Culture

Cinéma : le top 10 des films de la décennie 2010-2019

Pour le premier papier de l’année et de la décennie, Mow a voulu participer à la litanie des classements et tops qui ont proliféré dans les rédactions des magazines culturels, pour des résultats parfois étonnants – le top 50 des séries tv de la décennie des Inrocks est, en ce sens, un monument de n’importe-nawak, avec Breaking Bad à la 46e place et Game of Thrones à la 35e. A Mow, on a essayé d’être un peu plus sérieux que ça, quand même, en vous proposant les 10 films les plus marquants de la décennie qui vient de s’achever.

Il faut cependant noter que l’auteur de ces lignes, s’il a vu beaucoup de films sortis entre début 2010 et fin 2019, ne les a pas tous vu, car il n’est pas à proprement parler un critique de cinéma, et il n’a donc pas le temps de tout visionner. Mais il en a vu assez pour ne pas mettre dans ce top, à dessein, les productions de, pèle-mêle, Christopher Nolan (Inception, The Dark Knight Rises, Interstellar), Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Premier Contact, Sicario), J.J. Abrams (Star Wars VIII et IX, Star Trek 2), Marvel ou DC Comis, entre autres.

On a en réalité essayé de choisir quelles ont été les films les plus marquants de la décennie, c’est-à-dire ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont de grandes qualités, ainsi qu’un « truc » – le sujet, la facture, la performance – qui signe leur acuité et vont les faire rester dans les esprits encore quelques années durant, selon nous. Précision : ce top n’est pas collectif et ne reflète pas l’avis de l’ensemble de la rédaction de Mow. Seul l’auteur de ces lignes en répond.

Top 10 2010-2019 :

1. The Tree of Life

2. Mad Max : Fury Road

3. Mademoiselle

4. Parasite

5. Le Vent se lève

6. Gone Girl

7. Sully

8. The Salvation

9. Her

10. L’Ordre et la Morale

On a adjoint à ce top 10 des petites notules pour chaque film, qui ont moins vocation à convaincre qu’à expliquer.

  1. L’Ordre et la Morale (2011) de Mathieu Kassovitz

Si L’Ordre et la Morale est indéniablement un grand film, ce choix est avant tout symbolique et ne s’explique que dans un contexte franco-français. Le cinéaste Mathieu Kassovitz, dont la filmographie rappelle la force de l’engagement sociétal – La Haine évidemment, mais Assassin(s) aussi –, signe en 2011 son plus grand film, le septième – et dernier… -, de par la maestria de sa fabrication ainsi que, et surtout, par l’ambition de son propos. Dans la veine d’un Costa-Gavras et surtout d’un Yves Boisset, qui n’a eu de cesse de soulever des lièvres très français durant sa carrière – Dupont Lajoie, R.A.S., L’Attentat, Le Prix du Danger -, Mathieu Kassovitz met les pieds dans le plat en questionnant l’identité française, marotte médiatique de la décennie, non pas du point de vue, comme à l’accoutumée, du Blanc métropolitain, mais du coloré d’Outre-Mer, avec, comme il le dit lui-même dans SoFilm, « un film sur des ultra-nègres » qui a été boudé par le public. Fort et ultra-burné, pourtant, dans un cinéma français complètement atone politiquement.

 

  1. Her (2014) de Spike Jonze

Partant d’un postulat risqué et potentiellement ridicule, le cinéaste américain Spike Jonze livre une fable douce-amère sur la puissance de la technologie et son – inquiétant ? – devenir charnel, et qui est portée par l’émotion suscitée par la mise en scène qui donne littéralement vie à un téléphone qui n’est incarné que par une voix. Un véritable tour de force.

 

  1. The Salvation (2014) de Kristian Levring

Si la place dans ce top de The Salvation du Danois Kristian Levring peut surprendre, on le concède, il relève surtout d’un goût de l’auteur de ces lignes pour la chose western, le genre américain par excellence, ici réalisé par un Européen, avec des Européens – Madds Mikkelsen, Eva Green, Eric Cantona (!). En résulte un prolongement séduisant et original du genre, épatant par sa facture visuelle et par sa déférence, sans ostentation postmoderniste, aux mythes qu’il réactualise ou prolonge. Avec Blackthorn (2011) de Mateo Gil, l’un des meilleurs westerns de la décennie.

 

  1. Sully (2016) de Clint Eastwood

Les super-héros ne sont pas forcément là où on le croit. Pied de nez génial et humble aux débilités de Marvel et DC Comics, le légendaire cinéaste Clint Eastwood observe de près le parcours d’un super-héros ordinaire dont la bravoure et le sang-froid sont remis en cause par sa hiérarchie. Le film suscite l’admiration et, il faut le dire, l’émotion, par des scènes simples mais d’une puissance folle, tout en s’interrogeant avec patience sur la grandeur et le devenir de l’Homme dans un monde technocratique, donc déshumanisé.

 

  1. Gone Girl (2014) de David Fincher

Prenant à bras-le-corps les problématiques véhiculées par les images, sujet favori du cinéaste Brian De Palma – Obsession, Body Double, Snake Eyes – qu’il fallait réactualiser à l’heure de la technologie surpuissante, David Fincher livre une œuvre brillante sur l’art de la mise en scène dans une société du spectacle uniquement excité – et aveuglé – par le simulacre et la simulation. Triste et inquiétant constat sur la facticité, la superficialité et l’inanité d’une société abrutie, via une claque monstrueuse.

 

  1. Le Vent se lève (2013) de Hayao Miyazaki

Chaque œuvre de Hayao Miyazaki est un événement, et Le Vent se lève ne déroge pas à la règle. Thématiquement moins enlevé que ses précédents, moins accessible, aussi, à un public jeune, ce film d’animation a clôt – un temps – la carrière du maître japonais par une histoire émotionnellement déchirante et, ce n’est pas la moindre des surprises, assez désillusionnée sur l’incapacité d’allier avec succès vie privée et vie professionnelle. Une sorte de twist thématique réussi et qui fait un petit peu varier l’ambiance de l’œuvre d’un cinéaste majeur de l’histoire du cinéma.

 

  1. Parasite (2019) de Bong Joon-ho

On vous renvoie au papier que nous avions rédigé pour la sortie du film. Une des plus grandes Palme d’Or et un film brillant sur la lutte des classes, traitée avec une complexité salutaire et dénuée de tout manichéisme.

 

  1. Mademoiselle (2016) de Parck Chan-wook

Film méta par excellence, Mademoiselle est une brillante variation sur la postmodernité, rendue agaçante, au cinéma, par le traitement au choix vain, simpliste, cynique ou ironique de la question. Le Sud-Coréen Park Chan-wook livre ici, peut-être, son plus brillant film, du moins son plus réflexif, en auscultant l’émotion au sein de la fiction moderne. Park Chan-wook nous dit simplement que oui, tout a été fait, et que nous ne sommes donc plus dupes. Mais, in fine, la conscience de cette duplicité n’empêche pas l’émotion, qui elle n’est ni vaine, ni feinte si on s’y laisse prendre. Le genre de film, au fond, qui redonne espoir en la puissance évocatrice du Septième Art.

 

  1. Mad Max : Fury Road (2015) de Georges Miller

Film-monde génial, véritable expérience sensitive, Mad Max : Fury Road est une œuvre brillante par un cinéaste australien d’alors 69 ans, qui actualise un personnage mythique sans le dénaturer, et qui lui adjoint son pendant féminin, Furiosa, immédiatement et furieusement iconique. Une expérience cathartique, qui se double d’un discours écologique et égalitariste qui n’est ni ostentatoire, ni vain, ni publicitaire – c’est rare, n’est-ce pas. Une immense claque, à la fois thématique et visuelle.

 

  1. The Tree of Life (2011) de Terrence Malick

Le choix a été complexe, mais le résultat ne doit pas renseigner sur une hiérarchie. Le film de Terrence Malick s’impose parce qu’il est moins populaire que le film de Georges Miller, et donc moins accessible. Mais il offre, à l’instar de Fury Road, une expérience furieusement sensitive sur la vie, l’humanité, la mémoire, la création, qu’elle soit biologique, symbolique ou mystique, la filiation, le monde ou encore l’univers… Enveloppés par une voix off marquée par un désir théologique, les images de The Tree of Life, qui prennent également le risque de l’instantanéité publicitaire, sont soutenues par un découpage qui explosent les craintes et les préjugés et atteignent une dimension intensément cathartique. Un très grand film.

PS : ils ont échoué au pied de ce classement : Once Upon a Time… in Hollywood (2019) de Quentin Tarantino ; Mektoub My Love : Canto Uno (2016) d’Abdelatif Kechiche ; Trois souvenirs de ma jeunesse (2014) d’Arnaud Desplechin ; Pentagon Papers (2017) de Steven Spielberg ; The Lost City of Z (2016) de James Gray ; Looper (2012) de Rian Johnson ; The Social Network (2010) de David Fincher ; Snowpiercer (2013) de Bong Joon-ho ; La Ballade de Buster Scruggs (2018) de Joel et Ethan Coen ; Quand vient la nuit (2014) de Michael R. Roskam ; Gravity (2013) d’Alfonso Cuaron.

Enfin, si nous avons apprécié Twin Peaks : The Return, présent dans beaucoup de top 10 films dans la presse, c’est en tant qu’objet télévisuel : une série tv de 18 épisodes diffusée à la télévision, même si elle a des ambitions et une facture iconoclaste et qu’elle est vendue par ses auteurs comme un film, reste une série télévisée. Et n’est donc pas un film. CQFD.


Crédits photo de couverture : Copyright Village Roadshow Films (BVI) Limited

Crédits photo Mademoiselle : Copyright The Jokers / Bac Films

Crédits photo Gone Girl : Copyright Twentieth Century Fox

Crédits photo de Her : Copyright Warner Bros.

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