Mode

Rick Owens ou l’extase par la provocation

Plonger dans l’antre de Rick Owens c’est un peu comme arriver dans un monde où l’étrange baise avec l’interdit, ou le trash embrasse langoureusement le glamour, où les princes sont en toges ouvertes, pénis au vent, où les muses au teint cadavérique s’éclatent sur du métal pendant qu’il pleut du goudron et que les licornes ont des masques en cuir et des lances en acier…

Homme admiré pour sa folie sans limite, ses inspirations sombres et ses créations frisant l’inacceptable, qui se cache derrière l’incontournable créateur que Rick Owens est aujourd’hui ?

Un physique d’Indien apache à la longue chevelure noire de jais, tatoué, percé, il paraît être un roi des steppes, tout droit sorti du bagne. Né en 1962 en Californie, Richard Saturnino Owens est issu d’une famille de prolos conservateurs entourée de grenouilles de bénitier. De nature timide et efféminée, il se sent rejeté par des proches moqueurs. Il part alors étudier la mode et le design à l’Otis/Parsons de Los Angeles pendant deux courtes années dont il s’échappe bien vite pour lancer sa marque éponyme dès 1994, et voler de ses propres ailes.

En 2001 son univers déjanté émoustille le groupe de manufacture italienne Eo Bocci Associati qui le signe, ce qui lui permet alors d’avoir un réseau de distribution à l’international. La même année c’est notre queen Kate en personne qui porte l’un de ses cuirs, shooté par Corine Day dans le Vogue français, puis la muse décalée Kembra Pfahler sous l’objectif  d’Annie Liebovitz pour le Vogue US. Dès lors adoubé par le microcosme fashion, la papesse Wintour lui finance son premier défilé qu’il présente à la fashion week de New York en 2002 pour la saison printemps/été 2003. Ses homologues américains lui décernent le prix de meilleur espoir du très réputé CFDA , suite à la présentation de ses prometteuses créations.

Dès ses prémices, c’est un outsider au style underground, punk, sombre et rock ‘n’ roll qui travaille les matières en les charcutant pour obtenir les pièces déstructurées qu’il affectionne tant. Architecte du vêtement aux inspirations sportswear, il est l’anti-fashion même tiré des années 90. Il joue avec les matières, textures, volumes, le noir demeurant son éternel allié. Il décrit son travail comme « la rencontre entre Frankestein et Garbo, tombant amoureux dans un bar SM. »

L’homme au 1000 fantasques

Afin de mieux comprendre l’univers de notre maître incontestable du buzz, voici une liste non-exhaustive de ses prestations les plus provocantes :

Défilé prêt-à-porter homme : printemps/été 2014

Attention les tympans, âmes sensibles s’abstenir. En invité d’honneur, spécialement venu de leur Estonie natale pour ravir vos délicates oreilles, le groupe de métal punk les « Winny Puhh » ouvre le bal à l’arrivée des mannequins, puis officie comme bande son du show. Le ton est donné pour un printemps plutôt agressif !

Look du défilé homme ss14 par Matt Reeves

 

Défilé prêt-à-porter femme : printemps/été 2014

Les codes de la mode, on les emmerde, et bien profond. Adieu l’alignement de grandes tiges aux jambes interminables. On assiste ici à un défilé-spectacle : fraîchement arrivées des States, une troupe de danseuses noires, métisses, rondes, aux muscles saillants, nous font une chorégraphie de stepping en guise de défilé ! (cf : danse inspirée du hip-hop durant laquelle le corps est utilisé comme instrument de percussions).

Final du show, photo pour Dazed Diggital

 

Défilé prêt-à-porter homme : automne/hiver 2015-2016

Nous sommes en pleine fashion week parisienne, les premières silhouettes commencent à déambuler le long du catwalk quand, soudain, un mannequin apparaît vêtu d’une longue robe laissant apparaître… son sexe ballant ! Tunique en réalité renversée, la découpe faite pour la tête laisse l’entrejambe apparente. A la fin du show, on aurait même pu décerner l’award du phallus le plus tendance.

Look du défilé homme FW 15/16 pour leparadox.com

 

Défilé prêt-à-porter femme : printemps/été 2016

Depuis quelques temps, en matière de tendance ON ADOREEE les superpositions, ce qui bien évidemment n’a pas échappé à Rick Owens, qui le revisite à sa façon. Avec lui on voit alors des superpositions de mannequins : version accessoires, portées en sac à dos, les looks se succèdent et sur chaque mannequin, une autre nonchalamment sanglée mise en koala humanoïde fashion. L’humain devient accessoire de mode. On vous laisse vous délecter du rendu des positions.

Look du défilé ss16 de François Guillot pour Getty Images

 

Merchandising du corner de Hong Kong

Dans sa boutique de Hong Kong, Rick a choisi une décoration pour le moins originale. Jamais en manque d’humour et toujours avec une bonne dose d’auto-dérision, le mobilier de ce flagship est composé de chaises et tables à son effigie dans des postures de soumission. Un mannequin en silicone posté à quatre pattes, les muscles tendus, supportant une plaque en verre sur son dos : voici un exemple de table que vous pourrez voir dans ce magasin. Toutes ces réalisations sont un hommage à l’oeuvre Hatstand, Table and Chair de l’artiste Allen Jones, réalisé en 1969.

Table en silicone et verre par JOYCE

Clip de Christeene « BUTT MUSCLE »

Quand deux empires de la provocation décident d’allier leur folie, le résultat ne peut être que spectaculaire. Âmes sensibles s’abstenir, moins de 18 ans, fermez immédiatement cette page. Pour la réalisation de son dernier clip sorti en janvier 2017  sur le thème de la libération anale, la chanteuse américaine Christeene met en scène un Rick Owens aux allures de Gollum, les yeux exorbités, la mine possédée s’adonnant à des activités sexuelles pour le moins particulières, fesses claquées et pataugeoires de flaques blanches à profusion. Sa femme Michèle Lamy l’accompagne dans ce jeu où l’objet de coït anal se trouve être la longue tignasse noire de notre prince des ténèbres, et où l’on voit un Rick en Manneken-Pis urinant en toute liberté dans la bouche d’un homme qui, quelques plans plus tard, se révèle être…. lui même !
Pour les plus téméraires, enjoy : https://vimeo.com/200916466

Photo pour Hypebeast

On espère vous en avoir présenté suffisamment sur Rick Owens pour que vous vous penchiez sur le reste de ses réalisations. Qu’on aime ou qu’on déteste, il reste le maître incontestable de la démesure dans la mode et nous vous devions une présentation de ce grand personnage. Keep in touch, qui sait ce qu’il nous réserve pour la suite !

 

Fashion editor / stylist, basée à Paris http://faneliepatras.weebly.com/

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