Société

Non, tous les journalistes ne sont pas des « collabos »

Tout commence par un simple et banal commentaire. C’était lorsque Libé a publié sa Une du mercredi 14 décembre : « Ci-gît Alep ». C’est une belle Une. Sobre, en noir et blanc, pour signifier la noirceur et le deuil, seuls remèdes d’un Occident inactif et bouche-bée.

Juste en-dessous de la publication de cette Une, on peut lire « Ci git la dignité des politicards corrompus qui ont armés les rebelles « modérés  » de daech avec la complaisance des médias (sic) ». Ça a au moins le mérite d’être clair.

Si l’on continue d’aller sur les pages Facebook du Figaro, Le Monde, Les Echos, on a le droit aux mêmes insultes. Voire pire.

« AFP = collabo ! »

La confiance des citoyens envers les médias atteint un seuil critique. D’après un sondage réalisé par TNS Sofres pour La Croix, début 2016, 38% des personnes interrogées pensent « qu’il y a sans doute pas mal de différences entre la façon dont les choses se sont passées et la manière dont le journal les raconte. » Aussi, 58% d’entre eux pensent que les journalistes « ne résistent pas aux pressions de l’argent. »

Bah oui, c’est évident : quand on gagne 1 200€ net par mois en presse quotidienne régionale (les plus gros employeurs chez les médias français), on traîne souvent avec la Jet 7 et les gros lobbies du tabac. On est donc très souvent corrompus. Bah oui, c’est évident.

Bien entendu, les journalistes ne devraient pas se poser en donneurs de leçon – ce sont donc des « éditorialistes » à ce moment-là, on s’éloigne du métier concerné en mettant de côté l’impartialité. C’est à cause du trop plein de « moi je » chez les confrères que la population (dont ces mêmes confrères font partie, il faut le souligner) tend à se méfier de ce que l’on dit.

Sans parole, point de liberté

Une légende urbaine dit même que le métier de journaliste est le moins apprécié par les Français, juste avant…les prostitués et politiciens. Néanmoins, ce que ces personnes, qui semblent détester ce métier, devraient se rappeler de quelques petits points.

Nous sommes en France, en démocratie. Ce système politique est entièrement basé sur la liberté et les droits civiques. Liberté qui ne peut pas s’exercer sans la parole, la transmission d’informations.

Soyez étonnés, mais la transmission de l’information se fait principalement grâce aux médias, et donc, grâce aux journalistes. Même si l’opération paraît un peu trop simplette, elle a le mérite d’être claire et proche de la réalité.

Insulter, perdre foi et haïr

Sans me poser en donneur de leçon, j’ai écrit ces quelques lignes en ayant dans la tête les images d’une Alep qui se meurt, une Crimée qui s’entretue et d’une Amérique sous tensions. Pour ne citer que ces exemples.

Même si notre métier consiste aussi à parler de faits d’actualités plus légers et moins graves, le fait d’en parler constitue déjà, en soit, une manifestation de notre liberté. Alors oui, peut être, nous ne pouvons pas retranscrire exactement la réalité (car elle est souvent différente pour chacun) et nous faisons des erreurs. Même un Président en fait, c’est pour dire.

Mais arrêtez d’insulter, de perdre foi et de haïr. Car notre liberté, celle pour laquelle tant de gens sont morts cette année, c’est aussi par l’information que nous la défendons.

Étudiant journaliste en troisième année, j'aime les beaux mots et la jolie musique.

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