Culture

The Walking Dead : la série s’est-elle zombifiée ?

The Walking Dead a clos sa septième saison dimanche. La série de la chaîne AMC n’a jamais été autant critiqué et son audience n’a jamais autant chuté au cours d’une même saison. Mais est-ce réellement mérité ? Attention, légers SPOILERS.Dire que The Walking Dead est regardée par des spectateurs (de moins en moins nombreux, certes…) est une assertion banale. Mais nous dirions également que The Walking Dead regarde ses spectateurs, et cela de manière un peu trop appuyée. Au fil des saisons, la série a puisé sa force dans sa capacité à galvaniser son audience. Mais pour cela, elle n’a jamais hésité à sacrifier sa cohérence et sa vraisemblance sur l’autel de l’effet, du frisson, du ressenti. Ce qui peut poser des problèmes aux esprits les plus chagrins, comme celui de votre serviteur, qui ne peuvent s’empêcher de voir les déséquilibres dans la narration ou la pénible volonté de faire ressentir des émotions de manière artificielle.

Mettre le spectateur au centre des enjeux force la série à constamment adopter des techniques d’écriture ringardes, basées notamment sur le suspense, souvent étiré ad nauseam, et le cliffhanger. Des outils narratifs évoquant clairement Lost (2004-2010), pour qui les réponses étaient beaucoup moins importantes que les questions posées. A bien des égards, cette septième saison de The Walking Dead pique à la série de J. J. Abrams ses plus grands travers.

The Walking Dead is Lost

Il est impossible de parler de cette saison sans évoquer celui qui la vampirise de toutes parts : Negan. Indéniablement le nouvel homme fort du show, il est celui dont les spectateurs guettent les apparitions avec anxiété, tant l’ouverture de cette saison-ci a été profondément traumatisante par sa faute. Son ombre menaçante plane sur le reste de la saison, qui voit la bande de Rick, apeurée, se soumettre rapidement à son autorité. Puis, à mi-saison, le groupe entre en rébellion et cherche à s’allier avec d’autres entités (le Royaume, la Colline, Oceanside…) dans le but de combattre les Sauveurs de Negan.

Or, si la thématique générale de cette saison est intéressante (est-il préférable de vivre en se soumettant ou de se battre et risquer de mourir pour être libre ?), la lenteur avec laquelle les arcs narratifs de la saison se développent est effrayante. Comme dans Lost, la façon qu’a la série de prendre son temps donne la nette impression de faire du surplace : on peut parfois voir trois ou quatre épisodes à la suite sans que rien de décisif ne se soit passé. De plus, le show a la très fâcheuse tendance à s’appesantir longuement sur des personnages très secondaires (épisodes 6 et 11, notamment), ce qui ajoute à l’agacement globale devant une saison qui allonge artificiellement sa durée de vie. Et ce n’est malheureusement pas les apparitions de Negan qui la sauve de l’ennui.

Le Peintre et le Comédien

Negan, le peintre qui étale du rouge un peu partout sur l’écran pour composer les images les plus graphiques de l’histoire de la série, avait frappé très fort dans le premier épisode (c’est le cas de le dire…). Ce qui l’avait installé de facto comme une menace immense pour la survie du groupe et une promesse de mouvement et d’action pour les spectateurs. Or, ce dernier se ramollit au fil de la saison, quand bien même il est sans pitié avec des personnages sans importance pour la série (Spencer ou les membres de son propre clan, d’une manière générale).

En effet, sa manière d’excuser à chaque fois la rébellion souvent violente des personnages principaux (Daryl, Carl, Rosita, Sasha) le fait apparaître comme laxiste, voire naïf puisqu’il croit pouvoir soumettre tout le monde à son bon vouloir et annihiler tout esprit de vengeance. De fait, ses apparitions, si elles sont ardemment désirées, sont régulièrement décevantes. Et d’autant plus à cause des prestations de celui qui l’incarne, Jeffrey Dean Morgan, qui joue également le personnage du Comédien dans le film Watchmen (2009). Negan partage avec l’autre plus illustre rôle de l’acteur un goût de la mise en scène de soi qui est particulièrement fatigant à nos yeux. Son phrasé, ses mimiques et ses postures pouvaient être inquiétantes quand elles étaient suivies d’actes, comme dans le premier épisode. Mais comme ce n’est pas le cas la majorité du temps, il apparaît comme un personnage bavard, inconséquent et exagérément extravagant dans son attitude pour une série qui traite de manière réaliste son univers.

L’ennui pour seul horizon ?

A l’instar d’autres séries très populaires (Game of Thrones notamment), The Walking Dead ne cherche pas à être tout le temps intéressante et s’économise grandement quand l’enjeu est peu important. En revanche, les épisodes stratégiques (le premier, le huitième, synonyme de coupure de mi-saison, et le dernier), qui doivent susciter l’envie de regarder la suite, retrouvent une vigueur qui les détachent assez nettement du reste de la saison. Le premier épisode n’est par exemple pas sans défaut, notamment à cause d’une structure en flashback qui met en avant le suspense d’une manière putassière (en gros : qui s’est fait éclater la tête par Negan ?). Et qui est en ce sens le direct prolongement du détestable cliffhanger de la fin de la saison 6.

En revanche, cet épisode d’ouverture a indéniablement le mérite de nous questionner sur notre capacité de résilience envers des images d’une extrême violence graphique et psychologique. On en vient même à se demander pourquoi on s’inflige une chose pareille. Un questionnement qui se prolonge d’ailleurs tout au long de la saison, mais seulement à cause de l’inintérêt profond que suscite un trop grand nombre d’épisodes et que les divers cliffhangers n’arrivent pas à réanimer. Nous conseillerions à la série de ne pas continuer sur ce rythme neurasthénique pour les prochaines saisons, alors même que le showrunner Scott M. Gimple a déclaré vouloir que The Walking Dead continue « jusqu’en 2030. » Sinon, d’ici là, Negan aura fait plus de victimes avec Lucille que ce qu’il y aura de spectateurs devant les écrans.


Crédit photo de couverture : © Gene Page/AMC

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