Culture

Interview : Le cofondateur de Rockyrama se met (presque) à nu – Part II

Mow : Maintenant, je te propose de nous parler de tes films, ceux qui ont marqué ta vie. Quel est celui qui a marqué ta jeunesse ?

E.T. Il n’y a qu’à le regarder pour savoir. E.T, c’est de la magie pure. C’est le film le plus personnel de Steven Spielberg, une merveille.

©Universal

Mow : Celui qui a été le déclencheur, la révélation.

Seven ça a été un choc. Parce qu’on n’avait jamais vu ça, parce que pour tout le monde, la fin est terrible. Parce que c’était la naissance d’un réalisateur, même si Fincher avait réalisé un film avant celui-là. Encore aujourd’hui c’est un classique. Même si ce n’est pas mon « film de tueur en série » préféré, mais comme dit Fincher : « Seven est autant un film de tueur en série que Les Dents de la mer un film sur les requins ». Sinon Die Hard, j’ai arrêté de compter le nombre de fois que je l’ai vu à 52…

©New Line Cinema

Mow : Celui que tu conseilles pour comprendre ce qu’est le cinéma.

2001, l’Odyssée de l’espace. C’est pour moi la définition même du cinéma. Visuellement, musicalement, thématiquement. C’est un film parfait. Je peux en mettre un autre ? Le Parrain.

Mow : Lequel ?

Le 1, mais évidemment il faut regarder la trilogie, sinon ça n’a pas de sens. Le 2 est considéré comme meilleur, et c’est la vérité. Mais mon préféré c’est le 1, parce qu’il y a Marlon Brando, parce que c’est la naissance de Michael Corleone/Al Pacino, parce que le péage, parce que les oranges… Mais le 2, scénaristiquement, c’est une folie. Et puis Pacino et De Niro…

©Paramount Pictures

Mow : Ton casting idéal.

Je rêverais de voir un nouveau film de Stanley Kubrick donc je vais le mettre en réalisateur, ou Michael Mann. Je choisis Marlon Brando, Joaquin Phoenix, Sylvester Stallone et Michael Douglas pour le cast. En scénariste, j’aurais adoré Aaron Sorkin, le scénariste de The Social Network, ou Daniel Waters, qui a fait Batman, le défi et a participé au scénario de Demolition Man. En chef décorateur, je veux Arthur Max, qui est le chef décorateur de Ridley Scott. En musique, Hans Zimmer. Mais je veux que Trent Reznor et Atticus Ross, qui ont fait la musique de Millenium (le meilleur Fincher), collaborent avec lui. Je voudrais aussi Sigourney Weaver, Susan Sarandon et Mary Elizabeth Winstead, qui est dans Fargo et Boulevard de la Mort. Attends, finalement je ne veux plus de Stanley Kubrick, je prends Tony Scott à la place. Tony, c’est le meilleur dans sa partie.

Mow : Le film qui, pour toi, est une injure au cinéma.

Je déteste tirer sur les ambulances. Franchement, je ne peux pas répondre à cette question. En revanche, quand je vois qu’un film fait autant d’entrées, je me dis qu’en fait les gens ne font plus la différence entre la télé et le cinéma. Intouchables, je ne comprends pas. C’est un téléfilm et en tant que téléfilm c’est vachement bien, mais ça ne correspond pas à ce que je définis comme du cinéma.

Mow : Qu’est-ce que le cinéma pour toi ?

Un sens du cadre, un sens du rythme. J’ai du mal à le définir finalement. Quand je suis devant, je peux dire si c’en est ou pas selon moi. No Country for Old Men, quand je suis sorti, j’ai dit : « ça c’est du cinéma américain, noble, puissant, solide ». C’est un pur descendant des westerns américains, qui sont pour moi l’essence de ce qu’est MON cinéma. Peut-être qu’il y a une définition par personne. Mais je comprends pourquoi Intouchables fait autant d’entrées, c’est tout un processus de travail sur le public. On les a déshabitués, on a fait chuter le niveau d’exigence, c’est dramatique. A une époque en France, Il était une fois dans l’Ouest, ça faisait presque 15 millions d’entrées. Aujourd’hui on ne pourrait même plus produire ce film. On a désappris aux gens à être rigoureux, moi-même parfois je vais voir des merdes, ce n’est pas le problème, mais c’est comme McDonald, j’essaye d’y aller le moins possible, et surtout de ne pas en faire une habitude. Mais après, il y a des films que je trouve bien pire que ça, comme Jurassic World. Je préfère regarder cent fois Intouchables, au moins Intouchables j’ai l’impression que c’est sincère, j’aime pas mais on se fout pas de ma gueule. Jurassic World c’est juste cynique. Quant aux fans du premier opus qui « adorent » le dernier…

Ce qui m’a fait mal à la tête récemment, c’est Man of SteelBatman vs Superman. En fait, je ne vais plus voir de films « de super-héros ». Le dernier que j’ai vu, c’était aux Etats-Unis, il n’y avait rien à l’affiche, et on a fait l’extrême erreur d’aller voir Les Gardiens de la Galaxie 2, c’était naze. Je ne vais pas voir Wonder Woman et tout ce qui arrive dans le genre, j’en ai rien à péter. Ça ne m’intéresse plus. Et l’excuse « Ouais mais ça sera peut-être différent ce coup-ci » ou encore « Faut bien aller voir pour savoir », c’est « emoji poubelle » direct, je ne veux même pas l’entendre.

©Miramax Films

Mow : Qu’est-ce que tu reproches à cette industrie du super-héros ?

Le problème n’est pas l’argent et la taille des productions. Sans ça, sans l’argent, on n’aurait pas Mad Max : Fury Road, qui est le dernier chef-d’œuvre que j’ai pu voir au cinéma. Je reproche à ces films d’être fabriqués comme des séries, ils sont tous issus du même moule. Tu regardes Avengers, on ne cesse de te rappeler ce qui s’est passé dans l’épisode précédent et on te tease sur l’épisode qui suit. C’est une logique de production. Ce sont des films de financiers, même pas de producteurs, et encore moins de réalisateurs. Et les gens y vont par millions et tant que les gens iront, ça continuera. Et pendant ce temps, il y a des gens comme James Gray qui ont du mal à financer leurs films… Et puis, une fois tous les 5 ans, il y a un miracle, cette année c’était Logan. Pas parfait, mais on avait là un réalisateur qui avait la volonté de nous raconter une histoire, et pas d’enfiler les scènes d’actions en CGI. Elles-mêmes réalisées par le chef des SFX, donc bon…

Mow : Quel est le film que tu attends ?

Le seul blockbuster qui m’excite cet été, c’est Dunkirk de Christopher Nolan. Je ne suis pas le plus grand fan, mais j’ai du respect pour la démarche du bonhomme. Tu me demandes dans les trois ans à venir, le film que j’attends le plus, c’est Ad Astra, un film de science-fiction de James Gray, qui devrait sortir en 2018, avec Brad Pitt. J’attends aussi le film sur Enzo Ferrari de Michael Mann. J’espère qu’il sortira en 2019, en espérant que ça se fasse évidemment. Et n’importe quel film de David Fincher, Michael Mann, et Steven Spielberg, c’est okay.

©Warner Bros

Mow : Est-ce que tu as envie de parler d’un film qui, pour toi, a été sous-coté ?

Un de mes films préférés, qui n’est jamais dans les films préférés de personne, c’est A la poursuite d’Octobre rouge de John McTiernan, avec Sean Connery et Alec Baldwin, c’est un film des années 90. J’adore les films avec des sous-marins, ça fait très con mais c’est vrai, et c’est un genre à part entière. C’est un film qui se déroule dans une période que j’aime beaucoup, la Guerre Froide. Il a un scénario très fin, très intelligent et, sans être sexiste, j’ai tendance à dire que c’est un film d’hommes. Dans le sens où, de toute façon, il n’y a pas de femmes dans le film. Ça se passe dans le milieu sous-marinier, et comme on le sait : pas de femmes dans les sous-marins, c’est la règle. C’est un film noble dans sa réalisation, sa photo, sa musique, son interprétation. Une leçon de mise en scène, un grand ballet. Un film sur les rêves que l’on a en chacun de nous, et sur l’honneur. C’est un film que j’ai vu avec mon père, en rapport avec mon adolescence donc. J’en étais tellement fou de ce film que je suis allé acheter la maquette du sous-marin russe de classe typhon « Octobre rouge », et j’ai fait la maquette, mais aujourd’hui je ne sais pas où elle est. Ce n’est pas grave, j’irai la racheter. Je partage ma passion autour de ce film avec un des contributeurs de Rockyrama qui s’appelle Guillaume Baron. On s’envoie parfois juste un jpeg en mms, et l’autre répond juste « chef-d’œuvre », « génie ». C’est un film que je peux voir une fois par mois, je connais toutes les répliques. Comme un autre film de John McTiernan qui est Piège de Cristal. Je saoule toutes les personnes à côté de moi quand je regarde Piège de Cristal parce que je cite les dialogues avant qu’ils n’arrivent. Je suis épuisant en fait.

Après je peux parler de L’homme qui voulut être roi de John Huston. Ou de Lost Highway, de David Lynch, qui est le seul film où je me suis chié dessus au cinéma. David Lynch, c’est le réalisateur qui me fait flipper, ses films sont de véritables cauchemars. C’est pour ça que ma série préférée c’est Twin Peaks, et je tiens à dire que ce n’est pas depuis la saison 3Twin Peaks, je l’ai vu quand c’était diffusé sur la Cinq. Du premier au dernier épisode, j’étais devant. Même en vacances, dans un village vacances avec mes parents. Il y avait une télé et j’ai changé de chaîne en disant que c’était « l’heure de Twin Peaks » et qu’ils pouvaient tous rentrer chez eux. Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas moyen de voir en replay donc j’ai imposé Twin Peaks en camp de vacances. Un intégriste.

Après il y a Miami Vice de Michael Mann, chef-d’œuvre absolu. Une des dix plus belles histoires d’amour qui puisse exister, et une histoire d’amitié d’une puissance incroyable.

©Paramount Pictures

Mow : Les trois plus belles fins du cinéma pour toi ?

Alors HeatEyes Wide Shut et Mon Voisin Totoro de Hayao Miyazaki. Ah non, en fait je suis obligé de mettre E.T. Donc à la place de Mon Voisin Totoro. Mais bon, redemande-moi demain et je t’en donne trois autres.

Mow : Pour conclure, comment tu vois le cinéma évoluer dans le futur ?

On va dans le muret. On y va tout doucement mais sûrement. Ce que je vois, c’est que les meilleurs réalisateurs vont à la télévision. La télévision donne les moyens. Quand je vois que Scorsese fait son prochain film pour Netflix, ça me déprime… Tant mieux que Netflix donne les moyens, mais la salle ? Le grand écran ? On est condamnés à regarder les films des plus grands réals à la télé ? Peut-être qu’on en arrivera à avoir des séances clandestines dans des cinémas, entre fans, juste pour pouvoir voir un Scorsese ou un Spielberg sur grand écran. Quelle tristesse… Mais bon quand je vois qu’on produit des séries avec des épisodes de 1 ou 2 min pour téléphone portable… Je suis un vieux con en fait.

Mow : D’ailleurs en parlant de Netflix. Le film Okja, produit par Netflix et présenté à Cannes cette année (le film a été sifflé lors de sa projection lorsque le logo de Neflix est apparu, ndlr), sera diffusé sur la plateforme et non au cinéma. Comment, dans le futur, le cinéma va réussir à conserver son aura et faire le poids face à des plateformes comme Netflix ?

C’était ridicule, je suis très content de pouvoir voir un nouveau film de Bong Joon-ho. Evidemment que sa place est sur un grand écran, mais à défaut de ça, on le verra sur nos télés. Siffler Netflix, c’est siffler un producteur qui donne les moyens à un artiste de s’exprimer en tout liberté. Ça n’a aucun sens. Thierry Frémaux et le festival ont eu raison de le sélectionner. Et c’est surtout un film extraordinaire. Et j’ai comme l’impression que s’il avait été français, ça aurait fait beaucoup moins de foin chez nous.

Netflix est devenu un studio de cinéma, ça y est. C’est devenu une major, ils ont construit leur studio et Amazon se dirige aussi dans cette voie. C’est irréversible et ça secouera peut-être les autres studios. Peut-être qu’on aura autre chose que des Fast and furious 54 et des Minions 17. L’espoir fait vivre…

Mow : C’est quoi ta journée type ?

Je me lève, je bois un café, je mange des tartines, j’écoute la radio, je prends le train, je vais au travail. Il n’y a pas de règle, je peux faire plusieurs choses en même temps. Dans la matinée, je peux avoir donné une liste d’intervenants pour un documentaire et faire le sommaire d’un numéro et en même temps, envoyer des mails pour la production d’un événement, et en même temps, dans un coin de mon ordinateur, il y a Colombo qui tourne. Très important Colombo dans ma journée. C’est un vrai « moment confort ».

Mow : Merci Johan, c’était un chouette moment. Un mot pour la fin ?

Et la mer apportera à chaque homme des raisons d’espérer.


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Je suis la fille qui a besoin de regarder entre 6 et 7 fois par an le Seigneur des Anneaux, dans son intégralité et à la suite. J'adore voir le fromage fondu couler sur du pain et je déteste les gens qui mettent la pancarte "Bébé à bord" dans leur voiture.

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