Mode

Premières impressions sur le défilé Saint Laurent par Vaccarello

Je l’ai pleuré, Hedi, quand Kering a annoncé son départ. Maître des élégances de la maison pendant 4 ans, Hedi Slimane ne renouvèlerait pas son contrat chez Saint Laurent en ce mois d’avril 2016. Dans les jours qui suivirent la sentence, Anthony Vaccarello était nommé successeur du designer américain. Perdue et embuée, les larmes brouillant l’écran de mon téléphone sur lequel s’était affichée la notification du Monde, je me suis demandée ce que Saint Laurent allait devenir.

La fin d’une ère

Plus rien n’était certain car le parfait successeur d’Yves (#sorrynotsorry Tom Ford) tirait sa révérence à la maison qu’il avait redressée, redynamisée tant sur le plan créatif qu’économique. Il était allé jusqu’à renommer la marque, faisant tomber le « Yves » pour ne conserver que le Saint Laurent », comme un acte manifeste de sa volonté de modernité. Un nom plus court pour un esprit plus pointu, résolument dans l’ère du temps, plus rock et grunge, plus Hedi, en un mot.

Un esprit retrouvé au long de ses collections, que l’on imagine aussi bien portées par ses muses indés aux profils de femmes-enfants fatales, fragiles et androgynes que par Loulou de la Falaise ou Béatrice Catroux. L’histoire de la marque prenait un tournant, et j’attendais avec avidité ce mardi 27 septembre, jour de présentation du défilé printemps-été 2017.

Vaccarello, un successeur crédible

Stupeur et tremblements. Doué, sans aucun doute, Vaccarello est bien dans la ligne d’Hedi Slimane, un peu rock, un peu underground, un peu bien léché et fan d’Anja Rubik et de ses lignes très fines, très angulaires, à la fois masculines et irrésistiblement féminines. Jusqu’ici tout va bien. Un peu partagée, je ne me suis pas prononcée immédiatement sur la suite de l’affaire. Vaccarello a une patte bien à lui, à coup de silhouettes aux coupes tranchées et certaines, habit d’une guerrière urbaine provocante et sûre d’elle. Rien à redire, mais peu enthousiasmant, surtout quand les défilés Vaccarello se succèdent et finissent par tous se ressembler (le motif étoilé, j’ai cru en être étourdie plus d’une fois à chaque collection).

L’impatience se faisait donc trépignante à l’approche de la date fatidique de la présentation du show Saint Laurent par Vaccarello… et enfin, le D Day (comprendre « défilé day », of course) est arrivé. Et alors j’ai vu. J’ai vu un nouveau concept, sur lequel je n’ai pu mettre qu’un mot : Vaccarellaurent. Je l’accorde sans gêne, le néologisme n’est pas très beau. Mais attendez que je l’explique et vous comprendrez.

Un peu, beaucoup… mais pas passionnément : une collection inégale

Vue backstage du défilé Saint Laurent printemps-été 2017 par Anthony Vaccarello
Vue backstage du défilé Saint Laurent printemps-été 2017 par Anthony Vaccarello

La collection est sympathique, oui. Les cuirs, et le denim, et la dentelle, et les découpes, et les drapés, et les décolletés, et les transparence, et le noir partout, et la bohème de vestes vintage, et le masculin-féminin… les codes d’Yves Saint Laurent sont présents dans les silhouettes qui foulent le catwalk, dont certaines sont vraiment désirables. La rupture avec Slimane est entendue: moins d’extravagances pailletées, moins de mannequins à l’IMC borderline… mais aussi un peu moins de génie, je dois l’avouer. Le roi du motif étoile ne fait pas d’étincelles et les pièces sont un peu toutes déjà vues. Oui l’esprit YSL est là, mais où est l’énergie, le statement esthétique ? Ce que l’on retrouve surtout, c’est du Vaccarello empreint d’une patte Saint Laurent avec laquelle il a voulu jouer sans vraiment réussir à faire quelque chose de fini. Le designer fait ses premiers pas dans la maison à tâtons, offrant une collection inégale qui ne procure en définitive aucun frisson. Anthony Vaccarello a fait du bon travail (c’est beau, du Vaccarello, non?), mais il a fait surtout ce qu’il savait faire. On les attendait ces robes mini en cuir. On se doutait de l’arrivée des bombers XXL sur jupe à longueur XXS. De celle des longueurs asymétriques, des tissus glitter. La maison nous livre un très beau défilé où l’on ne peut absolument pas renier un esprit YSL, mais il y manque quelque chose.

Ce n’est pas pour autant déçue que je passe en revue pour la énième fois les looks de cette collection printemps-été 2017, parce que l’on sent qu’un potentiel est là, vraiment. Anthony Vaccarello a l’étoffe (sans mauvais jeu de mots) nécessaire pour reprendre brillamment Saint Laurent, et y ajouter sa patte tout en créant l’excitation, enfin, à la découverte des silhouettes sur le prochain podium. Et je n’ai qu’une hâte, celle d’être au mois de mars pour les collections d’automne, et peut-être alors être assurée qu’Anthony est digne de la ligne d’Yves et Hedi. À voir.

Rédactrice mode et beauté -- @mauddbs sur instagram

Envoyer à un ami