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Tout tout tout, vous saurez tout sur la cagole.

«Cagole Forever», documentaire diffusé le 15 février sur Canal + donnait la parole aux cagoles et décortiquait pendant 52 minutes le quotidien de ces femmes hautes en couleurs. Sebastien Haddouk nous a plongé dans l'univers de cette espèce, spécimen sociologique autant répugnant que fascinant. Alors la cagole, nouvelle icône de mode ?

« Fille au comportement plutôt vulgaire, souvent vêtue ou maquillée de manière outrancière, et attirée par les vêtements aux couleurs criardes ». Tel est le genre de définition peu flatteuse que vous trouverez si l’envie vous vient de chercher le mot cagole.

Rencontre du troisième type

Entre strass et paillettes, la cagole AOC est à Marseille – ou plus généralement la Côte d’Azur – ce que la Parisienne est à Paris. Elle fait partie du paysage. Mais une cagole, qu’est-ce exactement ?

Quand on pense à la cagole, on pense généralement à cette femme aux cheveux trop peroxydés, à la jupe trop courte, au décolleté trop plongeant, aux talons trop hauts, aux ongles trop longs, au piercing au nombril, et au masticage de chewing-gum intempestif. Tout cela surplombé avé l’accent qui chante. Un «TROP» qui bascule inéluctablement dans le grossier. Mais au-delà du physique, être cagole c’est une attitude. Un style de vie. Et le documentaire de Sébastien Haddouk tient à nous montrer ce qui se cache derrière le rouge à lèvres flamboyant et les tenues m’as-tu-vu. Et nous invite à dépasser les clichés et à se demander : qu’est-ce que la nuance entre le bon et le mauvais goût en 2017 ? Où s’arrête le sexy et où commence le vulgaire ?

Tout est une question de curseur me direz-vous. Vous choisirez votre camp une fois que je vous aurai parlé de son style. Sa devise pourrait être «Toujours à la pointe de la féminité : coiffée, maquillée, nailartée». Mais quels sont les préceptes de la sacro-sainte cagole ?

Le cagole way of life

Commandement n°1 : De l’imprimé tu porteras : léopard, panthère, zèbre, carreaux, rayures. Tout y passe. La cagole expérimente et ose le mélange des genres. Fashionista dans l’âme.

Commandement n°2 : Beaucoup de bijoux tu arboreras : plus il y en a, plus ça se voit, mieux c’est. C’est la tendance du «5 doigts, 6 bagues». La cagole porte des bijoux en toute circonstance, de couleur dorée de préférence (il faut que ça brille).

Commandement n°3 : Sans maquillage, tu ne sortiras pas : une fois de plus, elle ne fait pas les choses à moitié. La salle de bain de la cagole équivaut à un Sephora. Autobronzant, fond de teint, eyeliner, blush, contour des lèvres, fard à paupières, rouge à lèvres (et on va s’arrêter là). Le visage de la cagole est une véritable armure contre le monde extérieur.

Commandement n°4 : Des accessoires toujours tu auras : parce que la cagole est une femme comme une autre, elle aussi a pléthore de sacs qu’elle peut assortir à ses tenues. Ainsi que des chaussures, des chapeaux, des ceintures. La cagole accessoirise à outrance. Too much ? On dit le souci du détail.

Un look qui pourtant influence des grands couturiers à l’image de Jean-Paul Gaultier, qui déclare préférer «le too much que le pas assez ». Balenciaga fait défiler des mannequins aux ongles nailartés siglés d’un «Balenciaga 2017». De la rue aux podiums, la cagole inspire.

Et elle est un phénomène qui s’étend à toutes les stratosphères sociales : le documentaire nous immerge dans le quotidien de trois Marseillaises, interroge Lisa T (une chanteuse de rap). Nabilla, cagole des temps modernes, est également sollicitée, et on va même jusqu’à la recherche de la «cagole de luxe » ou cagole parisienne. Car oui, la cagole est partout : Haddouk est allé en Espagne, où il a rencontré les chonis, mais également en Roumanie avec les pitipoanca.

Une signification peu élogieuse

Pour la petite histoire, la connotation péjorative de la cagole est présente jusque dans sa sémantique : le mot serait un dérivé du mot «cagoulo», un long tablier porté par les ouvrières, connues pour leur franc-parler et aux mœurs légères. En effet, en raison de leur faible salaire, ces dernières en venaient à vendre leurs charmes. Et du verbe «caguer», signifiant littéralement déféquer. Une signification peu gratifiante qui la suit encore aujourd’hui et qui travaille dans notre inconscient. Un personnage désinhibé que l’on retrouve jusque dans les bars puisque la cagole est également le nom d’une bière locale.

La cagole, c’est une mosaïque de femmes de tous horizons, de tous styles, qui s’avère être attachante. Sébastien Haddouk a cherché à ne pas tomber dans le cliché, et le regard bienveillant qu’il porte sur ces portraits de femmes les rend attendrissantes et drôles. Féministe qui s’ignore ? Aguicheuse ? Marseillaise et fière de l’être ? Peut-être un peu des trois. Authentique et spontanée, elle dit ce qu’elle pense haut et fort, se moque du jugement d’autrui. Aime les couleurs criardes et les robes moulantes, vit la mode avec humour et fait fi des standards établis. Une manière de s’imposer au milieu d’un monde macho, de montrer qu’elle existe. Qu’elle est libre, à 10000%. Du haut de ses vingt centimètres de talons, la cagole a le respect de ne pas se faire marcher dessus. S’affranchir de tout diktat et être soi-même, c’est ça être à la mode.

En somme, qu’on aime ou qu’on déteste, la cagole fait parler et a encore de beaux jours devant elle.

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