Culture

Pourquoi la série sur l’assassinat de Gianni Versace est décevante

Alors que le public s’attendait à observer sous toutes les coutures le célèbre créateur de mode dans la deuxième saison d’American Crime Story, à cause de la promotion axée sur Gianni Versace et sa sœur Donatella, il n’en est finalement rien. Loin de satisfaire les attentes, The Assassination of Gianni Versace s’attarde en effet majoritairement sur… Andrew Cunanan, son assassin.

La première saison d’American Crime Story, sous-titrée The People vs OJ Simpson, racontait l’effervescence médiatique qui avait entouré l’affaire OJ Simpson, star du sport américain accusée en 1994 des meurtres de son ex-femme et de l’amant de cette dernière. Brillamment scénarisée et interprétée, cette première salve de dix épisodes était un petit bijou d’intelligence qui nous faisait trépigner d’impatience pour la suite. Les décideurs du show, notamment à l’origine de la série horrifique American Horror Story, avaient en effet très vite révélé les sujets des trois saisons suivantes, dotées d’un très fort potentiel : l’assassinat de Gianni Versace, l’ouragan Katrina et enfin, l’affaire Lewinsky-Clinton.

Celle qui nous est parvenue en premier, en 2018, et l’histoire du meurtre du créateur de mode italien par un tueur à série, Andrew Cunanan, joué dans le show par Darren Criss (Glee). Basée sur le bouquin Vulgar Favors : Andrew Cunanan, Gianni Versace and the Largest Failed Manhunt in U.S. History de Maureen Orth, la saison 2 se concentre sur les possibles motivations du tueur, qui demeurent en réalité très mystérieuses. La série, pour tenter de déchiffrer ce personnage énigmatique, nous narre tout bonnement une partie de sa vie, en neuf épisodes. Sauf que vendue comme la série sur l’assassinat de Gianni Versace, le show évoque en réalité la vie de son assassin. Ce qui, vous nous l’accorderez, n’est pas exactement la même chose.

The Assassination of American Crime Story

La première saison proposait une mise en abyme que nous estimions brillante : le spectateur (que nous étions) était tenu en haleine par une série qui discourait précisément de la fascination du public pour une affaire médiatique, en l’occurrence l’incroyable histoire d’OJ Simpson, de son escapade en voiture sur l’autoroute après le meurtre de sa femme, jusqu’à son procès, le tout retransmis en direct à la télévision américaine. Le voyeurisme envers cette histoire, légitimé à l’époque par l’appareillage médiatique la relayant, était à la fois parfaitement retranscrit dans la série, grâce à une écriture brillante, et par le succès du show, dont la thèse était de facto validée : l’histoire ultra-médiatique d’OJ Simpson avait définitivement fait entrer nos sociétés contemporaines dans une nouvelle ère – celle de la téléréalité -, et une série racontant cette histoire ne pouvait que connaître le succès à l’heure de la prolifération de ce format, ou la pathétique vie de Kim Kardashian et de ses sœurs délurées est épiée par des millions de personnes dans le monde, par exemple.

Mais la seconde saison, elle, perd partiellement cette vertigineuse double lecture, et donc le sel du show. Il est indéniable qu’on peut lire le refus de la série de s’attarder sur ce qui intéresse réellement le public (l’assassinat de Gianni Versace et ses conséquences médiatiques, soit la traque du tueur) comme une volonté de le faire se questionner sur son appétence pour un voyeurisme à tendance morbide : pourquoi sommes-nous à ce point curieux à l’idée de voir une célébrité être tuée, et son assassin pourchassé ? Et pourquoi ressentons-nous une intense frustration quand l’on doit suivre le parcours avant le meurtre d’Andrew Cunanan, gigolo brillant devenu tueur, qui est profondément perturbé par le modèle de réussite imposée par cette Amérique-là, où il ne faut pas être autre chose qu’un blanc hétérosexuel, lui qui est un gay d’origine asiatique ?

Ceci n’est pas une série sur Gianni Versace

Ce choix narratif rappelle, certes, le discours élaboré dans la première saison sur le rapport de la population aux médias, mais au prix d’une frustration assez intense, à la fois en tant que tel – le public n’est pas venu voir ça -, mais aussi en raison du peu d’intérêt suscité par la moitié des épisodes de cette saison, qui évoque tout sauf ce qui est promis par son titre (The Assassination of Gianni Versace). Le discours de la série sur l’hypocrisie de la société américaine envers ses diverses sous-communautés, qui doivent tout bonnement vivre cachées pour vivre heureuses, étant vite compris par le spectateur, l’intérêt s’érode rapidement à mesure que le show explore le parcours du tueur, ainsi que de ces trois premières victimes, dans ce qui sont indéniablement les pires moments de cette saison 2. Reste, comme dans la première saison, des performances d’acteurs majuscules, notamment celles d’Edgar Ramirez et de Penelope Cruz, troublants de mimétisme dans les rôles de Gianni et Donatella Versace, qui nous font d’autant plus regretter que le show les délaisse un peu trop au profit d’Andrew Cunanan.

Néanmoins, si vous aimez plus les assassins perturbés que les génies de la mode, et qu’on ne vous a pas raconté déjà mille fois le parcours d’un tueur en série, cette saison vous est bel et bien destinée.


Crédit photo de couverture : Ray Mickshaw-FX.

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