Société

#Noustoutes : les actions se multiplient, mais le gouvernement suit-il ?

Après la vague #Metoo, #Balancetonporc, le témoignage de l’actrice Adèle Haenel, les nouvelles accusations portées contre le cinéaste Roman Polanski et les féminicides qui ne font qu’augmenter, la colère monte, les actions se multiplient et les voix s’élèvent. Mais le gouvernement les entend-t-il ?

#Noustoutes multiplient les actions

Vous les avez sans doute aperçus, aux quatre coins des rues, ces tags et ces affiches qui dénoncent les violences faites aux femmes, ou qui renomment les rues de Lyon, en nous rappelant que seul 5% des rues en France portent le nom d’une femme… Des actions symboliques portées par le collectif féministe #Noustoutes, particulièrement actif depuis la rentrée. Son objectif ? Éveiller les consciences, être le porte-voix de milliers de femmes et bousculer la société pour provoquer le changement.

Il y a un mois, le collectif et 150 personnalités – dont Julie Gayet, Emma de Caunes, Camille Cottin ou encore Imany, Clara Luciani et Pénélope Bagieu – appelaient « toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec les violences sexistes et sexuelles, et avec les féminicides » à les rejoindre, dans les rues, pour une marche nationale. Samedi dernier, le 23 novembre, ce sont 150 000 personnes qui se sont ainsi jointes au mouvement, créant une véritable vague violette qui a déferlée dans toutes les grandes villes de France.

Une mobilisation forte et des actions coup de poing, comme cette initiative du planning familial de Lyon, qui a installé, devant le Palais de Justice, 138 paires de chaussures maculées de rouge, pour dénoncer les 138 féminicides commis depuis janvier 2019 et l’inefficacité de la Justice.

 

Un cri d’alerte ignoré par le gouvernement ?

Les chiffres sont glaçants, les lacunes judiciaires et le manque de moyens pointés du doigt, les associations et proches des victimes demandent des mesures concrètes. Une quarantaine de mesures, c’est ce qu’a annoncé Edouard Philippe, le Premier Ministre, ce lundi 25, en clôture du grenelle contre les violences conjugales initié il y a trois mois.

Parmi les mesures « phares » :

  • Le renforcement du centre d’appel 3919, qui est désormais disponible 24h/24 et 7j/7 ;
  • La création de 80 intervenants sociaux dans les commissariats – ils sont actuellement 250 ;
  • La création de 1 000 nouvelles places d’hébergements et de logements d’urgence – nous rappelons que 213 000 femmes majeures sont victimes de violences physiques, psychiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint ;
  • L’assouplissement du secret médical, permettant aux professionnels de santé d’alerter les autorités ;
  • La création de deux centres d’accueil par région pour les hommes violents ;
  • L’élaboration d’une grille d’évaluation des risques à destination des policiers et gendarmes (des cases, toujours des cases…) ;
  • La prise en compte de la notion d’emprise dans le code pénal.

C’est en tout une enveloppe de 361 millions d’euros qui sera allouée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Une somme insuffisante pour les associations – qui demandaient 1 milliard -, mais aussi pour le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, qui déclarait lors du Colloque « Où est l’argent contre les violences faites aux femme ? » en avril 2019, qu’un budget annuel de minimum 500 millions d’euros serait nécessaire pour permettre aux femmes victimes de violences d’en sortir.

Les premières impressions ne se font pas attendre : déception, incompréhension, colère… Face à l’urgence, le gouvernement répond par des mesures qui seront majoritairement prises courant 2020 voir « d’ici la fin du mandat ». Emmanuel Macron n’a par ailleurs toujours pas pris la parole, mais qu’importe ? Entre « poudre de perlinpinpin »et une « France trop négative », a-t-on encore envie de l’entendre ?


Crédits photos :

  • © La rue est à #noustoutes – #NousToutes69
  • © France 3 Rhône Alpes
  • © #NousToutes
  • Photo de couverture © Alain Jocard pour L’AFP

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