Culture

Quentin Dupieux + Benoît Poelvoorde + Grégoire Ludig : la combinaison idéale ?

Au Poste ! est sorti le 5 juillet dans les salles françaises. Ce faux-polar sous influence eighties est le dernier rejeton tout à fait reconnaissable de son réalisateur-DJ, Quentin Dupieux, qui campe une position assez unique en France. Attention, léger spoiler.

Le cinéma de Mr Oizo, qui détonne assurément dans le paysage cinématographique français actuel, intrigue, sans aucun doute. Ses films nonsensiques, absurdes mais ultra-référencés, suscite l’excitation voire l’extase chez une frange du public, ici non-négligeable, qui adore son radicalisme narratif et le soin qu’il apporte à sa mise en image. Si on peut tiquer parfois sur la démarche du cinéaste (c’est notre cas, comme nous allons le voir), on doit lui reconnaître un soin apporté à la technique, qui est rafraîchissant dans nos contrées. Au Poste !, puisque c’est de ce film dont il va s’agir de parler ici, confirme ce soin visuel, notamment via des références prestigieuses mises en évidence par l’image : ce film d’interrogatoire bien particulier évoque le huis clos permanent de Garde à vue (1981), avec Lino Ventura, ainsi que l’austérité visuel du Buffet Froid (1979) de Bertrand Blier. Voire, en pointillés, la filmographie policière de Jean-Paul Belmondo et d’Alain Delon.

Dans Au Poste !, Grégoire Ludig, trublion du Palmashow, est soupçonné de meurtre par Benoît Poelvoorde, qui l’interroge une nuit entière. Les deux têtes d’affiche, fidèles à un texte porté sur l’humour, sont en mode mineur, et les rôles secondaires, qui provoquaient l’excitation au préalable (Orelsan, Anaïs Demoustier), itou. Ce film, devant l’effacement des comédiens derrière le script, est donc totalement de Quentin Dupieux, qui avait déjà mis « au pas » le duo Eric & Ramzy avec Steak (2007).

Touche pas à mon Poste

Comme à son habitude, Quentin Dupieux se détache du genre investi. Le cinéaste utilise ce dernier – ici, le policier ; ailleurs le teenage movie (Steak) ou le film de serial killer (Rubber) – pour le détourner à l’extrême et jouer avec les attentes du spectateur habitué au genre. Cette démarche déconstructive, si elle est inhérente à un certain cinéma réflexif (on pense aux frères Coen, aux sœurs Wachowski, à David Lynch), atteint une sorte de point de non-retour avec Quentin Dupieux. En interview, le cinéaste français se vante pourtant de ne pas vouloir « faire sens ». Cette velléité est parfois réalisée, et c’est assurément le pire de sa filmo’ (Wrong). N’est pas Buñuel qui veut. Quand c’est faux, et qu’un développement théorique brillant se glisse dans ses scripts, Quentin Dupieux est très estimable, d’autant plus dans le cinéma français actuel.

En effet, majoritairement, les films du cinéaste illustrent une pure pensée baudrillardienne où, rappelons-le, le réel est parasité, de manière indiscernable pour les personnages, par son simulacre. C’était tout le propos, plutôt vertigineux, de Realité (2012), son meilleur film. Or, Au Poste ! est une indéniable variation en mode mineur de Réalité, qui reposait sur une construction autrement plus complexe, plus symbolique et éminemment plus jouissive. De surcroît, la cuvée 2018 souffre de sa moindre ambition, soit de ne paraître être qu’un pur exercice de style dont le fétichisme référentiel envers le cinéma français des eighties n’apporte aucune plus-value discursive.

Wrong Cop

Alors certes, le dernier opus du Frençais a le mérite de se singulariser au sein de sa filmographie : Quentin Dupieux quitte les USA pour la France, le jour pour la nuit, l’atmosphère pour la continuité dialoguée, le contemporain pour les eighties etc. Mais cette démarcation assez visible relève de l’anecdotique quand, profondément, son dernier film apparaît comme un rejeton de celui, brillant, qui le précède. En définitive, Au Poste ! suit le chemin des œuvres très inférieures du cinéaste (Rubber, Wrong, Wrong Cops) qui se plaisaient à dynamiter les codes pour le plaisir de le faire. Soit un pur délire de sale gosse, sans grande ambition, de la part d’un auteur à la marge qui gagnerait, indéniablement, à ne pas modifier uniquement à la marge ses œuvres successives.


Crédit photo de couverture : Copyright Diaphana Distribution

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