Culture

Festival Lumière : retour sur la remise de prix et la cérémonie de clôture

Mow a eu la chance de pouvoir assister à la remise du prix Lumière, vendredi 18 octobre, ainsi qu’à la séance de clôture, hier. Celle-ci s’est achevée par la diffusion du chef-d’œuvre Apocalypse Now. Compte-rendu.

Prenant place dans l’Amphithéâtre du Centre des Congrès, à la Cité Internationale, la remise du prix Lumière s’est déroulée vendredi soir, à partir de 19h30. La salle, luxueuse, a accueilli un parterre de stars du cinéma, françaises – Alain Chabat, Laurent Lafitte, Nathalie Baye, Vincent Lindon, Emmanuelle Devos… – autant qu’internationales – Bong Joon-ho, Gael Garcia Bernal, Monica Bellucci, Gaspar Noé… -, ainsi que quelques comiques locaux – Laurent Gerra, Gérard Collomb. Le récipiendaire du prix Lumière, Francis Ford Coppola, était en compagnie de sa femme, Eleanor Coppola – « 56 ans de mariage », s’est vanté le cinéaste sur scène -, et de l’un de ses fils, le réalisateur Roman Coppola (CQ). Absente, sa célèbre fille, Sofia Coppola (Lost in Translation, Virgin Suicides), a envoyé un court message vidéo depuis New York, avant d’être imitée depuis Paris par le cinéaste James Gray, qui a révélé avoir « tout piqué » au réalisateur du film Conversation Secrète (1974), diffusé ensuite lors de cette soirée – à noter qu’il faut aller voir le dernier James Gray, Ad Astra, avec Brad Pitt, qui est actuellement en salles.

A l’honneur durant ce 10e Festival, Francis Ford Coppola a reçu son prix des mains de Nathalie Baye, avec qui il a été juré lors du Festival de Cannes en 1996, et du Sud-Coréen Bong Joon-ho, le dernier lauréat de la Palme d’Or pour son génial Parasite, qui a déclaré, durant un discours drôle et inspirant, que c’est l’Italo-Américain qui lui avait donné envie de faire du cinéma. Enfin, le sage Bertrand Tavernier, par un long retour sur la carrière du cinéaste, a parachevé la démonstration d’estime que la salle toute entière, et pas uniquement les artistes présents sur la scène, vouait au cinéaste de 80 ans, auteur d’un très grand nombre d’œuvres intemporelles durant son impressionnante carrière.

Apocalypse Now

Après huit jours très riches en cinéma, le Festival Lumière s’est achevé hier avec la diffusion dans l’immense Halle Tony Garnier d’Apocalypse Now, en version final cut. Introduit par Francis Ford Coppola et l’actrice française Aurore Clément, qui fait une courte apparition dans le long-métrage, le film de guerre a gardé son impressionnante puissance thématique et formelle, que le gigantisme de la salle et de l’écran ont accentuée. Ensorcelant de bout en bout, malgré sa durée (3h), Apocalypse Now présente la guerre du Vietnam en pur spectacle debordien, soit un simulacre de bruit et de fureur à qui il manque l’essentiel : un sens. Les soldats, auteurs d’atrocités qui n’ont aucune visée ni but, sombrent progressivement dans la folie, et même les esprits les plus brillants ne résistent pas à cette démence qui les guettent, comme le prouve la trajectoire lancinante du personnage de Martin Sheen. Lequel calque son pas sur le personnage de Marlon Brando, excroissance monstrueuse et symbolique d’une humanité sans contrôle et sans garde-fou, qui tente de s’enivrer de poésie et de beauté, mais qui, au fond, supplie à celui qui en sera digne d’abréger au plus vite son calvaire, fait de pouvoir et de sang. Proche de Voyage au bout de l’enfer, sorti la même année, en 1979 (sacrée millésime !), Apocalypse Now a confirmé, si besoin était, que c’était un film définitif et monstrueux sur le sujet.

Coppola et Scorsese vs Marvel

Vendredi soir, lors des remerciements, Francis Ford Coppola, qui n’avait pas préparé de discours et a révélé être surpris par les démonstrations d’affection qu’il a reçu tout au long de la soirée, a confié que les trois choses qui l’ont marqué lors de cet événement – « la convivialité, l’enthousiasme et la célébration » – sont ce dont « ce monde en pagaille » avait actuellement le plus besoin. Son discours, rafraîchissant, a mis en exergue le ressenti qui étreint nécessairement les spectateurs de ce genre de cérémonie : de plus en plus rare dans nos sociétés contemporaines, ces manifestations sincères de gratitude et de reconnaissance, nourries d’applaudissements chaleureux, rapproche la masse d’individus autour d’un référentiel commun et adulé. En somme, ça (re)tisse du lien.

Enfin, toujours vif malgré son âge, Francis Ford Coppola a également pris le temps, vendredi, de suivre son ami Martin Scorsese dans la destruction en règle des films Marvel : « Quand Martin Scorsese dit que les films Marvel ne sont pas du cinéma, il a raison, car on attend d’apprendre quelque chose du cinéma, on attend d’obtenir quelque chose, une sorte d’éclaircissement de l’esprit, de connaissance, d’inspiration. Je ne connais personne qui tire quelques chose du fait de revoir le même film encore et encore. Martin était gentil quand il disait que ce n’est pas du cinéma. Il n’a pas dit que c’est abject, moi je le dis. »

Une semaine parfaite qui se finit en feu d’artifice.


Crédits photo de couverture : Institut Lumière / Jean-Luc Mège Photography

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