Culture

Tim Burton à l’honneur à l’Institut Lumière

Le cinéaste américain, dont la carrière en dents de scie est intéressante à observer, fait l’objet d’une rétrospective à l’Institut Lumière depuis le 9 janvier, et jusqu’au 4 mars 2018. Vous avez donc encore un mois et demi pour visionner les œuvres de cet auteur si particulier.

Le samedi 11 janvier, la « Nuit Tim Burton » a permis aux spectateurs lyonnais de voir quatre films projetés à la suite par l’Institut Lumière : Beetlejuice, Edwards aux mains d’argent, Mars Attacks ! et enfin, à 3h15 du matin, Sleepy Hollow. Soit un condensé intéressant de la filmographie d’un cinéaste inégal mais fascinant, à la fois pour son univers coloré très personnel que pour la trajectoire non-linéraire de sa carrière, qui a bifurquée après qu’il soit rentré dans le rang.

Alors que sa filmographie compte 18 longs-métrages, l’Institut Lumière n’en a sélectionné que 14, auquel il faut adjoindre L’Etrange Noël de Monsieur Jack, qu’il a écrit mais n’a pas réalisé. Laissant de côté ses dernières productions (Alice au Pays des Merveilles (2010), Dark Shadows (2012), Big Eyes (2014), Miss Peregrine et les Enfants Particuliers (2016)), la structure dirigée par Thierry Frémaux a porté son choix sur les 13 premiers films du réalisateur, apparus entre 1985 et 2007, ainsi que sur le long-métrage de 2012, Frankenweenie, adaptation en version longue de son propre court-métrage réalisé en 1984 pour les studios Disney.

Freaks and Geeks

L’univers visuel du cinéaste est reconnaissable entre mille mais ce n’est pas uniquement grâce à sa patte, son style, que l’ex-compagnon d’Helena Bonham Carter s’est forgé une réputation : c’est également via son amour pour les freaks, les laissés-pour-compte, les originaux. Edward aux mains d’argent en est évidemment le parangon, avec son marginal monstrueux et attachant (Johnny Depp) qui s’infiltre dans une banlieue typique de l’American Way of Life pour en révéler la laideur sous-jacente. Mais c’est également le cas de la plupart des films de la première partie de la carrière du cinéaste qui traitent, chacun à leur manière, d’un personnage en marge de la société ou de ses habitus : que ce soit par des attitudes précieuses qui jurent avec sa profession et son siècle (le détective Ichabod Crane dans Sleepy Hollow), par un statut de vigilante carnavalesque qui l’isole de la société qu’il surveille pour le rapprocher de ses ennemis (les Batman), ou par l’expérience de la mortalité qui égaye contre toute attente une existence auparavant normalisée et terne (Beetlejuice). Les héros burtoniens sont isolés et anti-conformistes, au sein d’une société qui tolère mal leur différence.

La Chute

Sa carrière avançant, il est progressivement accepté par le système, puis le gros succès de La Planète des Singes (2001), une commande impersonnelle, lui fait définitivement changer son fusil d’épaule. C’est visible dans le film suivant, Big Fish (2003) : le narrateur du film rêve de fonder une famille et d’intégrer la banlieue proprette américaine, soit le summum du conformisme sociétal dénoncé dans Edward aux mains d’argent. En sus, on voit dans le film un géant redresser, symboliquement, une maison bancale pour la remettre droite et la rendre « normale », commune. Alors qu’il la pourfendait dans ses précédents films, Tim Burton a été absorbé et intégré par la caste qui accepte mal l’altérité qu’il incarnait. Et après Big Fish, les héros ou héroïnes de ses films trouveront l’épanouissement en se fondant dans la société (capitaliste) où ils pouvaient se sentir mal à l’aise, initialement (Charlie et la Chocolaterie, Les Noces FunèbresAlice au Pays des Merveilles). Bon an mal an, Tim Burton a quitté ses habits de freaks pour enfiler ceux de l’élite dominante. Et s’il n’a pas perdu sa patte visuelle, elle s’est juste manufacturée, une certaine saveur en moins.


Rétrospective Tim Burton

Institut Lumière

Du 9 janvier au 4 mars 2018

Programme et billetterie ici


Crédit photo de couverture : Copyright Warner Bros. France

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