Culture

Oui, Le Roi Lion est un film inutile

Le nouveau du Roi Lion, version photoréaliste, est sorti dans les salles de cinéma cette semaine. Mow Magazine va tenter de vous convaincre de ne pas payer 10 balles pour voir un film que vous avez déjà vu… mais aussi étonnant que cette assertion puisse paraître, notre entreprise risque d’échouer.

Comme la bande-annonce du film le laissait déjà entendre, ce nouveau Roi Lion – si tant est que le terme « nouveau » puisse être appliqué à un tel film – allait être similaire, si ce n’est identique, à l’œuvre de Disney sortie en 1994. Marquant par sa dimension shakespearienne – l’intrigue lorgne du côté de Hamlet –, par le savoir-faire des deux réalisateurs et par une bande originale ultra-efficace, Le Roi Lion de 94 a de surcroît traumatisé bon nombre de bambins avec la scène de l’assassinat du père, faisant s’inscrire le film de manière indélébile dans l’esprit des gosses des nineties. Qui sont les cibles aujourd’hui visés par cette ressortie fondamentalement inutile d’un des films chéris de leur enfance.

A l’instar de Toy Story 4 (sorti le mois dernier), également mis en branle par… Disney, via sa filiale Pixar, Le Roi Lion de John Favreau n’est, lui non plus, pas venu au monde sous le joug d’une pulsion créatrice irrépressible. Si le film de Pixar est bon uniquement grâce au savoir-faire du studio qui l’a confectionné, probablement contraint et forcé, la qualité du film en tant que tel ne saurait masquer la vacuité totale de ces enjeux narratifs et, in fine, du projet dans son entièreté. Dans le cas du film du réalisateur du Livre de la Jungle (2016), autre remake Disney, la donne est autre, puisque contrairement à Toy Story 4, Le Roi Lion est quasiment un décalque plan par plan – d’aucun dirait plan-plan… – d’un film préexistant, en l’occurrence l’original. Si le réalisateur John Favreau, faiseur compétent mais impersonnel, indique en interview que sa méthode de travail a grossièrement consisté à inclure dans le scénario du film ce dont il se rappelait de l’original, et à broder ensuite autour, on constate que sa mémoire est éléphantesque, tant rien ne lui a échappé du long-métrage de 1994. De la scène d’ouverture, en passant par le meurtre de Mufasa, la première rencontre de Scar avec les hyènes ou la conversation fantasmé de Simba avec son père décédé, pratiquement toutes les scènes du film original sont là, à l’identique ou presque – le « presque » repose sur le fait que nous n’avons pas revu le film original depuis plusieurs années. Mais notre mémoire, plutôt entraînée pour ce qui est de la chose filmique, a décelé des séquences identiques stricto sensu, c’est-à-dire au plan près, au cut près.

Quel intérêt, donc, de revoir une œuvre que l’on a déjà vu ? Evidemment, passer du dessin-animé à l’animation 3D photoréaliste est un changement visuellement marquant, mais à bien des égards, mineur et superficiel. L’aspect plastique du film est sa seule nouveauté d’envergure, que l’on concède souvent subjuguant – les artisans des effets spéciaux ont fait un boulot monstrueux. Mais cette maestria technique est au service de quoi ? D’un remake qui ne s’écarte virtuellement jamais de son modèle idéologiquement conservateur – excepté la technique d’animation, les changements, s’il y en a, sont indétectables pour ceux qui n’ont pas revu le film de 1994 la veille de la projo’.

En l’état, cette version 2019 du Roi Lion est surtout symptomatique du manque d’idées, du manque de courage, mais pas du manque de sens des affaires des exécutifs hollywoodien, de surcroît ceux de Disney, qui sortent suites, remakes et prequels à tour de bras. Se basant ad nauseam sur des films qui sont surtout des marques fédératrices, le cinéma populaire américain a été dévitalisé de sa sève créatrice sous les coups de butoir de la nécessaire rentabilité mercantile. On attend les chiffres du box-office avec impatience, mais un succès, que l’on craint, confirmerait une impression tenace : les spectateurs de cinéma ne veulent plus voir que ce qu’ils connaissent déjà.


Crédits photo de couverture et photos article : The Walt Disney Company France.

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