférence via leurs poings, sinon par des cris gutturaux. Les meilleurs moments de cette troisième itération, on les doit donc en partie aux divers affrontements violents qui la composent et qui sont d’une longueur assez surprenante pour qu’on le souligne. Un premier bon point, donc. Mais quid du reste ?

Très longue à démarrer, freinée par des digressions biographiques interminables – l’épisode 10 en est l’exemple parfait -, ainsi que par des dialogues assommants et des twists ringards, cette saison pêche par son écriture, et est assurément la moins satisfaisante parmi les trois. Quand bien même son traitement franc et noir d’une corruption endémique réussit à fasciner, bien aidé en cela par son incarnation littérale à l’écran : Wilson Fisk. Personnage charismatique, il apparaît implacable, et est d’autant plus intéressant grâce à la performance habitée de Vincent D’Onofrio… et au parallèle que la série tisse avec l’actuel résident de la Maison-Blanche, Donald Trump. Série « de gauche », Daredevil croit la corruption systémique, mais nuance cette pensée en l’associant inlassablement à un visage, celui de Wilson Fisk, manipulateur patenté et tentaculaire qui use des médias et de son argent pour arriver à ses fins. On a fait parallèle moins évident – Wilson Fisk vit dans une simili-Trump Tower, en plein New York… -, mais cette prise avec l’actualité éclaire sous un autre angle le discours de la série sur la nécessité des symboles – Daredevil, comme Batman chez Nolan, en est un – et des contre-pouvoirs pour combattre un monde gangrené par l’argent… et par des avatars trumpiens.

Le Laboratoire de Poindexter

Dans tout ce fatras analytique, on n’oublie pas le pseudo-complexe Ben Poindexter, nouveau personnage phare de cette saison : écrit à la truelle, Le Tireur, s’il a à son actif la meilleure scène de cette saison (épisode 6), est loin de faire oublier Le Punisher. Le renouvellement du cast est logique, les trois saisons ne pouvant tourner autour des mêmes personnages, mais la série ne doit pas oublier qu’elle n’est jamais plus efficace que quand elle s’attarde stricto sensu sur le combat entre le Démon de Hell’s Kitchen et son meilleur ennemi, Wilson Fisk. Pourvu qu’elle s’y tienne pour une quatrième saison… qui, sans amélioration notable d’écriture et une réduction du nombre d’épisodes, ne s’impose pas.


Crédits photo de couverture : Copyright Nicole Rivelli/Netflix

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