Mode

Riche et intense année modesque

«Incertaine, en changement, et éprouvante», tels sont les trois mots utilisés par le rapport BoF-McKinsey Global Fashion Survey pour résumer l’année 2016.

Un milieu repensé dans un contexte de crise, et un renouveau au sein des maisons

Il faut dire que l’année ne commençait pas sur les chapeaux de roue : dans un contexte de crise générale mondialisée, d’insécurité accrue, et à l’ère du toujours plus vite, la mode n’a pas été épargnée. En pleine mutation, elle est réformée dans sa manière d’être pensée, consommée et diffusée. En témoigne le phénomène du «see now/buy now», apparu en février, proposant de mettre en vente les vêtements dès la fin du défilé. Les partisans et les détracteurs prennent rapidement parti. La mode est scindée en deux écoles. Une vraie révolution qui ébranle un milieu traditionnellement bien conservé.

L’autre révolution, c’est la nomination de Maria Grazia Chiuri chez Dior en tant que directrice artistique. Poste laissé vacant depuis le départ de Raf Simons et assuré en intérim par Lucie Meier et Serge Ruffieux. Une grande première pour la maison.  Sa première collection en octobre amorce une nouvelle femme Dior, féministe et nullement intimidée. Car entre les rumeurs et les vraies sorties, 2016 aura eu son lot de départs et d’arrivées. Comme celui de Bouchra Jarrar chez Lanvin, succédant à Alber Elbaz, remercié après douze ans de bons et loyaux services. Mais la sortie qui a ébranlé le microcosme fashion en ce 1er avril (et on aurait aimé que ce soit une blague), c’est le départ d’Hedi Slimane chez YSL. Les fashionistas étaient tenues en haleine jusqu’à la nomination d’Anthony Vacarello, prodige de la coupe asymétrique et courte. L’esprit sexy et androgyne qu’Hedi avait insufflé à la maison est précieusement gardé. Notons également le départ de Peter Copping chez Oscar de la Renta, Peter Dundas chez Cavalli, Consuelo Castiglioni chez Marni, et l’arrivée de Raf Simons chez Calvin Klein. Un mercato intense mais nécessaire au renouvellement. Ainsi que les nouveaux talents, à l’instar de Grace Walles Bonner, lauréate du prix LVMH, et de Wataru Tominaga, lauréat du Festival de Hyères. De belles histoires à suivre.

© : Peter Lindbergh

Ce n’est qu’un au revoir

Si certaines commencent et s’annoncent prometteuses, d’autres se sont hélas terminées inopinément. Des grands noms nous ont quitté #instantkleenex. A commencer par Bill Cunningham, grand spécialiste de la photo prise sur le vif, à qui l’on doit le street style. Plus proche de nous, Sonia Rykiel a tiré sa révérence, créatrice d’une mode frivole et insolente, elle a participé à l’émancipation de la femme. Une autre dame, Franca Sozzani, papesse du Vogue Italie a succombé à la maladie. Elle aura contribué à faire connaître des photographes tels que Peter Lindbergh ou Bruce Weber. Et affiché ses prises de positions dans des sujets polémiques à travers des séries photos. Parmi elles, Makeover madness sur la chirurgie esthétique, et Black Issue, consacré aux mannequins noirs, objet de nombreuses critiques car pointant du doigt l’un des gros problèmes de cette industrie : le peu de diversité ethnique.

Une diversité qui est davantage représentée : sur 679 couvertures de 48 publications, 196 sont représentées par des gens de couleurs rapporte The Fashion Spot. La mode évolue et laisse sa place à chacun.

Un secteur fragilisé par les choix politiques

Cette année aura été résolument politique, la mode aussi. En juin, Vivienne Westwood et d’autres noms de la mode britannique se sont mobilisés en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’Europe. Finalement, le Brexit aura bien lieu, avec des conséquences sur l’industrie de la mode, comme une hausse considérable des produits de luxe, et une baisse de l’attractivité de Londres et ses établissements universitaires de renom pour d’autres villes. Est venu ensuite le débat enflammé sur le burkini, débat qui consterne autant qu’il amuse la presse étrangère. De l’autre côté de l’Atlantique, l’élection de Donald Trump aura également des répercussions. Plusieurs voix s’élèvent et refusent d’habiller la First Lady. Bonne nouvelle côté économie, puisqu’un rapport publié en octobre révélait que la mode pesait plus lourd que l’automobile et l’aéronautique réunis. De quoi faire taire les mauvaises langues …

La mode prend un ton décalé face à cette année sombre

De mauvaises langues, c’est ce dont il s’agit dans «Catherine Deneuve lit la mode». L’actrice donne vie aux tweets grinçants et remarques acerbes entendus par Loic Prigent durant les fashion weeks. Parmi elles «tu ne dis pas ‘rose’ mais ‘grenadine clair’», «souris mais avec les yeux, avec les dents c’est quiche», «un beau visage, mais faudrait éliminer le front», «la collection était hyper pute. je dis pute mais c’est pas péjoratif dans ma bouche». Ça envoie. Enfin, je finirai avec Google qui a dévoilé ses dix questions mode les plus posées. En première position, on trouve «comment couper les manches d’un tee-shirt ?», «comment devenir mannequin fitness ?» ou encore «que portaient les gens dans les 90’s ?». Aucun jugement, on google tous des choses inavouables, non ?

En bref : l’ouverture de la première boutique Suprême à Paris en mars // Vêtements qui défilait à la semaine de la couture en juillet // Le défilé Victoria’s Secret à Paris en novembre.

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