Culture

La saga Star Wars doit-elle continuer ?

En 2012, la franchise Star Wars a quitté les mains de son créateur, George Lucas, pour passer entre les griffes de Disney pour la modique somme de 4 milliards de dollars. Après la sortie en 2015 du film de J.J. Abrams, Star Wars VII : Le Réveil de la Force, la franchise intergalactique revient avec un spin-off, le premier d’une série de films dérivés qui va nous permettre de patienter entre l’épisode 8, prévu pour 2017, et le 9, prévu pour 2019. Oui, nous en avions bien besoin, n’est-ce pas…

Quand bien même les énormes chiffres du box-office le présente comme un événement, le titre de ce spin-off indique l’importance toute relative qu’il faut lui accorder. Rogue One : A Star Wars Story, donc littéralement « une histoire de Star Wars », ce qui signifie une histoire parmi d’autres. Voire une histoire sans importance particulière ?

Rogue One : An Insignificant Story

Ce Rogue One se résume… en une phrase, apparaissant dans le bandeau déroulant du film originel de George Lucas, en 1977 : « Des espions rebelles ont réussi à voler les plans secrets de l’arme ultime de l’Empire, l’Etoile de la mort, une station spatiale blindée avec assez d’énergie pour détruire une planète entière. » L’histoire du film est tirée de là et Rogue One ne raconte rien de plus que ça. On suit donc les péripéties de Jyn Erso, une aventurière qui rejoint l’Alliance rebelle pour voler les plans de l’Etoile de la Mort, dont son père en est le principal architecte.

Autant le dire tout net : le seul intérêt du film sont les légères variations apportées à l’univers Star Wars et personnifiées par Forest Whitaker et Donnie Yen. C’est-à-dire un acteur en roue libre, qui a une maigre participation mais qui est remarqué par son outrance, et un autre qui fait du kung-fu avec un bâton. On peut assurément dire que pour le dernier exemple, c’est du jamais-vu dans un Star Wars. Quand bien même elle pourrait être teintée de cynisme – une star hongkongaise pour percer sur le marché asiatique ? -, cette nouveauté retient l’attention car pour le reste, on nage en terrain connu. Et c’est l’indifférence qui prédomine. Entre les batailles spatiales vues de nombreuses fois ailleurs et une tripotée de personnages à peine esquissés et qui n’intéressent absolument pas, que peut-on bien retenir de cette itération avant le prochain épisode, prévu l’an prochain ?

Les Temps Modernes

En 1977, le succès de Star Wars reposait certainement sur beaucoup de critères, mais il y en a un qui vient particulièrement à l’esprit : son caractère novateur, quand bien même il était un agrégat de références diverses. Ce caractère, accouplé à un effet de surprise, puisque personne ne pariait un kopeck sur le succès du film, a créé un phénomène mondial. Ce dont il faut se rendre compte, c’est que les films actuels et les prochains ne pourront jamais atteindre ce degré de réussite. Et on ne parle pas de recettes au box-office, mais d’impact sur l’imaginaire collectif.

Les réalisateurs des nouveaux films sont déférents envers l’univers qu’ils investissent mais ne pourront jamais le surpasser créativement. Aucun personnage n’égalera Yoda, Han Solo, Luke Skywalker ou, bien sûr, Dark Vador. Il n’y a qu’à voir Kylo Ren, le méchant principal de l’épisode VII, pour se convaincre qu’ils n’essaient même pas d’y arriver, le personnage étant lui-même perturbé par l’ombre trop imposante de cette figure tutélaire. De même, aucune scène n’aura l’ampleur du « Je suis ton père » de l’épisode V. Tout autant qu’aucune relation amicale entre les personnages n’aura la force de la dynamique relationnelle qui unissait Luke-Han Solo-Leia. Les nouveaux Star Wars s’attaquent à des mythes en ayant un statut d’ersatz. Disney exploite un filon dont le seul horizon est le profit, pas la créativité. Au final, quel est l’intérêt de se précipiter dans les salles chaque année pour constater qu’ils ne feront jamais mieux que la trilogie originale ?

En 1946, André Malraux terminait son ouvrage sur l’esthétique du cinéma par ses mots : « Par ailleurs, le cinéma est une industrie », signifiant par là que bien qu’étant un art, le cinéma était aussi un divertissement qui devait trouver son public pour pérenniser.

En 2016, le cinéma est toujours une industrie et, avec Disney et Marvel, l’est plus que jamais.


Crédits photo de couverture : Copyright Lucasfilm Ltd

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