Culture

Retour sur l’été des séries tv

Les vacances sont terminées, c’est la rentrée. Il faut ranger les maillots et sortir les stylos. Mais pour ne pas déprimer tout de suite, faisons un petit retour sur l’été écoulé par le biais des quelques séries qui nous ont retenus devant nos écrans. Vous avez regardé Game of Thrones et The Defenders ? Mow Magazine aussi.

Avant d’aborder les deux plats de résistance, évoquons l’une des plus belles surprises de ces dernières années dans le monde des séries (et pas uniquement « d’animation ») : Rick et Morty. Le show de la chaîne Adult Swim, revenu pour une troisième saison, continue de déployer son univers d’une étendue vertigineuse dans un mélange fructueux d’humour, d’action et de science-fiction. Comme dans nombre d’autres séries, Les Simpson en tête, une famille dysfonctionnelle cohabite sous le même toit. Les diverses aventures auxquelles Rick, Morty et parfois Summer prennent part leur permettent d’échapper à un environnement familial pesant. Mais la série créée par Justin Roiland et Dan Harmon a ça d’intéressant qu’elle n’est pas conforme aux standards habituels : si les membres de la famille se retrouvent régulièrement après chaque aventure, ces rassemblements sont souvent amers et ne ferment pas les épisodes sur une note joyeuse, ou seulement ironiquement. Ici, le mal-être qui anime chaque personnage gravitant autour de la figure tyrannique de Rick est déchirant à constater (voir l’épisode Pickle Rick), et encore irrésolu. Cette mélancolie manifeste fait tout le sel de cette série qui se trouve être, en plus de tout ça, d’une créativité ébouriffante. Et qui va devenir assurément « culte », à n’en point douter, même si le terme, utilisé à tort et à travers, est dorénavant galvaudé.

Les Quatre Fantastiques

Le mastodonte Netflix, lui, a présenté mi-août The Defenders, la série calquée sur le modèle Avengers et qui rassemble les quatre super-héros Marvel ayant eu une itération solo sur la plateforme. Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron Fist défendent New York face à Alexandra, aka Sigourney Weaver, qui dirige l’organisation tentaculaire nommée La Main. Mais alors que les super-héros sont malmenés au cinéma à cause d’une logique sérielle exaspérante, où aucun film ne se termine vraiment pour pouvoir annoncer le suivant, Netflix avait réussi le pari de redonner au genre ses lettres de noblesse sur le petit écran. Notamment grâce à Daredevil, show intéressant dans la droite lignée de la trilogie Batman de Christopher Nolan.

La différence d’échelle entre le cinéma et les séries tv, principalement financier (une série n’a pas les moyens de montrer des destructions gigantesques), se reflète narrativement sur The Defenders, comme auparavant sur ses grandes sœurs (Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage, Iron Fist) qui présentaient des histoires à taille humaine ou à l’échelle d’une communauté. Cette différence de moyen replace naturellement la population au cœur des enjeux de ces surhommes et les fait renouer avec leur statut originel de héros populaires, qui défendent les habitants d’un quartier ou d’une ville, ici New York. Et pendant qu’Iron Man, Superman et consort fracassent un tas de buildings sans s’en apercevoir, les Défenders parlementent des minutes entières quand il s’agit d’en détruire… un seul. Cette perspective est rafraîchissante, surtout et évidemment quand on fait la comparaison avec les collègues nombrilistes du grand écran, qui en mettent plein la vue en détruisant tout sur leur passage. Mais cette différence de moyen apporte également son lot de contraintes, jusqu’à contrarier notre réception de The Defenders.

Netflix, probablement pour une question d’argent (il faut payer les cinq acteurs principaux et les innombrables seconds rôles), a réduit le nombre des épisodes à huit, au lieu des treize habituelles, compressant de facto l’intrigue. Celle-ci, en se déployant majoritairement par le verbe, et non par l’action, perd de son impact potentiel, notamment car les (tunnels) de dialogues n’ont pas eu la brillante idée de susciter notre intérêt, à défaut de notre ennui. Cette construction de soap-opéra freine donc rapidement notre engouement pour The Defenders, qui est à peine rehaussé par des scènes d’actions plutôt rares et peu lisibles, mais qui rendent efficacement compte de la force surhumaine des protagonistes principaux. Si l’on suppose que ce rassemblement super-héroïque va connaître une seconde saison, sur le modèle de ce que fait Marvel au cinéma, on espère que la prochaine fournée nous sera servi avec d’autres ingrédients autrement plus consistants.

Jeux du trône

Après avoir trop pris son temps durant trois saisons pas loin d’être soporifiques, Game of Thrones revient au galop. Dans sa septième saison, la série phare de HBO accélère le rythme (trop ?), réduit le nombre de ses épisodes, concentre sa narration sur l’essentiel, élimine le superflu et annonce sa fin prochaine. Lestée de tout ce qui était déplaisant (les sous-intrigues peu captivantes, le rythme lénifiant) et inutile (l’ultra-violence gratuite et la nudité racoleuse), la série s’élève et captive son audience comme jamais. Racés, concis, vifs, les épisodes de la saison 7 retrouvent le lustre d’antan, qui a fait le succès du show lors de ses trois premières saisons, et qu’on rencontrait ensuite par intermittence dans des épisodes isolés (La Bataille des Bâtards de la saison 6, par exemple). Jamais aussi efficace que quand elle mixe son intrigue avec des scènes d’actions spectaculaires, Game of Thrones dose plutôt subtilement ces deux ingrédients dans cette avant-dernière saison. Il ne reste donc plus que huit épisodes d’une longueur inédite (90 minutes) pour clore ces jeux de pouvoir à Westeros. Dans la dernière ligne droite, le show se ressaisit et désire finir en beauté. Et si Game of Thrones est assurément la série la plus emblématique de la décennie, elle entend manifestement en être également la meilleure.

Bon courage pour pousser Breaking Bad hors… du trône !


Crédits photo de couverture : © HBO

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