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Urbex : Plongée dans les souterrains de Lyon avec les Explorateurs Urbains

Les Explorateurs Urbains pratiquent l’Urbex. Ils sautent, se faufilent, rampent, dans des lieux souvent interdits, à la recherche de témoignages de l’histoire de la ville. Suivez-les dans une exploration lyonnaise sous-terraine. (vidéo à la fin de l’article)

Ils sont cinq : Loys, Alec, Charles, Antoine et Jonas. Un petit groupe de jeunes qui ne semble pas sortir de l’ordinaire. Pourtant du haut de leurs 17 ans ils sont un peu les Indiana Jones de Lyon, les explorateurs de notre jungle urbaine. Ils se sont d’ailleurs nommés les Explorateurs Urbains, et se sont donnés pour mission de révéler ses mystères.

Ils ne sont pas de ces ados qui restent enfermés devant leur ordinateur pendant leur temps libre. Ils font partie des groupes pratiquant l’Urbex, cette discipline qui consiste à visiter des lieux abandonnés, difficiles d’accès et majoritairement interdits. Ce serait moins drôle sinon. Un dimanche après-midi, je les ai suivis dans leur périple au coeur des entrailles de la ville.

Six pieds sous terre

L’expédition commence sous de mauvais auspices. La bouche d’égout dans laquelle nous essayons de nous engouffrer est coincée. Et pourtant ils sont bien équipés, leur impressionnant attirail y passe sans succès.
Ce ne sont pas des amateurs en balade, ils ont tout prévu. Je vois cliqueter un trousseau de nombreuses clés aux formes étranges, ouvrant autant de mystérieuses portes. Où les ont-ils obtenues ? « Nous avons des contacts ». Compris, je n’en saurais pas plus.
Ils essayent une nouvelle bouche d’égout qui s’ouvre facilement, j’aperçois les barreaux d’une échelle qui semble s’enfoncer indéfiniment sous terre.

Au bout de quelques mètres j’ai déjà mal aux mains, le métal boueux tâche mes vêtements, et je comprends que la journée ne sera pas de tout repos. Les souterrains sont impressionnants, l’excitation l’emporte sur la peur. Je trouve les couloirs tortueux en pierre humide d’une beauté rare, de ces lieux qui ne semblent appartenir à personne. Les garçons ont sorti de puissantes lampes torches. Le moindre son se répercute en écho froid et mouillé. On arrive dans une galerie inondée. Ils enlèvent leurs chaussures, s’avancent dans l’eau glaciale pour découvrir un puits qui a causé le débordement.

Après avoir fait le tour nous remontons par la même échelle vertigineuse, cette fois on m’a gentiment prêté des gants. Presque arrivée, je jette un coup d’œil vers le bas et je vois les cinq grimpeurs en-dessous. Je réalise qu’au moindre faux mouvement je les emporte tous dans ma chute, je resserre ma prise.

La lumière du jour aveuglante me donne envie de retourner dans les profondeurs. C’est ce que l’on fait, cette fois dans un funiculaire souterrain abandonné. On attend longtemps que les passants s’en aillent pour passer un par un par une brèche. Cette fois des barreaux de métal ont été installés pour nous empêcher l’accès. Un petit trou a déjà été creusé entre le sol et la barrière, en l’agrandissant on peut se faufiler de l’autre coté.

Face à nous, un immense tunnel, jonché de pierres et de débris de l’ancien funiculaire. Ouvert en 1900, il servait à transporter des cercueils vers le cimetière de Loyasse. L’idée est peu rassurante, et l’est encore moins l’obscurité qui semble nous engloutir malgré nos lampes. On ressort par la même brèche, couverts de terre poussiéreuse jusque dans le nez, les curieux nous regardent d’un drôle d’air.

 

Témoins de l’Histoire

L’Urbex est une pratique fondamentalement liée à l’Histoire. Chaque lieu visité est témoin du passé de la ville, parfois figeant des scènes dans le temps, révélant des mystères non résolus. Les explorateurs urbains s’intéressent au passé de chaque lieu, en allant aux archives, en consultant des ouvrages historiques. « Cela nous a amené à l’histoire ésotérique et franc-maçonnique de Lyon. »

L’énigme historique la plus célèbre de Lyon est celle des arêtes de poisson, un réseau de galeries souterraines bien connu dans le milieu, dont les secrets n’ont pas été percés. Ce sont 32 galeries parfaitement identiques creusées sous la colline de la Croix-Rousse pour une raison inexpliquée. L’énigme des arêtes de poisson de Walid Nazim théorise une œuvre des templiers.
Les cinq aventuriers s’y sont rendus de nombreuses fois. « C’est un lieu unique au monde, qui confère une ambiance mystérieuse presque effrayante. On y voit des statues, des gravures d’amateurs de catacombes», dépeint Loys.

Le temps semble s’arrêter

Pour pratiquer l’Urbex, il faut être prêt à faire face à des surprises pas toujours très agréables. « Un jour on s’est retrouvés enfermés sous terre. Il a fallu appeler un autre pote pour qu’il vienne nous ouvrir ! ». Le fait d’être en groupe assure tout de même une sécurité non négligeable. Lorsque Charles s’est retrouvé coincé seul sur un toit en pleine nuit, c’était plus compliqué. «  La fenêtre d’accès avait été fermée par un habitant ! Après 30 min à chercher une autre entrée, deux femmes m’ont finalement ouvert leur fenêtre ».

Ces visites hors-normes aux nombreuses péripéties les ont transformés en rois de la débrouille. « On doit se débrouiller avec ce qu’on a sous la main et trouver des solutions pour entrer dans un bâtiment sans casser, soulever des plaques, sortir d’une situation dangereuse ».

Pourtant l’essence de la pratique n’est pas le danger ou la recherche d’adrénaline. « L’Urbex procure une sensation de liberté et d’être seuls au monde. C’est un moyen d’échapper à la ville, ses foules. Dans ces lieux, le temps semble s’arrêter, c’est très reposant », confient Loys et Charles. Parfois l’expédition est infructueuse, mais cela fait partie du jeu. « On s’est imposés des règles. On sait renoncer et on ne casse jamais rien pour entrer dans un lieu ».

Cette loi de l’Urbex régit les nombreux groupes à Lyon. A certaines occasions ils se rencontrent, soit pour explorer ensemble, comme une collaboration, ou juste pour s’amuser. C’est ainsi qu’ils ont organisé une pool party dans les catacombes de Lyon. Après l’accident mortel de Maxime Sirugue, les groupes d’explorateurs se sont tous réunis pour lui rendre hommage.

L’Urbex est bien plus qu’un simple hobby, c’est une passion pour l’histoire, l’aventure et la découverte, une expérience humaine à part entière. Et ils ne sont pas prêts de s’arrêter. En projet, les cinq fantastiques urbains aimeraient visiter Paris, côté catacombes et toits, et partir en road trip d’exploration en Europe.

 

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