Culture

Oui, il faut aller voir L’Île aux chiens au cinéma

Alors que Taxi 5 a débarqué le 11 avril sur les écrans, on ne saurait que trop vous conseiller de donner plutôt sa chance à du vrai cinéma, en l’occurrence en allant voir le dernier film du précieux (parfois trop ?) Wes Anderson.

Après Fantastic Mr Fox, en 2009, adaptation libre de Roald Dahl, le cinéaste américain Wes Anderson a replongé dans le cinéma d’animation, avec un nouveau film en stop-motion. Celui-ci raconte l’histoire d’Atari, neveu et pupille du maire de la ville de Megasaki, au Japon, qui décide d’aller chercher son chien sur l’île où « les meilleurs amis des hommes » ont tous été envoyés après qu’un virus se soit propagé dans leur rang. Cloîtrés sur une île-poubelle, les chiens abandonnés, dont on suit un petit groupe (Chief, Rex, Duke, King, Boss), ont perdu tout plaisir de vivre en étant délaissé par leur maître. Or, la venue d’Atari sur l’île va leur permettre de recréer un lien fort avec l’humanité, dont ils sont exclus.

Avec Wes, ayez le bon réflexe

Le cinéaste Wes Anderson a pu déplaire, par le passé, à cause d’une maîtrise technique qui pouvait fonctionner uniquement pour elle-même, en vidant de leur contenu émotionnel toutes les scènes pivots de ses films et en dévoilant l’aspect préfabriqué de ses personnages. C’est indéniablement le problème principal de son cinéma (voir tous ses films depuis La Famille Tenenbaum (2001)), qu’il gomme à peine ici. Si l’auteur de ces lignes affirme, et cela de manière très subjective, ne pas avoir été touché par L’Île aux chiens, on doit reconnaître sans ambages que cet opus fait montre d’une émotion à l’évidence non feinte, car habitée par un discours doux-amer sur la résilience, et non théâtralisée, quand bien même le dispositif du film le soit, lui, totalement. Par-là, on entend que le long-métrage met en lumière, dans son introduction, son propre dispositif : avec humour, la voix-off révèle que les chiens du film, qui aboient en réalité, ont été doublés pour que le public puisse les comprendre, et que les paroles des personnages japonais, qui parlent leur propre langue dans le film, sont rendus intelligibles aux spectateurs supposés occidentaux par le travail d’une traductrice, incluse à l’écran et doublée par Frances McDormand, récemment Oscarisée pour le très réussi Three Billboards : Les Panneaux de la Vengeance (2017). Mais l’aspect ouvertement méta du film n’empêche cependant pas de s’y plonger à corps perdu, à condition d’être moins sensible à ce que l’on voit qu’à ce qu’il se dit.

Ce film est (w)ouf

Car oui, une nouvelle fois, c’est la maîtrise formelle tout bonnement ahurissante du film de Wes Anderson qui fait son inestimable valeur, mais également sa (menue) limite. En ces temps de décrépitude du langage cinématographique, où le dernier carton en date au box-office mondial a autant de cinéma en son sein que le dernier téléfilm pourrave de TF1, on ne pourra à l’évidence jamais reprocher à un cinéaste sa maîtrise visuelle. Entendons-nous bien : le film est un véritable bijou, qui épate par la richesse de ses plans, par ses mouvements de caméra, par son jeu avec la profondeur de champ. Le spectateur éduqué au langage cinématographique (ou pas, d’ailleurs) ressortira émerveillé, ébloui, épaté de la séance, après avoir parfois pu manifester vocalement son admiration devant certains plans (ce fut le cas de votre serviteur). En sus, un humour d’une finesse irrésistible, indéniablement andersonien (les attitudes parfois autistiques ou exagérément caractérielles des personnages sont sources de comédie, comme dans tous les films du cinéaste) et un casting vocal ultra-excitant (Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Scarlett Johansson, Greta Gerwig, Harvey Keitel…). L’Île aux chiens se révèle donc être un bonheur presque total, qui doit a priori mériter sa récompense au festival de Berlin (Ours d’argent, en gros il a fini deuxième de la compet’). Mais quand bien même, on persiste et signe : sa perfection d’apparence, si elle éblouit les yeux, ne touche pas forcément le cœur.


Crédits photo de couverture : Twentieth Century Fox.

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