Culture

Social Recluse : « Football, musique, Adidas : tout est interconnecté »

 

Commençons par le début : pouvez-vous décrire votre travail et, plus grossièrement, le concept de Social Recluse ?

Au départ, j’ai lancé Social Recluse en tant que marque de vêtements. L’idée était de sortir une petite quantité de t-shirts pour chaque collection, de manière à avoir ce côté « édition limitée ». J’ai donc fait ça pour commencer. Ensuite, j’ai eu envie d’explorer d’autres formats que le simple t-shirt. Je me suis alors tourné vers l’impression giclée et la sérigraphie (deux techniques d’impression, nldr) pour donner naissance à des affiches et posters.

Mon travail est plutôt minimaliste. J’aime bien jouer avec l’espace dans une œuvre, de manière à ne pas trop en mettre. J’ai lu quelque chose une fois qui disait « La perfection n’est pas atteinte quand il n’y a plus rien à rajouter, mais quand il n’y a plus rien à enlever ». J’aime bien cette phrase, et elle résume assez bien l’idée que j’ai du graphisme.

 

Pourquoi avez-vous choisi ce nom, Social Recluse ?

Choisir un nom n’a pas été chose facile. C’était comme nommer son premier enfant. Je voulais quelque chose de différent et nouveau, mais que l’on ait le sentiment que ça ait toujours existé. L’idée derrière le nom était de mixer deux entités opposées pour en créer qu’une seule. J’ai pensé à deux ou trois noms, mais rien de très convaincant. Et puis je me suis réveillé un matin avec ces deux mots qui tournaient en boucle dans ma tête : Social Recluse.

J’aime ce mot « social », « socialiste ». Quand j’étais enfant à Glasgow dans les années 80, il y avait une tonne de chômage à cause de la politique de Thatcher et de son gouvernement. Le social est né quand les gens n’avaient pas de travail. Ce « social » est gravé dans ma mémoire depuis mon plus jeune âge.

 Comment avez-vous évolué au fil de votre carrière, avez-vous eu des moments clés ?

J’ai d’abord commencé par les t-shirts avant de faire les posters. Ma toute première œuvre a été un t-shirt « Mai 68 ». D’ailleurs, le logo de Social Recluse vient de là. Le dessin était basé sur les émeutes de 68 à Paris et il a largement était influencé par la chanson des Stone Roses « Bye bye bad man ». J’avais donc, au tout début, quelques t-shirts assez simples que je vendais sur les marchés à Glasgow.

J’ai ensuite commencé à dessiner des Adidas Superstars, Munchens et Trimm Trabs. J’ai toujours été attiré par ces trois bandes de la marque. D’ailleurs, les maillots de foot des 70’s et 80’s font partie de ma jeunesse. Les équipes étaient tellement plus cool à l’époque avec ces bandes blanches sur leurs épaules.

À l’époque où je commençais à dessiner ces chaussures, un ami à moi lançait « Mani CSC ». C’est une sorte de fan club de Mani, qui est un membre (bassiste, nldr) des Stone Roses et de Primal Scream. Cet ami m’a donc mandaté pour que je dessine le t-shirt du club. C’est à cette époque que j’ai posé mon premier dessin d’Adidas sur une de mes oeuvres. Ce t-shirt s’est par la suite vendu à Glasgow, Dublin, New-York ou encore Sydney. J’ai ensuite été invité à exposer mes œuvres lors d’un événement juste avant le concert des Stone Roses à Glasgow. J’avais, pour l’occasion, créé un t-shirt avec des paroles des Stone Roses et une Adidas Manchester. Ce soir-là nous avions tout vendu. J’avais enfin trouvé le bon concept, celui d’allier musique et vêtements.

 

Ce n’est pas forcément évident pour tout le monde : pourquoi allier des groupes de musique, des chaussures et du football ?

En tant que designer, quand je réfléchis à des idées j’essaye toujours de penser à tout une gamme d’application plutôt qu’à une seule. Néanmoins, cela ne m’empêche pas de dessiner des choses qui me passionnent. Le football et la musique sont liés l’un à l’autre. Ils sont comme frères. Les deux sont des échappatoires pour la Working Class (sic.). On a tous une équipe de foot préférée et un groupe de musique préféré. Quand j’écoutais les Stone Roses en 90, je savais que la musique avait du style. Pour moi comme pour les autres, Adidas était le cœur de tout cela. Football, musique, Adidas : tout est interconnecté.

Il y a des personnes qui dessinent des chaussures au Royaume-Uni, mais je ne crois pas que quelqu’un ait déjà eu l’idée d’allier tout ça sur un poster ou un t-shirt. C’était une idée toute simple, où j’ai rassemblais les choses que j’aimais.

J’ai donc créé toute une série de t-shirts et d’affiches qui rassemblent mes groupes favoris, leurs paroles et les Adidas de ces époques. J’ai fait les Smiths, Oasis, New Order ou encore 808 State par exemple.

 

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 Je suppose que les courants Britpop et Madchester ont eu une grande influence sur vous : est-ce que c’est tout cet engouement qui a été l’élément déclencheur de votre projet ?

Oui c’est évident. En 1990 je voyageais aux Etats-Unis pour jouer au foot. Le jour où je suis parti, les Stone Roses jouaient leur fameux concert « Glasgow Green ». J’ai donc acheté leur album à l’aéroport de Glasgow pour l’écouter sur mon walkman. Il a tourné en boucle pendant tout mon séjour d’un mois aux USA. Quand je suis revenu à Glasgow, j’ai senti que tout avait changé. Ce concert avait tout changé là-bas. Les Stone Roses, Primal Scream et les Happy Mondays occupent une grande place dans ma vie.

 

Comment arrivez-vous à encore susciter de l’intérêt pour vos œuvres alors que la Britpop est morte il y a plus de 15 ans déjà ?

Definitely Maybe, Screamadelica, The Stone Roses, Pills Thrills & Bellyaches : ce sont toujours des albums géniaux, même aujourd’hui. Les groupes de House des années 89 et 90 ont influencé de nombreux groupes et personnes. Les films comme Trainspotting font perdurer cet esprit-là. Cela fait peut-être 15 ans que la Britpop est morte, mais cette musique est toujours aussi pertinente. Les jeunes sur les terrasses des pubs aiment toujours autant leurs habits, leurs musiques et leur football.

Durant les 10 derniers mois j’ai vu les concerts de Noel Gallagher, New Order, Primal Scream, The Stone Roses et des Happy Mondays. Croyez-moi, le public est toujours autant passionné.

 

 

 Quel est votre processus créatif ? Comment faites-vous pour passer de la page blanche à une œuvre aboutie ?

Je crois que je m’immerge dans mes créations. Je ne fais pas tout à mille à l’heure. Je commence, je change, je laisse reposer, puis j’y retourne. Je réfléchis beaucoup, mais je prends mon temps. Je laisse murir une idée jusqu’à ce que ma tête soit pleine. Ensuite, tout ressortira peu à peu, jusqu’à ce que je sois satisfait de ce que j’ai fait. Je m’inspire beaucoup de Peter Saville, qui était designer chez Factory Records et a travaillé sur tous les projets de Joy Division et New Order.

 

 Avez-vous déjà collaboré avec d’autres artistes ? Avez-vous déjà été tenté par ça ?

Non, pas encore. Mais j’aimerai beaucoup le faire. Il y a des designers géniaux et des artistes qui font du travail génial par ici.

Il y a Sergeant Paper à Paris qui ont choisi quelques unes de mes œuvres pour leur projet « Poster FC ». J’ai dessiné une affiche de match de foot, mais j’ai fait en sorte que ça ne ressemble pas à une affiche typique de match. Ces affiches, Futbol Prints, sont largement influencées par le design Suisse et Allemand.

J’ai aussi dessiné et imprimé (à la main) une collection de 50 affiches numérotées pour le 50ème anniversaire de la victoire de l’Angleterre à la Jules Rimet World Cup l’ancêtre de la coupe du monde de la FIFA, nldr).

 

LIVERPOOL 2005

 

Vous vivez et travaillez à Glasgow : comment se porte la scène artistique là-bas ?

Ouais, Glasgow est une ville très créative. La musique par ici est très en forme, avec beaucoup de groupes actifs. King Tuts et The Barrowlands sont deux salles de concerts très réputées par ici, et même à l’international. Aussi, le public de Glasgow, quand il est au top de sa forme, est une chose à voir au moins une fois dans sa vie !

On a aussi la mondialement connue Glasgow Art School, qui génère de nombreux événements artistiques dans la ville.

 

Pour terminer, avez-vous des plans ou des projets pour le futur ?

Oui. J’ai un magasin qui va ouvrir dans 3 semaines. Le shop sera sur King Street, à Glasgow. J’ai aussi mis en place un magazine appelé XY&Z, qui devrait sortir à la fin du mois. On va aller sur Liverpool en novembre pour participer au Laces Out (festival de baskets, nldr), pour la troisième fois de suite. Liverpool, Manchester et Glasgow sont des villes tellement similaires. Là-bas, on a tous la passion de la musique du foot et des Adidas. Je pense que ça doit être notre côté Working Class. Je fais aussi le design pour le Celtic Football Club, je vais faire en sorte que ça continue et que ça marche mieux.

Mais bon, dans tout ça je vais surtout me concentrer sur l’ouverture de notre magasin, et je vais aussi chercher de nouveaux partenaires.


 

 

Vous pouvez trouver son travail ici et l’acheter ici et .

 

Toutes les photos sont de The Social Recluse. Tous droits réservés.

 

Étudiant journaliste en troisième année, j'aime les beaux mots et la jolie musique.

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