Culture

Red Dead Redemption 2 : pourquoi un tel succès ?

La nouvelle œuvre de Rockstar est arrivée fin octobre dans les bacs. Et depuis, le monde entier se l’arrache : RDR2 est le deuxième meilleur démarrage de l’histoire derrière le précédent jeu… de Rockstar, GTA V. Mais quel est le secret de cet éditeur de génie ?

Rockstar Games arrive à sentir ce qui fait l’ère du temps. Ou plutôt : ce dont les joueurs ont besoin. Si le plébiscite de la machine GTA (pour « Grand Theft Auto ») étonne moins – qui n’a pas envie d’incarner un criminel contemporain ? -, la réussite d’un jeu de western, genre cinématographique par excellence tombé en désuétude depuis la fin des années 50, interroge déjà un peu plus. Dans Red Dead Redemption 2, comme dans le premier opus, on incarne un hors-la-loi parcourant une map gigantesque à dos de cheval, dans une Amérique de la fin du XIXe siècle en voie d’industrialisation. Si cette promesse peut clairement exciter le cinéphile, ou le gamer puriste à même de vouloir tester les meilleurs jeux, ou les plus prometteurs, on est déjà plus circonspect à propos des autres joueurs, fans de FIFA, de Fortnite ou de Call of Duty, par exemple. Pas encore ouvert au jeu en ligne – qui sera activé « prochainement », sans plus de précisions de la part de l’éditeur -, RDR2 est pour l’instant « nu », et n’a que sa campagne solo à faire valoir. On peut y faire ce que l’on désire, comme dans tous les open world qui se respectent, mais avec l’excentricité de la saga GTA en moins : le studio ne propose pas une critique acerbe du monde contemporain, et n’autorise pas toutes les folies propres – pyrotechniques, par exemple – que cette critique-là légitimait. RDR2 présente un univers réaliste, autant que faire se peut, et exigeant dans son gameplay. Et malgré ça, c’est, encore, un carton.

Redéfinition du rapport au temps

S’il ne faut pas écarter l’aspect purement social de l’équation – Red Dead Redemption 2 a eu une promotion monstre et est devenu un produit culturel qu’il faut avoir -, son succès doit pouvoir s’expliquer, en grande partie, par ce qu’il incarne. A savoir un retour aux origines. Si le western est, stricto sensu, un genre – cinématographique – américain, l’influence culturelle de ce pays sur le monde n’est plus à démontrer, universalisant de fait l’intention du jeu. En proposant, huit ans après le premier opus, une aventure dans un monde pré-contemporain, dirions-nous, qui va même jusqu’à redéfinir le rapport du joueur au temps – nous allons y venir -, Rockstar Games touche au cœur, tutoie les sommets et, surtout, parle à tout le monde. Car il suffit de prendre la manette en main pour voir que ce jeu propose quelque chose de différent : une aventure hors du temps, au sens du temps défini par la société actuelle : « le temps, c’est de l’argent ».

Dans RDR2, le joueur peut faire ce qui lui plaît. Il est libre. Libre de pouvoir prendre littéralement trente minutes au coin du feu pour penser et préparer ses armes pour son prochain coup. Libre de prendre une heure pour errer sans but précis sur une map, avec un cheval dont il faut prendre soin et qu’on a nommé au préalable. Libre de pister un ours puis de le tuer. Ou pas. Libre, aussi, et pourquoi pas, de tuer tous les gens qu’il rencontre sur son passage.
De moins en moins libre de ces choix dans une société qui lui intime de gagner sa vie, le gamer peut, manette en main, reprendre le contrôle de la sienne. Fût-elle virtuelle.


Crédits photo de couverture : Rockstar Games

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