Culture

Scylenedesign : un Insta lyonnais drôle, beau et fun

Petite recommandation de Mow pour nos lecteurs qui ont du goût et qui possèdent – ou pas – un compte Instagram : au lieu de suivre une énième fitgirl qui a un corps de rêve que vous n’aurez jamais – ça va, on blague, détendez-vous -, allez follower Scylenedesign. Vous y trouverez de belles images et probablement de quoi vous marrer un peu.

La Lyonnaise qui se cache derrière ce compte, Hélène, a d’abord été ravie quand on lui a annoncé qu’on voulait toucher deux mots à nos lecteurs à propos de ces créations visuelles. Puis elle s’est faite soudain hésitante, arguant qu’elle devait « mieux faire avant ça. » Si on comprend évidemment son exigence vis-à-vis d’elle-même, qui explique notamment la qualité de ce qu’on trouve sur son compte, on a insisté, tant il nous a séduit, et ça a payé – la preuve, vous lisez cet article.

Composé de plus de cent publications, l’Insta Scylenedesign, qui comprend les contractions du prénom et du nom de l’auteure, ravit les mirettes. Il faut dire qu’Hélène marrie avec aisance une sensibilité artistique certaine – même si elle affirme ne pas être « une artiste », on n’est pas obligé de la croire -, avec un humour efficace, parfois discret ou assez franc.

Ses images, qui sont majoritairement des collages, se découpent schématiquement en deux périodes : la première, d’une moindre portée que la seconde, traite d’une esthétique qu’elle qualifie de « girly ». Elle évoque des rêveries adulescentes où une femme en devenir se réapproprierait des iconographies modesques et publicitaires pour en décupler la portée en les mêlant à une imagerie souvent cosmogonique. A la recherche de la belle image, ses compositions sont aériennes, rendant compte d’une humeur légère et apolitique : des femmes bronzent autour d’une piscine de nuages blancs ; un couple danse dans un paysage lunaire ;  une femme s’étire dans son lit en stationnement devant la Terre…

Mode, Le Cri et amour déçu

La seconde période, qui fait suite à quelques détournements isolés – dont une noix de coco Chanel –, fait se confronter des images généralement tirés de l’histoire de l’Art avec un signe de contemporanéité, créant des situations anachroniques qui provoquent le rire et permettent, parfois, de dévoiler la réalité banale voire crue derrière les clichés. On trouve, pèle-mêle, deux femmes d’époque qui flânent sur un smartphone en espérant que le mâle qu’elles zieutent dessus soit « bien monté » ;  Janet Leigh du Psychose d’Alfred Hitchcock insérée dans Le Cri d’Edvard Munch ; La Joconde dans une rame de métro sale et remplie de graffitis ; des amants très début du siècle qui papillonnent à une table, avec le like en forme de cœur d’Instagram au-dessus de leur tête…

Ce moment actuel de son travail, qu’on estime brillant, fait en somme se percuter des concepts antinomiques : généralement ultra-modernité et classicisme (esthétique), régulièrement innocence et cynisme, parfois enfance et âge adulte. L’exemple parfait illustrant cette dernière occurrence est Peter Pan, les bras ouverts, entouré de trois sirènes, avec en bas de l’image le logo… « Brazzers », un site qui fournit des vidéos pour adultes – avions-nous besoin de préciser, petit(e)s coquin(e)s ? Les héroïnes Disney, souvent princesses en devenir, sont elles souvent insérées dans des situations qui appliquent un net contrepoint à l’image de la femme véhiculée par ces productions à l’idéologie dépassée, si ce n’est rétrograde. Si elle ne s’est jamais décrite comme féministe auprès de nous, cette récurrence, tout comme son désir affirmé d’être drôle pour ne pas laisser aux hommes cet apanage – « Les femmes aussi peuvent faire rire ! » –  se lit comme une note d’intention pas dénuée d’une certaine portée politique.

Si la thématique de l’amour déçue, et plus généralement de la cruauté des relations humaines, est explorée avec entêtement, c’est moins pour ouvrir les yeux de quelques amoureux illusionnés que pour faire (sou)rire de situations somme toute universelles. D’autant que ce rire ne s’interdit pas d’être cruel ou particulièrement noir, ce qui n’est pas le moins séduisant des aspects de Scylenedesign.

Créé en 2017, ce compte Instagram tend d’ailleurs à évoluer, à nouveau. C’est en tout cas le souhait de celle qui l’anime dorénavant par désir affirmé, alors qu’elle l’a initialement ouvert en tant que loisir qui aurait pu demeurer provisoire. De notre côté, on suivra cette évolution avec une attention certaine.

Vous devriez faire de même.

 


Crédits images : Scylenedesign / Hélène Sancey

Lien : https://www.instagram.com/scylenedesign/

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